Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /2009 14:29

Avant propos

La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. (Voir ci-dessous.)

Elle a tonné dans ses entrailles. ----------- À mi-chemin entre torture et sublimation. ----------- Son intervention n’a pas été appropriée  au « réceptacle ».

 

Pietà

 

- À moi.

Ma minuscule personne pourrait être détruite. Et ce n’est toujours pas fini. Je ne suis pas faite pour de telles révélations, ni pour de tels sentiments.

- S’agirait-il de l’effet d’une certaine indigestion culturelle dont je suis la victime, depuis un moment ?

Je vis depuis un moment avec l’impression que ce que je sais non seulement n’est pas grand chose, non seulement ne sert pas à grand chose, mais c’est quelque chose d’empoisonné, de malfaisant.

- Une sorte d’assimilation « contre nature » des engins et des ingrédients culturels.

Quelque chose de maladif et de criminel. Un certain métabolisme malfaisant, néfaste des minéraux, des végétaux, des spectres animaliers…

Je suis prof d’histoire de l’art. Je suis une femme (femelle ?) seule, pas très belle, voire même pas belle – et libre. Je suis sans être. À l’exception des moments où je suis JE SUIS, comme il paraît qu’avait dit l’autre… Chose valable pour le moment dont il est question en ce qui suit. Le moment où la Vierge m’a interpellée. (Ou, peut-être, c’était Son Fils ; à moins que ce ne fût les Deux, ensemble ?)

Le moment a été hyper court. La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. ----------- Foudroyant. ----------- Ou j’exagère ? ----------- En tout cas, tellement profond, que la mémoire le garde aujourd’hui encore dans son espace peuplé de mystères soulevant l’effroi. Un moment pourtant pas destructeur. Pas destructeur sur le champ, je veux dire. La mort ne m’a pas prise dans ses bras. Et réciproquement : je ne l’ai pas prise dans mes bras, la mort. – Tel que le faisait la Vierge, avec Son Fils torturé même mort ----------- sur le champs.

Pas de Pietà, donc, de ce point de vue.

« De ce point de vue », tout c’est passé devant le group statuaire de Michel-Ange. Regardé de près, c’est du marbre, de la pierre. Pas plus. En tout cas, les traces laissées par le fou qui a tiré avec son revolver sur le rocher évidé sont visibles. Ce sont elles qui donnent cette certitude : c’est de la pierre qu’il s’agit, de la pierre noble, certes, mais toujours matérielle ; de la matière cristallisée ; du marbre, et pas plus que ça.

Mais – et ainsi on touche à la partie suspecte de culture de cette histoire –, on peut très bien imaginer qu’on injecte, qu’on infiltre, qu’on inocule des sens, des sentiments, des pensées dans une statue.

- A une statue.

Vu la main de celui qui a dégrossit le bloc de marbre pour faire sortir de son intérieur les deux souffrances, celle du Crucifié et celle de la Mère (cette dernière en se voyant d’un coup inaccomplie, inachevée, en tenant sur ses genoux son fils qui l’avait trahie, en la précédant dans la mort…), vu, aussi et ensuite, les centaines d’années écoulées depuis que ces souffrances soient sorties du bloc de marbre, pour qu’on les voit, vu les milliers et les milliers de jours et nuits qui se sont succédés, en apportant de la lumière et des ténèbres sur la statue, vu les innombrables regards qui se sont posés sur elles, vu tout ça, vu, encore plus, ce qui en est et qui en sera – il n’est pas possible que la statue soit resté inchangée au fil du temps.

- Elle a du changer.

On ne peut pas ne pas constater qu’elle n’est plus ce qu’elle était tout au début, la statue. Si ce n’était que le simple fait que, en la regardant, j’aie été amenée à tripoter et malmener de telles pensées. Des sentiments, plutôt. Ou, encore, des choses qui précèdent le sentiment, tout en étant plus fortes que le plus fort sentiment possible.

- J’ai nommé ainsi la vérité.

Elle ne pouvait en aucun cas avoir jadis, notamment tout au début de sa carrière-vie, le même impact qu’aujourd’hui, la statue. Elle n’était donc plus la même, maintenant qu’au début de sa présence terrestre. Et, en plus, moi-même, je n’existais pas encore « terrestrement », à cette époque-là. Tout a changé, donc, depuis !

Cela étant dit, revenons à nos moutons.

