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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 22:40

Tu m'as baisée sur le lit de ma fille

 

 

- Tu m'as baisée sur le lit de ma fille ! cria Élise.

Elle avait laissé la fenêtre ouverte (très). Il faisait chaud (trop). C'était l'été (très). Elle avait hurlé (très) (trop). Pour que les voisins en soient informés : elle prenait son pied.

Je l'avais sodomisée (très) debout. Tout en lui introduisant son doigt dans la chatte.

Nous avons bien fumés (très), tous les deux. Il y avait de l'hilarité (très) dans l'air. Beaucoup. Elle n'a pas été déçue. C'est ce qu'elle m'a dit après. Elle regrettait pourtant les mots concernant le lit de sa fille, qui lui avaient échappés. Enfin, j'avais cette impression. Regret (trop) coupable, (très) agréable.

Pervers, alors. Pervers !

Des éclats de rire. Étouffants. Des convulsions. Elle souhaitait que je m'applique. Dans cette direction, je veux dire, baiser sa fille. Peut-être avec sa participation à elle, à Élise-même. Soit pour dépuceler la gamine. Soit pour une partie à trois...

Elle était prof d'histoire au Lycée Molière, dans le XVI-ème. Elle avait les cheveux coupés court, à la garçonne (trop). Plus une mèche rouge (très).

Sa fille était chez son père. La baise pédo ou trio n'était donc qu'un fantasme plus ou moins contagieux.

Je connaissais la môme. Pas trop sexy. Maigre et d'un blanc sué ; lymphatique ; molle. Asexuelle.

- Tu m'as baisée sur le lit de ma fille !

Deux heures auparavant, le collègue d'Élise, un prénommé Pascal, prof de je ne sais pas quoi, un trentenaire carrément laid (des cheveux raides et presque sans couleur, des yeux gris ni ronds ni en amande – ni carrés, ah ah ah – , un front bas et rectangulaire, des doigts aux ongles rongés, une chemise verte trop lavée et jamais repassée), nous avait entretenu avec sa petite histoire personnelle. Quitté par sa femme (une junkie « horrible », surtout quand elle se promenait nue, lunatique et puante dans la maison, avant de tomber raide dans un sommeil à mauvaise haleine, ou lors de ses crises de delirium, ou lors de ses crises fébriles, désespérées et suicidaires, haineuses de manque), lorsque leur enfant avait à peine deux mois, il s'était trouvé des qualités, des pouvoirs ! – plus que paternels.

- Maternelles.

- C'était un garçon.

Il l'avait dopé d'une idée que plus d'un trouvera sinistre, je crois. L'enfant aurait été fait et porté dans le ventre de son père. Sorti à la lumière par césarienne.

Élise était fascinée par cette entorse psycho-intellectuelle. « C'est le murmure, le gémissement d'un nouveau monde. » Sous-entendu : qui attendait voir le jour, ce nouveau monde.

Moi, je trouvais qu'il s'agissait de la mort. Mais je n'ai rien dit. En me regardant maintenant, après la baise criante (ou crieuse), Élise s'en aperçut pourtant. Dans ses yeux globuleux, la folie subtile du para- ou du méta-inceste de tout à l'heure faisait de petites vagues scintillantes presque insaisissables.

(- Tu m'as baisée sur le lit de ma fille!)

 

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 07:29

IVG au masculin

 

 

Rien n'est plus vrai. Je l'ai poussée. Qu'elle avorte ! Nous sommes trop jeunes pour avoir un enfant. Je suis trop jeune. Mais elle aussi. À mon avis.

Ce serait bien d'établir un âge pour ça. Comme pour les films. Interdit aux moins de dix, seize, dix-huit ans... Cette idée même serait un argument en sa faveur. J'ai comparé l'entrée dans la vie procréatrice accomplie avec un film. Vous vous rendez compte ? J'ai réussi à transformer la réalité, la rendre virtuelle, illusoire.

Il en fut de même pour le fœtus.

Me sentant « responsable » j'ai poussé Caroline vers l’avortement. Tu parles d'une « responsabilité » ! Je l'ai repoussée, je l'ai bousculée. Vers la pompe aspirante du médecin. J'ai poussé, j'ai repoussé aussi le pas encore petit. Vers cette pompe létale – toujours. J'en ai pris mes « responsabilités ».