En face de la statue, avant que la Vierge ne me parle, ne m’interpelle, s’était plantée une Sainte Famille[1]. Ce n’était pas des Italiens. Normal[2] ! Mais, qu’importe !? Ils s’étaient arrêtés devant la Vierge et son Enfant, les trois anonymes entrés par la même occasion (par la même porte du destin) dans ma vie. Ils regardaient la pierre avec une application d’élève et obligeaient implicitement et tacitement la petite se trouvant à côté d’eux de faire pareil. Quant à elle, c’était une fillette de six, sept ans. Partiellement – c’est à dire, particulièrement – édentée, elle était jolie, et sympathique.

- On voyait bien qu’elle allait être plus tard belle et joyeuse, attrayante et séduisante.

Elle regardait le group statuaire avec une, comment dire, indifférente attention. De toute évidence elle se posait des questions fortement relativisantes.

- Qui était la jeune femme qui tenait le jeune homme sur ses genoux ?

- Le mort, lui, qu’est-ce que c’était ?

- Qui était-ce ? 

- En quoi, de quoi avaient-ils mérité d’être statués ?

- Est-ce que c’était du mérite de se trouver ainsi, taillé en pierre ?

J’ai eu, face à cette scène (qui n’en était même pas une), une révélation. Deux éternités interpénétrées s’ouvraient devant moi.

- À moi !

Pour celle du group statuaire, inutile d’insister. Mais pour l’autre… Ce qui donnait du terrible à la séquence était l’éternité de la fillette. Elle ne savait pas, la gamine, qui étaient la Vierge et Son Fils.

- Il n’y avait aucune raison[3] qu’elle le sache[4].

- Elle allait l’apprendre maintenant – pourtant[5].

C’est en ce moment-là que le troupeau de mes étudiants fit son apparition.

- Comme du néant !

Giorgio, mon fils, compris. À peine sorti de l’adolescence, avec ses poils noirs et moutonnés montants sur sa poitrine jusqu’à la fourche du cou, beau et bête, comme seulement un jeune mâle peut l’être…[6]

Je me suis vu en tant que la Vierge, en tenant Giorgio, Mon Fils, Mort Crucifié, sur Mes Genoux !

- J’ai senti l’Orgueil.

Cet orgueil spécifique.

- Une douleur rocheuse se précipitant dans mes entrailles, dans mes abîmes…

La Vierge m’avait parlé, en tonnerre – et pourtant muette – martyrisant à mort mes entrailles. Elle interpellé. Elle s’est emparée de mon Être. Cela n’a pas été une bonne chose[7].

- Je me suis tu, moi ----------- moi.

Moi.



[1]           …Non, je plaisante ! Mais c’était comme si. Enfin, presque.

 C’était, en tout cas, un trio. Un père, une mère et un enfant. Et on peut commencer par accepter que tout trio de cette espèce pourrait être une Sainte Famille. Dans notre cas ce n’était pas un mais une enfant. Différence, donc. On n’est guère la Christ, mais le Christ. Uniquement. – …Des jeans, des nattes, du chewing-gum, et puis un baladeur. Vous voyez la Différence – avec majuscule ! En tout cas, les parents de la môme, plantés devant la Pietà, étaient loin des masses christiques en flamme, comme on s’est habitué de dire pour se montrer capable de ressentir de choses terribles et exquises… On était de ce qu’il il y avait de plus ordinaire. Des gens comme tous les autres. Habitués à l’informatique et à l’Internet ; avec des permis de conduire ; manifestant un certain intérêt pour les bizarreries des stars ou pour la liberté et l’aisance des jet-sept, mais aussi pour les normes des leurs pairs ; avec un crédit immobilier et, peut-être, un autre pour la voiture ou pour la cuisine ou pour la salle de bains, en cours ; avec des problèmes de dos, de dents, d’argents, d’évolution de carrière, de patrimoine, de voisinage, politiques – et ainsi de suite, sans doute.)

 

[2]              De coutume, ceux qui défilent devant la Pietà de Michel Ange ne sont pas des Italiens – à l’exception de gens comme moi-et-mes-étudiants. On est presque exclusivement des étrangers. C’est-à-dire que cette Sainte Famille ne faisait, je crois, exception. On admirait la statue. On avait même payé pour la voir. On était des Français. Ou des Anglais…, des Américains…, des Russes…, des Temporaires… peut-être ? On n’était pas des Chinois. Des Noirs, non plus. On se trouvait là, immobiles temporairement, au milieu de la foule qui tanguait à droite et à gauche, comme un liquide contenu dans un volume aproximatif. Une foule qui donnait avec beaucoup de force la sensation d’inutile. (C’était qui tous ces gens-là qui regardaient la Madone et Son Fils-amant parti pour joindre l’Inéxistent, pour joindre le Père ? Des grains de sable désertique dans lequel l’eau fraîche ne tarde pas de se perdre. L’eau inutile !)

 

[3]              - Comment pourrait-elle savoir – avant toute explication – qu’est-ce que la crucifixion ?

 

[4]              Une vraie raison impose un savoir (de type) prénatal, un héritage. On est prédestiné pour le savoir –  asservi, esclavé par lui –, ou on ne sait pas !

 

[5]              Preuve supplémentaire qu’elle ne le savait pas. – Preuve supplémentaire qu’elle savait apprendre.

- Et pourtant, on n’apprend que ce qu’on « peut » savoir, que ce qu’on sait déjà…!

 

[6]              Figlio mio ! Bello figlio della mamma !

 

[7]              Ensuite, lorsque je me suis secouée pour m’extraire de cet état d’esprit (ou d’Esprit ?), je me suis demandé : « Et si à la place de la Pietà il y avait un Bouddha, un Dragon chinois ou un Serpent inca, ou, pourquoi pas, Lénine ou Michael Jackson ? »

- La folie roderait-elle autour de moi ?

- De MOI ?

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 2 janvier 2009 5 02 /01 /2009 16:24

Avant propos

Le titre ou la dernière phrase pourraient suffire, parfois. Parfois, non. Parfois, les deux. Parfois, entre les deux. C’est le cas, je crois.

- Mais cela ne modifie en rien l’axe de la Terre.

- Et tant pis ! ----------- Et tant mieux !

        

Ils manquent d’irrépétable et d’impossible

(Comment sinon alors ?)

 

Inutile de continuer ! Même si le cas reste particulier, il est certainement répétable et, par conséquent, certainement possible ; à fondre dans la généralité uniformisante et confondante, unique, irrépétable et impossible.

 - La contamination réciproque avec du banal ! ----------- Voilà ! ----------- C’est c’la !

Ils s’inoculent réciproquement, en doses homéopathiques mais très efficaces, le mal, la maladie du banal. La plus fréquente des maladies ----------- la plus insinuée ----------- débordant de nuisances bienfaisantes ----------- la plus contaminante ----------- la plus habituelle ----------- la plus normalisante.

- Une maladie non-localisée.

- Une folie.

Voilà !

- La démence, la paranoïa, la schizophrénie, les délires du banal.

Voilà !

- Ils manquent de certaines substances. (Celle de l’irrépétable, notamment et pour commencer. Celle de l’impossible, notamment et pour aboutir.)

Ils sont tous et entièrement, jusqu’à leur dernière fibre, répétables et possibles. Ils manquent d’irrépétable et d’impossible. ----------- Ils sont (des) répétopossibles.

- Ils sont de plus en plus fous ! ----------- Certes ! ----------- Voilà !

Ils jouissent d’une certaine consistance ; d’une certaine cohérence ; d’une certaine logique. ----------- Aux yeux de leurs contemporains, bien sûr ! (Quant à ceux-ci, taillés, à leur tour, pareil, dans la même cohérence de la consistance, dans la même consistance de la cohérence qu’eux-mêmes, ils ne sont que très, voire trop possibles ----------- eux aussi.)

Tous trop pareils ! Ni irrépétables. Ni impossibles.

- Trop !

- Comment sinon alors ?

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /2009 08:28

Omul desexualizat.

-------- gînduri în prag de 2009 --------

Marele salt evolutiv, saltul decisiv a fost făcut cîndva de mult, cînd pre-omul (odată ce a mîncat fructul interzis, fructul cunoaşterii) a descoperit sexualitatea. De atunci, el încearcă fără încetare să o înţeleagă ; sau, în pură tradiţie omenească, să şi-o însuşească.

 

 

Am putea spune că trăim într-o lume care îl respinge pe Dumnezeul patern, care iese de sub imperiul sexualităţii egalitare, care mai crede în maternitate, dar care se va vedea în curînd văduvită şi de această « ultimă idee ». O lume, deci, care va trebui să (îşi) găsească alte « libertăţi » pentru a-şi putea stăpîni propria libertate dezlănţuită şi deşuchiată.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

In acest scop, aşa cum s-a întîmplat în neumărate alte cazuri de « înţelegere-însuşire », omul e gata să distrugă obiectul pe care « vrea » să-l cunoască ; e gata să (îşi) distrugă sexualitatea.