J'essaye d'en être fier. Oui, je le suis, vu l'instabilité des couples d’aujourd’hui. Sept ans, en moyenne. Ceci pour la stabilité. Quant à l'amour, les derniers chiffres parlent de trois ans. Trois ans d'amour, en moyenne, pour un couple... Et qu’est-ce qu'on fait des enfants après ?

C'est pour ça que je parlais des seuils d'âge... Une connerie ! Deux conneries, même ! Même beaucoup plus ! Infiniment plus. Car affinité.

Vu qu'il y a amour et amour. L'amour change. Nous le changeons. Nous changeons de.

Il faut changer d'amour, après trois ans de vie en commun. Et encore une fois, après sept ans. Et puis ? Des conneries à n'en pas finir.

Je fais de gros efforts pour éviter l'image du petit aspiré par la pompe. Raclé, ce qui restait de lui, après cette aspiration.

Oui, mais tout ceci est post factum. Rien ne le ramènera parmi nous. Il n'existera plus. Il n'existe plus. Plus du tout. Tout ceci, après avoir fait la bêtise.

Une seule consolation. Si ça pouvait en être une. Il y a des centaines de milliers d'avortements pratiqués chaque jour dans le monde. Ce ne sont pas mes enfants aspirés et raclés. Je ne devrais pas prêter attention à leur sort. Serais-je une machine à conneries ? Il faudrait que je me calme. L'auto-punition relève plutôt de la dépression nerveuse. Comme si on savait ce qu'est la dépression nerveuse ! N’empêche. Je commence à ressentir de la responsabilité pour tous les IVGs du monde, pour tous les avortés. Pour tous les... avortons. (Langue maudite, capable de tout salir !)

(...)

Après quelques formalités administratives, nous nous dirigeons, Caroline et moi, vers la sortie de la clinique. Je n'ai pas trop le courage de la regarder. Avant de monter dans la voiture, je le fais. Je la regarde.

Je lis – je sens – sur son visage l'immense désarroi. Le désastre. Son amour pour moi. Son amour désastreux. Son amour pour nous. Notre amour. Notre désastre. Notre amour foudroyé, brisé, déchiré, effondré, écroulé, mauvais.

 

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 08:09

Qui suis-je pour juger un autre ?

 

 

Elle n'a pas conscience de ce qu'elle m'a fait, Adèle. Elle n'a aucune idée du malheur et du bonheur qu'elle m'a distillé. Tout ça dans un registre d'intensité que je trouve inappropriée à mon âge. J'ai le cuir dur pourtant. Profession oblige. Juge d'instruction et femme de surcroît. J'ai vu et hyper vu des choses au fil du temps. J'ai encaissé et hyper encaissé. L'extérieur est très souvent blessant. Mais avec l'âge, l'intérieur tabassé trouve son indifférence, son blindage.

Il existe des bourreau et des victimes. Un point c'est tout. Ce sont des machins qui font du mal à d'autres machins et/ou au machin supérieur, à la société. Avec le temps, j'ai compris qu'il n'y a rien d'autre. C'est tout ce qui y à comprendre.

Ceux qui arrivent en face de moi, sont des machins qui doivent être recadrés. Mis en examen, emprisonnés ou au contraire, laissés en liberté, oubliés.

Les autres, ceux qui n'arrivent pas en face de moi, ne comptent pas. Des neutres. Disons, des nuls. En tout cas, inintéressants. Souvent coupables de port illégal de libre-arbitre. Ils ne font pas trop de mal autour d'eux – ni trop de bien, d'ailleurs – parce qu'il ne savent pas choisir. Ils vivent comme dans un rêve de mollusque.

Cela étant, l'espèce humaine est souvent terrible, parfois merveilleuse et toujours insoluble.

Adèle m'a planté un poignard dans le cœur.

Elle fait de la tapisserie. Le travail est assez solitaire. Elle trouve le temps de réfléchir à des choses spéciales. Ou à rien. Vu la situation, elle trouve le temps pour trop réfléchir. Elle touche ainsi à l'inadmissible.