Hărăzită, se pare, a asigura supravieţuirea speiciei (în ce scop, rămîne de văzut), sexualitatea s-a auto-îmbogăţit, cine ştie de ce, devenind subiect sentimental, social, moral, filozofic, artistic, industrial, comercial, ştiinţific, societal.

La acest nivel, azi, la nivelul societalului, sexualitatea se goleşte de conţinutul său reproductiv şi, repede după aceea, de conţinutul său relational, social. Dacă pentru supravieţuirea speciei, sexualitatea încetează să mai fie necesară, multe din necazurile sentimentale, sociale, morale, etc., etc., pot fi evitate.

Rămîne de văzut ce facem cu această absenţă. Cu ce înlocuim sexualitatea, cu tot ceea ce, în bine sau în rău, îi datorăm acesteia ?

Spre ce ne îndreptăm -------- fără sexualitate ?

Cum va arăta omul desexualizat ?

 

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : En roumain - In românã
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /2008 22:30

 

5

 

L’épouvantail

            [à la marionnette] Le Musée de la Révolution. Avec ses quatre-vingts salles vides, aux murs couverts de panneaux avec des citations des discours de Kim Il Sung.  [au public, en parodiant les gestes du Leader montrant, de son bras tendu, le lendemain qui chante...] Avec l’énorme statue en bronze du Leader Fortement Aimé, devant le bâtiment... - [à l’homme] Le Palais des Pionniers, ensuite, où les enfants, disciplinés, après avoir sautillé et crié avec beaucoup d’application à votre apparition. Un caillou couvert par un cube en verre, dans la cour d’une usine: le caillou sur lequel s’est assis Kim Il Sung à l’époque où rien n’existait ici...

 

L’homme

            Je m’aperçois, à un moment donné, que l’interprète-femme a, dans son sac, un revolver; je me demande pourquoi. Qu’est qu’il y a à tuer ici ? - Dans cette Corée du Nord ! A l’autre bout de la géographie de l’est ! – Qui ? Pour quoi ? Pour nous ? À cause de nous ?

 

L’épouvantail

            Vous partez, accompagnés par un vice-premier-ministre, vers le sud. Sur la route, pendant trois jours, vous rencontrez en tout une petite dizaine de camions, seulement, et rien d’autre; rien non plus dans les plaines traversées par les chaussées.

 L’homme

            Nous participons, dans une ville, à un grand spectacle donné en notre honneur sur un stade de cinquante mille places, rempli comme un  oeuf par cinquante mille porteurs de panneaux en carton colorés, qui, disciplinés, « peignent » des « fresques » révolutionnaires ou « écrivent » des « dits » du Leader Beaucoup Aimé, tandis que « des artistes », par centaines, font, sportivement, la même chose sur la pelouse. Ils font beaucoup plus fort que les crétins de Berlin-Est. Beaucoup plus !

 L’épouvantail

            Vous arrivez avec un retard de six, sept heures dans une grande usine, à une grande réunion solennelle, organisée, elle aussi, en votre honneur. Beaucoup de ceux qui s’y trouvent dorment, la tête baissée ou penchée en arrière. Mais, lorsque vous faites votre apparition sur l’estrade, ils se lèvent à la hâte pour vous acclamer longtemps, pour vous ovationner, disciplinés, tandis que de leurs regards roulent vers vous des vagues d’indifférence sale, d’ennui et, des fois, très rarement, mais de façon d’autant plus saisissable, de rancune, de haine scintillante, on dirait des éclats très impersonnels, coupants, fous... - Vous visitez une sorte de parc immense où l’on trouve une espèce de hutte... où naquit - non seulement normalement, mais hyper, surnormalement, bien sûr - qui ? Le Leader Extrêmement Aimé - en personne !... Parc sillonné par des détachements de pionniers coureurs. Puis, une école militaire, pour qu’on vous montre des gamins de neuf ans, vêtus d’uniformes, qui font tomber des cibles en carton... - ...Et ensuite, et enfin, un soir, dans une de ces villas, lors d’une étape quelconque, vous passez un moment plus relax.

 L’homme

            Dans la villa il y a un piano droit. Bien accordé ! Pourquoi ? Jouerait-il du piano, le Formidable Leader ? 

La marionnette

Ils se sont rassemblés tous, plus le vice-premier-ministre, leur « ange-gardien » nord-coréen. Ils bavardent. Le vice-premier-ministre jette des regards - convoitise très maîtrisée - vers leurs cigarettes. Il lui en offre une. D’abord, le Coréen refuse. Ensuite, il ne résiste pas. Ils apprennent à cette occasion que les jeunes Nord-Coréens n’ont pas la permission de fumer avant vingt-huit ans. A cet âge ils peuvent commencer aussi à penser au mariage. On ne leur cache ni le fait que l’adultère est puni par des travaux forcés dans la mine... 

L’homme

            Ce n’était pas mieux, beaucoup mieux en Roumanie ? 

L’épouvantail

            Si ! Bien sûr ! Et quoi ?... – Au diable la Corée ! Au diable la Roumanie ! Au diable leurs Leaders Hyper-Bien-Aimés. On s’assoit devant le piano, là, dans la villa nord-coréenne de Kim Il Sung, et on essaie quelques accords. Ca sonne bien. 

L’homme

Iliescu demande au Coréen s’il aime la musique. - Oui, il aime. - Nous chanterait-il quelque chose ? - Affirmatif. - Il va chanter. - Pour nous.

                                                           La marionnette

            Le Coréen se met debout. 

L’épouvantail

Il chante. - Quelque chose sur une marche victorieuse.

L’homme

            Très bien, dit Iliescu. Et maintenant, à nous de chanter quelque chose. Une romance. O.K., je dis, et je commence une romance. Après la première strophe, je passe au rythme de boogie-woogie. 

L’épouvantail

            [dans le rôle de Iliescu] « Pas comme ça, hé ! La romance c’est du chuchotement. Du murmure » . 

L’homme

            Peut-être. Mais les autres protestent. Ils veulent du boogie-woogie. C’est bon le boogie-woogie. 

Le porteur de pancartes

            [entre en scène avec une pancarte nouvelle : BOOGIE-WOOGIE] 

L’épouvantail

            [en dansant] Boogie-woogie, boogie-woogie… Là, dans la villa de Kim Il Sung. 

L’homme

            [sourire malicieux d’approbation 

La marionnette

            Iliescu laisse tomber. Zoé invite le Coréen à danser. [suivant ses mots, le porteur de pancartes et l’épouvantail miment le ministre et, respectivement, Zoé] Il refuse, mais... Il s’agit, n’est-ce pas ?, de Zoé... Ils esquissent quelques pas... [le porteur de pancartes et l’épouvantail - danse] Mais, soudain, on frappe à la porte... [jeu du porteur de pancartes] Le Coréen sursaute comme brûlé au fer rouge... Il repousse Zoé... Il se dirige vers la porte et l’ouvre. Il échange quelques mots avec la personne qui s’y trouve... Il ferme la porte. Zoé essaie de continuer la danse, mais le vice-premier-ministre refuse. Il reste encore une minute et se tire. Il emmène l’interprète avec lui. 

Le porteur de pancartes

            [sort en traînant la pancarte derrière lui 

L’épouvantail

            [après une pause] Mais, alors, à Pyongyang, hein !. - Au spectacle de l’opéra donné en votre honneur. Lorsque la salle se met debout pour vous applaudir longtemps, lorsque vous faites votre apparition dans la loge centrale !... Hein !... Tu frimes!... Spectacle très spécial; assistance très triée, vous glisse l’épouse de l’ambassadeur, mais la présence est, comme d’habitude, obligatoire dans la salle. 

L’homme

            Le sujet: la lutte, bien sûr, « révolutionnaire »... La musique : du Verdi aplati par un rouleau compresseur. - Un éclair de - ou dans - ma mémoire, et je revois les visages de mes trois collègues coréens du Conservatoire n° 1 de Bucarest... Et s’ils se trouvaient, eux, maintenant, dans la fosse d’orchestre ?  

L’épouvantail

            Enfin, la scène finale. Grandiose ! L’épouse chante, en pleurant et en caressant le manteau de l’époux révolutionnaire qui, paraît-il, a été tué... Mais, non ! Eh, bien, non ! Le possesseur, le maître du manteau n’a pas été tué par les méchants capitalistes contre-révolutionnaires... Il est là, le voilà, et il va conduire les masses vers le communisme victorieux... 

L’homme

            Le rire m’étouffe. Il me fait sortir dans le hall désert. Zoé me suit. La femme de l’ambassadeur n’ose pas quitter la loge. Elle reste avec Iliescu et les autres. Avec le manteau et avec le communisme. Avec son manteau et avec son communisme à elle, à eux. - Je regarde Zoé. Elle me regarde. Nous rions. Nos bouches, largement ouvertes. Aucun bruit. Aucun ! - C’est du riro-cris muet ! - Je décèle une certaine lumière dans les yeux de la jeune femme aux cheveux longs et blonds, en face de moi. – « Ne sois pas désespérée », je dis. 