Elle a trois enfants et un bon mari. Elle prend soins d'eux. Ça la fatigue, évidemment. Mais ça lui apporte aussi du bonheur. Beaucoup de bonheur. Évidemment. Évidemment et enfin.

Au fait, elle m'a appelée pour me demander si je ne pouvais pas intervenir pour l’exonérer de son devoir de juré. Un devoir citoyen. Elle avait reçu la convocation pour un procès, en tant que juré. Elle essayait de se défausser. Elle ne pouvait pas honorer cette tâche. Elle n'avait rien demandé, et pourtant, voilà, les sorts sont tombé sur elle. Des sorts prévus par la loi. Certainement, mais la loi, maintenant, tombait sur elle. Or elle ne se sentait pas capable de faire face à cette loi. Pas du tout capable. C'était une « loi au sorts » qui ne la concernait pas. C'était complètement idiot. Une idiotie. Un crime. On la tuait. Elle ne sentait pas capable d'endosser le jugement d'un autre. C'était insupportable.

« Qui suis-je pour juger un autre ? » qu'elle m'a dit. « Qui a décidé que j'en étais capable ? Qui a décidé que mon libre arbitre ne vaut rien ? Qui a décidé à ma place ? »

Voilà !

Ceci m'a beaucoup troublée. Pire encore, j'ai pris peur de moi. Et d'Adèle, bien entendu. Qui étais-je moi pour dispenser des jugement à droite et à gauche ? Comment me... jugeait-elle, ma fille, mon Adèle à moi ? Serais-je mauvaise avec mes jugements jetés comme des sorts sur ceux qui se trouvent dans mon bureau, en face de moi ?

J'étais déstabilisée. Déstabilisée grave.

Moment de solitude ! Moment de silence !

Puis, secousse ! Je me suis dit qu'Adèle était ma fille et non pas la fille d'une autre.

J'ai respiré. C'était apaisant. Réconfortant. J'ai respiré encore et encore.

La paix descendit sur moi. Poussa en moi. Comme jadis Adèle.

Une grande paix. Très grande !

Je ne peux pas être mauvaise. Adèle est ma fille. C'est elle, et pas une autre. C'est moi qui suis sa maman, et pas une autre. Je ne peux pas être mauvaise avec une fille comme Adèle.

J'ai trouvé le bonheur qui gît silencieux, voire inconnu, en moi, depuis toujours. Mon bonheur inné. Aussi son pendant fait des malheurs. Inné lui aussi. Je suis heureuse et malheureuse à la fois. Mon déséquilibre est équilibré. Je suis devenue une pierre.

Je juge. Je juge toujours. Toujours et encore. Sans discontinuer. Je suis stabilisée.

Même si autrement que tout à l'heure.

Je suis pétrifiée.

Enfin, je crois. Je sens.

(...)

La mère de ma fille.

 

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 08:28

Juge ou avocate ?

 

 

En le regardant, on dirait que tout va bien. Que tout ça est normal. Comme s'il pouvait être normal que d'être un homme.

- De surcroît, mon mari.

Or, ce n'est pas ça. Ce n'est pas normal que d'être un homme. Et surtout pas que d'être mon mari.

Je suis née Juge aux Affaires Familiales. Je suis née comme ça, pour rendre justice aux femmes.

C'est ça que d'être JAF, Juge aux Affaires Familiales. Protéger les femmes. Les rendre victorieuses de et dans ce monde où les hommes, tous, sont des salauds.

(...)

Le cas d'aujourd'hui, n'est pas simple. Devant moi, trois hommes et leurs deux avocats, deux femmes. (Les femelles qui se prêtent à ce jeu – prendre la défense des hommes – sont encore plus salopes qu'eux. Mais ça serait pour une autre fois. – En tout cas, plus que des salopes.) Le cas est compliqué. Il n'y a pas de jurisprudence. Il y a en revanche beaucoup d'inconnu et de mystère.

Il y a un couple homo, d'un côté. De l'autre, un mec affirmant être le père biologique de l'enfant du couple homo. Preuves à l'appui : un certificat de don de sperme et un test ADN et, pour bien compliquer les choses, faits aux États Unis. (On peut tout faire chez les Ricains, à condition qu'on ait de quoi payer. Comme preuve !) Compliqué ! Le père biologique se fait connaître, mais pas la mère. Ni celle biologique. Ni celle éventuellement seulement porteuse, ou que sais-je encore... Ni les mères, donc.

- Ça me fout la migraine.

Y a même la photo du gamin. On dirait que le peut-être père biologique n'a pas tort. L'enfant lui ressemble pas mal...

Le mec seul – solo ! – demande un droit de visite. Les mecs en couple s'y opposent. Ils ne veulent pas trop troubler l'enfant. Ils peuvent avoir raison. La pluriparentalité est très probablement un risque pour n'importe quel enfant. Surtout quand elle est exclusivement masculine, comme à présent, avec deux pères (voire trois, des salauds !) et aucune mère.

(...)

Pourquoi suis-je devenue JAF et pas avocate ?

Mon mari me dit non seulement que je serais née JAF, mais que la JAF-ité me fût inoculée et me devint consubstantielle avant même que je sois devenue un désir, le désir de mes parents, une imagination, une illusion, un besoin, un projet pour mes vieux.

Il rit.

- Le salaud !

(Normal – pour un homme.) (Il est quand même mon mari. Mais va savoir pourquoi.)

- Un pur salaud.

 

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:02

Père criminologue

 

 

Il se croit clever. Très clever. Il me provoque. Avec, bien sûr, l'espoir d'une riposte. Il espère me mettre en difficulté. Lui dévoiler mon point faible. Lui, il sera le héros, alors.

Alors, lui ! Une espèce banale de héros, nourrie par la rébellion traditionnelle française. Une rébellion de coq. Non pas une révolte – de tigre ou de requin. Une rébellion – belle et ridicule ; ridicule et belle.

Il s'attaque à mon père. Criminologue de sa profession.

Hypocrite, il me dit son admiration pour ces gens-là, de cette espèce-là. Être criminologue c'est non seulement connaître le criminel, mais le comprendre. Le comprendre avec mesure. Il faut éviter de trop comprendre le crime. Pour ne pas tomber dans le piège. Voyez-vous !

Cela paraît plutôt bien réussir à mon père, qu'il dit. Pour combien de temps, cependant ? Le crime possède un pouvoir de séduction particulier. Sinon, comment interpréter la quantité croissante des actes criminels dans le monde ? La croissance démographique n'est pas une explication satisfaisante.

Cela étant, le criminologue joue avec le feu. Il peut devenir criminel lui même ; une fois le crime compris.

De surcroît, on a le droit d'imaginer un Criminologue-Dieu qui flaire, bien sûr, le crime mais qui ne se prive pas de le provoquer à l'occasion lui-même. Qui joue avec et qui remet le non-criminel à sa place de victime potentielle consentante, d’agneau stupide.

« Mais qu'est-ce qu'il va faire, ton vieux face au suicide ? », me dit cet idiot que je vais mater d'ici peu. « En quoi sera-t-il encore Dieu devant un suicide ? En sera-t-il capable ? « Éééé, tête illuminée, malheur à ta tête ! »

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 13:14

Papa GIGN

 

 

Amélie m'incite prendre sa main. Nous avançons sur le sentier ensoleillé parsemé de pommes de pin et de quelques crottes de chien sèches. Nous somme en vacances, à la mer. En face de nous, la Méditerranée mélange du bleu, du gris d'acier et encore une couleur dont je ne connais pas le nom, plutôt un rien, une atmosphère, nous appelle. Nous envoûte.

Une fois sur la plage, nous laissons tomber nos sacs et nos vêtements et nous nous précipitons vers l'eau affriolante. On s'éloigne un peu. Mais on garde toujours pied. On s'embrasse. Les sensations sont nouvelles pour tous les deux, c'est évident. Je le vois. Nous sommes encore des enfants. Dix et onze ans. Dix, moi. Onze, elle. Le baiser n'est pas extraordinaire. Mais je pourrai dire plus tard que je l'ai fait. Je ne suis plus un vrai enfant, donc. Je peux me regarde de l'extérieur. Sensation inédite toujours.