La marionnette

            Et Zoé lui répond : 

L’épouvantail

            [à l’homme, en jouant le rôle de Zoé] « Toi non plus. » 

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]


Par Alexandre Papilian - Publié dans : Théâtre
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /2008 17:53

Avant Propos

Une fois au sommet de la Tour Eiffel, une question s’impose :

- Sauter ou pas sauter ?

Ne pas sauter, enlèverait tout sens à l’ascension. Sauter, par contre, susciterait des tonnes d’autres interrogations à qui mieux mieux plus compliquées, biscornues, farfelues, capables d’escamoter la question mère, voire de l’écraser.

- C’était la réalité psy qui m’a envahi en regardant la petite vieille, ratatinée, myope, peut-être même aveugle, qui regardait je ne sais pas quoi, de là-haut, des cimes eiffeliennes, parisiennes…

- Et alors ? 

 

Caron et la Tour Eiffel.

 

- Difficile de se glisser sous la peau d’un autre.

 

- Le bidasse qui fait passer et qui dépose les zozos de « l’autre côté » ?

- Lui-même, qui achemine toutes sortes de cocos et de zèbres vers l’au-delà ; qui regarde et enregistre le passage de l’existence vers l’inexistence ; qui, enfin, passe lui-même, au retour, de l’inexistant vers l’existant ; – peut-être.

 

- Prenons comme exemple le cas de Caron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Qui – pour s’occuper de ce qui se passe dans une âme pareille ?

 

 

- Vous allez me demander, peut-être, quel pourrait être l’intérêt de s’y intéresser ? Vous aurez, naturellement, raison. Combien d’entre nous partagent le sort de ce Caron ? Mille ? Cent ? Dix ? Un ? Aucun ?

- Aucun !

- Il n’y a pas des Caron parmi nous. Il ne peut pas y en avoir. Dans le camp de l’existence, (où nous autres flottons tous) l’inexistence nous est interdite. Elle n’y est, au mieux, que pressentie. Jamais sentie.

- D’autant moins vécue.

- Caron, lui, par contre, il y touche.

- Peut-être !

 

- Il passe d’une rive à l’autre, chargé (dans une direction), vide (dans l’autre), sorte d’éboueur d’âmes, de madame-pipi-du-monde avant la lettre.

- Et il y observe les changements subis par ses passagers...

 

 

- Comme un photographe qui, tout en aidant ses sujets à s’immortaliser... (si, si !... s’immortaliser, ne pas mourir, ne plus mourir… sur la pellicule) observe leur rigidité de plus en plus évidente, leur nécrose de plus en plus avancée.

 

- Des soupirs et des larmes.

- C’est ce qu’on dit pouvoir – avoir à – trouver dans l’empire souterrain.

- Des soupirs et des larmes éternels.

- On le dit sans se demander pourquoi ; sans s’interroger sur la souffrance des passants, sur la souffrance des... trépassés (...des... très-passants ?), sur la souffrance des disparus.

- On ne peut pas s’y interroger, nous autres.

- On n’est pas des disparus, nous autres, quand même !

- Tandis que lui, si, Caron, le tantôt disparu, le tantôt apparu, l’éternel transgresseur, le monotone volte-faceur entre l’existant et l’inexistant, entre 1 et 0 : il les aperçoit, lui, les disparus ; il les touche ; il touche à leur souffrance ; qu’il oublie lors de son retour au monde – pour pouvoir y retourner.

- Quant à eux, ils l’aperçoivent et ils le touchent, lorsqu’ils lui payent le passage – avant de toucher à la disparition, à leur propre disparition...

- Ils deviennent, ils parviennent à être, ils sont tous (depuis longtemps, depuis toujours), nous sommes, nous autre, tous, des disparus !

 

Post propos

 

Après avoir articulé ces mots, la vieille ricana. Aigu. Avec beaucoup de joie. Elle parait être en paix avec elle-même, très souriante : rictus-isante. Elle donnait l’impression qu’elle allait se dissiper, dépressive et désinvolte, dans l’air pur qui, tel qu’un nuage de smog, flottait autour de la Tour Eiffel, juste en dessous du gland de celle-ci. C’était tout. Et rien d’autre.

   

         - La folie, par exemple, la bêtise, l’inutile !

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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