Je bande. J'essaie d'éviter la catastrophe. Mais Amélie, comme par hasard se frotte à moi d'une manière imprévue et insistante. J'éjacule. Heureusement nous sommes dans l'eau. On ne voit rien. Pourtant, j'ai honte. Je ne sais pas quelle image j'offrirai à notre monde à notre sortie de l'eau.

Mais tout va bien. On s'embrasse encore et encore. Je ne bande plus. Cependant mon sexe est encore irrité. Amélie le sent bien... Puis nous sortons.

Allongés sur nos draps de plage, nous bavardons tout en nous tenant par la main. La paix. Le soleil brille mais ne brûle pas. La brise sent le pin. La mer est tranquille. Nous nous taisons. Nous nous assoupissons.

J'ouvre les yeux. Amélie me dévisage, en s’appuyant sur son coud.

- Dis, dit-elle, c'est vrai que ton père est GIGN, officier GIGN ?

- Yes Miss.

- Il a tué des gens ?

- ...

Dans le regard d'Amélie explose une flamme noir. Elle m'embarrasse. Elle me sourit. Je discerne quelque chose d'étrange dans son expression. Quelque chose qui appelle la jalousie. La beauté n'y est pas. Sûr et certain. Elle me manque. Et je me demande qu'est-ce que c'est. La beauté, j'entends. Pourquoi elle me manque.

Amélie se penche sur moi et me donne un baiser très léger, fugitif sur mes lèvres. Mais ce n'est pas moi qu'elle embrasse.

Je suis mal à l'aise.

Dans un sursaut de révolte tournée très vite en orgueil, puis en haine, je me promets de la pécho ce soir. Merci Papa.

 

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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 09:50

Aux côtés d'une jeune clocharde

 

 

« Tous des vieux et des gros porcs », qu'elle dit en s'asseyant à côté de moi. Je ne l'ai jamais vue. Elle n'est pas une vraie clocharde. Même pas une SDF. Ça se voit.

Fifi, le bâtard, soulève lentement la tête. Il la regarde. Ensuite il me regarde. Il reprend sa somnolence. Les passants passent.

- C'est leur boulot.

Ils passent.

Qu'ils passent !

- Et qu'ils laissent un peu de blé dans mon gobelet !

« Il est à moi, son sperme », qu'elle dit. « C'est un bien matrimonial..., patrimonial... Ou les deux. Et pourquoi pas les deux ?», qu'elle dit encore. « Je peux le céder. Si je veux. Ou pas. Si je ne veux pas. J'ai été d'accord, d'abord. Ensuite, non. J'ai retiré mon accord. Il fallait qu'ils se rendent compte que ça ne va pas se passer comme ça. Qu'ils s'en rendent compte tous. Qu'est-ce qu'ils croyaient, que je vais accepter qu'elles prennent mon bien et qu'elles se le mettent dans leurs chattes ramollies et flasques pour y faire de leurs bébés ? Ces deux vieilles badernes ! Ces deux salopes ! Ces veilles sorcières de gouines de mes deux ! »

- Elle pestait.

C'est pas moi la folle. Certainement pas.

Pourtant, ce n'est pas ce qu'ils disent au Commissariat et à Saint-Anne.

- C'est pas moi.

Moi, j'ai Fifi. Je lui donne à manger et à boire. Je ne suis pas n'importe qui. Je ne suis pas personne. Il n'a pas besoin d'herbe. Les chiens ne se droguent pas. Mais s'il en avait besoin, je lui en donnerais.

- C'est clair.

- C'est elle.

La folle – c'est elle.

Qu'elles étaient trop vielles pour porter une grossesse. Qu'elles ont loué alors deux mères porteuses et qu'elles ont eu une fille et un garçon. Qu'elle dit. Du même sperme. Celui de son mari.

- Elle n'a pas pu supporter ça.

« Qui aurait pu supporter une chose pareille ? » qu'elle dit. Que se sont ses enfants, à elle. À eux. À son mari, et donc à elle. Matrimonialement, patrimonialement. Point barre.

Je vais vomir. Peut-être.

Le bruit sur Boul Mich – côté rue des Écoles, à proximité des distributeurs de la Société Générale – devient, je ne sais pas, un peu plus sourd. Même les sirènes de police ne percent plus les oreilles.

Je n'ai que deux heures. Ensuite je dois dégager. C'est la coopérative. Chacun son tour. Chacun son loyer. Dans la gamelle, il n'y a que quelques pièces estropiées de dix et de vingt. Même pas une de cinquante.

Je lui demande une pièce.

- Elle s'en fout.

Elle s'en fout même pas mal. Même trop.

« T'est qui toi ? » que je fais. « Tu veux que je te prête Fifi ? »

- Il baise pas mal.

Le chien !

 

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 08:18

Papa, tu sais quoi ?

 

 

Devant la machine à café, une conversation effrayante. Il paraît que, dans le cas des troubles digestifs graves, ce n’est pas des antibiotiques qu'on doit utiliser mais les selles d'un autre. Plus précisément, les antibiotiques d'aujourd'hui n'arrivent plus à tuer la bactérie Clostridium difficile, qui a muté, elle, et qui tue sans regarder. (Je suis sûr du nom de la bactérie, car j'ai eu le loisir de vérifier sur Internet. Mais ça n'a pas trop d'importance.)

Alors, dans ces cas, il paraît qu'une « transplantation fécale » serait salutaire. Presque quatre-vingt-cinq pour cent des malades auraient ainsi guéri.

L’opération serait, paraît-il, assez simple. On introduit par le nez une sonde qui arrive jusqu'au duodénum du malade et on y injecte le prélèvement des selles fait sur le donneur, un type sain et bien (qui aurait donné son accord pour qu'on lui prélève ses selles).

Le café, disons-le tout de suite, est devenu tout autre chose, après ces nouvelles.

De retour au bureau, je m'assieds et je commence à tapoter, comme ça, sans trop d'entrain, sur le clavier de l'ordi. Les situations fiscales des uns et des autres, peuvent être hyper-nulles.

De temps à autre, je jette un coup d’œil vers la Véronique dont les formes me parlent pas mal aujourd'hui. Comme hier, d'ailleurs, et comme avant-hier et ainsi de suite. Je le fais avec prudence. Le bureau, plutôt un open-space, déborde de ragots. Comme partout ailleurs, je pense.

N'empêche. Mon imagination fonctionne – aujourd'hui, comme hier, comme avant-hier et ainsi de suite – sans que je lui demande quoi que ce soit. Enfin, bien et pas bien à la fois.

Mais, enfin.

Je vais sur Internet pour revérifier cette histoire de Clostridium difficile. La bactérie existe, mais le truc de « transplantation fécale » pas vraiment. Je veux dire, sur Internet.

Coup de téléphone. Ma fille, dix ans. La beauté des beautés. Quand elle sera grande, elle fera une bouchée de tous les mecs, et leur malheur. « Oui, ma puce. Attends que je sorte du bureau... Voilà. Ça va ? » « Papa, tu sais quoi ? J'ai eu mes règles ! »

Pause.

Mon âme est traversée de courants glacés-brûlants.

« T'es où ? » « À l'école. Je suis allée à l'infirmerie. Ils ont tout ce qu'il faut. » « Bravo, mon cœur. Je t'aime énormément. On va fêter ça. Si tu veux, on peut aller au resto, ce soir. » « Oh, oui, papa. Oui oui oui... » « T'as parlé à maman ? » « Oui... Enfin... J'ai lui ai laissé un message. Elle ne répondait pas. »

Je coupe le téléphone. Mon cœur est plein d'un bonheur coupable et explosif. Je suis le premier à apprendre que ma fille devient femme... Le seul. Le Roi. Dieu.

Le téléphone sonne. Ma fille. « Nous avons été coupé. Maman a eu mon message. Elle m'a envoyé un SMS. Elle est en réunion. Elle veut qu'on aille au resto ce soir. »

Je m'entends dire encore des choses à la petite. Enfin, à la grande.

Mais les mots, les vrais, je ne les entends pas. Je les sens pourtant. Même s'ils n'existent pas pour de vrai. Même s'ils ne pouvaient même pas exister. Je les porte quand même.

Encore que : « Papa, tu sais quoi ? J'ai eu mes règles... ». Ça a été dit. Dit et entendu et tout.

 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:56

Douleur extraterrestre

 

 

J'ai toutes les raisons de croire que des extraterrestres sont venus me chercher dans mon sommeil, me porter dans leur monde, me faire subir non seulement des examens, comme pour beaucoup d'autres, mais m'implanter des trucs qui n'existent pas dans notre monde et qui me font voir autrement. De nous voir autrement, nous tous, le monde, le nôtre. Si je devais mettre des mots sur ce qui m'est arrivé, je dirais que j'ai été doté d'une « vision en infrarouge ». Même si c'est assez loin de la réalité physique de la vue artificielle dans le noir.

Ils étaient en face de moi et je voyais tout. Je parle de leur intérieur invisible. Je voyais ce qui ne devait pas être vu.

Un Français et un Koweïtien. Un couple homo en plein désarroi. Le Français, un médecin anesthésiste, la cinquantaine bien conservée, était petit et très blond, un peu agité (ses ancêtres, des babouins, étaient encore très présents en lui), et en même temps d'une clairvoyance débordant de tristesse. Il était le dominant.

Son compagnon, un Koweïtien de dix ans son cadet, était grand et gros, au geste lent, plantureux et sûr, brun et un peu dépressif ; en tout cas, un peu larmoyant. Le soumis.

La loi dite « Mariage pour tous » venait d'être adoptée. Ils s’étaient mariés, sans trop réfléchir. Du coup, leur problème devint hyper-compliqué.

Étant citoyen koweïtien, le gros n'avait pas besoin de travailler. Comme tous ses concitoyens, il recevait une sorte de pension à vie payée par l'état. Tous les citoyens koweïtiens bénéficiaient de cette manne. Dès leur naissance. C'était leur loi. En plus, sa famille de là-bas était extrêmement riche et elle lui versait une indemnisation consistante – pour qu'il continue et finisse (avec brio) ses études en France.

Au Koweït, l'homosexualité est sévèrement punie. D'où – problème. Il risquait de perdre sa pension familiale, pour ne pas parler de celle de l'état.

Au-delà de ça, ils craignaient de devenir la cible de la violence moyen-orientale. Et non seulement moyen-orientale.

Ils étaient tous les deux d'accord que leur mariage a été un peu précipité. Ils n'en auraient pas eu besoin. Ils étaient très bien, sans être mariés.

Pour autant maintenant, qu'ils avaient fait ce dont ils n'avaient pas besoin (ou, si, pourtant, sinon, pourquoi l'auraient-ils fait ?), en sachant bien que les représailles seront inévitables, ils se sont dit qu'ils n'avaient plus le choix : la fuite en avant s'imposait. Comme au ski.

Ils avaient décidé d'adopter. Et moi, je devais mener une partie de l'enquête sociale.

Adopter, très bien. Mais d'où sortir un enfant pour ces deux gogos ? Ce n'était pas mon affaire. Certainement pas. Mon affaire était de dire qu'ils en étaient aptes. Aptes à recevoir un malheureux dans leur bel appartement Quai Voltaire. Aptes à lui assurer un bonne scolarisation. Aptes à lui épargner les violences et les déviances envisageables dans une société comme la notre.

Selon moi, le dernier point n'était pas tout à fait en règle. Ils ne pouvaient pas s'opposer à la violence de la société. Quant aux déviances, ce n'était pas mon affaire, mais celle du psychiatre.

Et là, j'ai vu ce que je n'aurais pas vu sans l'intervention des extraterrestres. J'ai vu cette chose que je ne devais pas voir – si je voulais rester un terrien lambda.

Mais je ne pouvais plus vouloir une chose aussi inintéressante.

Je me suis laissé voir leur plaie profonde ointe avec un immense amour sans finalité et sans espoir.

J’ai ressenti un tel frisson de pitié brûlante (pour eux, mais aussi pour nous tous) que j'ai dû quitter le bureau pour m'asperger la figure à l'eau fraîche.

J'ai éclaté en larmes. En sanglots.

Aux toilettes.

Ils m'avaient filé leur malheur, les salauds. Ou même pas salauds. Ils n'étaient pas des salauds, eux. C'était moi qui m'étais extraterrestrisé. Qui avait été extraterrestrisé. C'était moi qui voyais l'impossible.

J'ai vu, j'ai senti, j'ai compris leur désir d'enfant. Ce fut la chose la plus horrible de ma vie.

De ma vie de ce monde. De ma vie du monde.

 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 08:44

Une famille, quoi d'autre ?

 

 

J'ai de la pitié pour lui. De la miséricorde, même. Il est tellement démuni ! Mais comment ne pas l'être ? Il aimerait venir me joindre. (C'est un « il » et pas une « elle », j'en suis sûre !) Quant à moi, je l'appelle de toutes mes forces.

- À mon tour.

Un appel silencieux, bien sûr. Mon besoin de frère ne sera pas claironné à droite et à gauche, sur les toits et dans les catacombes.

- Ah, oui ?

Yes, ah, oui ! C'est à dire, non ! Je ne peux pas le faire. Ou, enfin, je pourrais, mais je ne veux pas. Les choses deviendraient d'un coup trop-trop compliquées.

- Déjà moi-même !

Je suis une enfant adoptée. Adoption que j'ai vécue pleinement, inconsciemment et surtout pour de vrai. Je n'avais que deux mois et demi (encore que, qui peut dire avec certitude l'âge d'une môme abandonnée dans une poubelle haïtienne...?) lorsque j'ai eu des parents. Lorsqu'il m'a été permis d'être choisie (ou lorsqu'on a entendu ma voix muette qui appelait au secours – qui LES appelait..., EUX). Lorsque, après un processus extrêmement compliqué, on m'en avait donné.

- Des parents, je veux dire.

- Je suis une adoptée.

Oui. J'en suis – une.

Une – ce qui fait que je trouve ça insuffisant. Mais je ne sais pas qui-quoi pourrait compléter ou remplacer cette une ? Ni comment. Et pour cause. Aujourd'hui, j'ai deux mamans. Elles sont lesbiennes, vous voyez bien. Il n'en a pas été toujours ainsi. Notamment, pas avant notre arrivée, papa, maman et moi, en France. En provenance de Port-au-Prince. Eux, blancs-roses, moi, noire-carbone.

Ils se sont séparés après six mois. Ils ne se supportaient plus. C'est tout ce que je sais.

Je suis restée avec elle. Je dis plutôt « elle » et pas trop « maman ». Elle s'est mise avec une autre. Je suis obligée de les appeler « maman » toutes les deux. Par contre, je ne suis pas obligée d'appeler « papa » le mec intermittent de la deuxième... maman (?)...

- Elle est bi, celle-ci.

Mais l'autre, la première, aussi.

- Tant qu'on y est.

(Comme preuve et de toute façon, me voilà.)

Après quelques mois de séparation, papa est revenu. Avec son intermittente à lui. Je ne suis pas obligée de l'appeler « maman ».

Parfois, papa fricote avec son intermittente, mais aussi avec ma première maman ou avec la deuxième. Voire avec l'intermittent de celle-ci. Parfois, tout le monde le fait avec tout le monde. Quand ils ont fumé. Ou autre... Ils s'entendent bien, tous les cinq. Avec moi, ils formeraient un bitrouple élargi. Nous sommes six, au total. Seulement que moi je suis la seule enfant dans cette histoire.

Pour l'instant, je ne touche pas aux drogues. Et on ne me touche pas. Eux, par contre...

Mais, c'est une communauté heureuse, je dirais. Il n'y a pas de disputes. Ils m'ennuient.

Nous sommes trop aisés. Voire riches. On s'ennuie. J'ai besoin d'un frère. Non pas d'une sœur. C'est pas amusant, une sœur.

- Alors, mon petit frère, viendras-tu me rejoindre ?

Quant à vous autres, vous allez (me) dire que tout ça, trouple, bitrouple, frère non-conçu et tout, n'existe même pas. Peut-être. Mais ça va exister. Ça va arriver.

Avec mon frère, nous – lui et moi – allons former une famille. Uniquement lui et moi. Nous allons en avoir... une.

Une famille, quoi d'autre ?

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