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Croquis

Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /Août /2008 15:30

Avant propos

Comprendre, voila qui est difficile. Toujours dubitative et incertaine, la compréhension crée plus d’incertitude que de certitude. Pourtant, même si elle n’explique rien (aucune explication ne dépasse pas l’état de la description ----------- opinion, leurre, illusion), l’entreprise rend l’atmosphère respirable, la vie vivable. C’est tout. On passe sa vie en comprenant. On se construit en comprenant. Pas autrement. C’est en fonction de quoi et de comment on comprend, qu’on devient ce que et comment on est. Quant à parvenir à être ce que et comment on est (en savoir, en sus) c’est tellement difficile que, en creusant encore un peu, on arrive à saisir que la compréhensions – en fin de comptes – n’a autre chance que de quitter la raison,de la rejeter ----------- l’abandonner. L’inverse n’est pas possible. On ne peut pas se séparer de la – de sa – compréhension, et d’autant moins de la compréhension de soi. Et tant pis pour le quoi et le comment de cette compréhension de soi. Elle existe tant qu’on existe.

Comprendre c’est une affaire strictement personnelle (on comprend le monde en se l’appropriant, en le personnalisant), tandis que raisonner c’est ne plus se comprendre soi même, s’aliéner sa propre personne ----------- le monde. En raisonnant, on se laisse porter par l’impersonnel, par l’incompréhensible. ----------- C’est dire donc que la compréhension et la raison font deux ----------- elles se mettent des bâtons dans le roues l’une l’autre.

Alors, comment s’y retrouver ----------- se débrouiller ?  

 

 

Mission ratée

– elle attendra, elle, la compréhension –

 

En tant qu’étudiante en droit, Elvire doit suivre des stages pratiques. Aujourd’hui, c’est dans la police que cela se passe. Elle accompagne une équipe chargée d’arrêter deux tziganes de Balkans. Ils sont soupçonnés de meurtre. Ils se planquent dans un bidonville sans histoire mais (ou car) débordant de présent et d’éternel, poussé comme une dartre, comme une grande colonie de champignons de la misère…

Les mots manquent à Elvire. Entrée dans le camps avec le deuxième rang de l’équipe, elle a à sa droite un policier blond, garni d’une tête de Russe ou d’Allemand (cette différence n’a jamais été évidente, pour Elvire). La trentaine. Beau, même si un peu trapu et fort. Avec une expression de détermination placide bien figée sur son visage plutôt oblong et rougeâtre. À gauche, une femme, très jeune, une adolescente on dirait, type maghrébin, avec des grosses hanches et des grosses fesses et des beaux yeux d’un noir absolu, disposée à sourire avec une joie infatigable et sans entrave, sereine (et impossible), incompréhensible (– crétine ? –) et, selon le cas, contagieuse ou agaçante. Un peu plus loin devant eux se trouvent les chevronnés de l’équipe et un juge. Le juge n’a pas voulu laisser la télévision les accompagner.

 

 

 

La journaliste, une débutante à peine plus âgée qu’Elvire, a essayé de s’y imposer, mais en vain. Le caméraman, plus âgé (plus sage !), l’a déconseillée d’ailleurs, lui aussi, de trop insister. L’affaire était mal partie. Si la police – ou la justice – ne voulait pas avoir la presse sur ses trousses, pas la peine de faire forcing. Une descente de la police non préparée – que des complications ! – Mieux vaut rester à l’entrée du camp et d’essayer faire son travail autrement. En filmant et en interviewant après – avec l’avantage du positionnement : la police et la justice pouvaient être plus facilement épinglées…

 

 

Elvire est émue. Ce premier clash l’a excitée. Mais elle n’émane pas, ne libère pas, ne rayonne pas son excitation. Elle est comme dans un film où elle joue le rôle de la jeune femme qui veut apprendre. Elle sait – dans le film, mais aussi dans la vie – que c’est dur ce à qu’elle allait se frotter ; c’est dur à apprendre. Elle sait qu’elle devait faire une impression mémorable (inoubliable, c’était trop), si elle voulait continuer à accompagner des pareilles équipes… Sur la police, bien sûr, que sur la justice – l’impression. Elle n’a pas encore décidé quelle direction allait-elle prendre, justice ou police, mais elle veut avoir affaire à des cas compliqués, intelligents et violents. Vivre à quatre cents mille volts. Pas moins. Devenir célèbre ! (Un peu plus tard, mais pas trop tard, certes !) Et pour ça, on doit être dure, acharnée, limpide dans ses raisonnements, et extrêmement sûre dans le choix de ses buts. Elle se retient, donc. Elle se montre très contenue. Avec une volonté (et une patience, une endurance) en fer.

Dans le seconde (et ultime) rang de l’équipe, elle s’avance maintenant vers le cœur du bidonville. Il faut trouver un certain Viorel Pisicã. Ce n’est pas le caïd, mais un des passeurs, paraît-il. C’est lui que l’on doit contacter ou interpeller en premier. Pourquoi ? Ce sont des ordres !

À droite, dans un cube délabré en cartons, bidons et tôles, on aperçoit un des invalides que l’on trouve habituellement dans la rue, aux feux, entre les files des voitures, pour y exhiber son bras tordu, dont la main, inutile, a les doigts raides, dirigé ou disposé anormalement, évoquant quelque chose de très connu : le diadème de la Statue de la Liberté.

Des enfants de toutes âges, sals, débordant d’une vivacité violente et éclatante, traversent en courant-hurlant l’illusion de voie qui sépare les rangés d’huttes, barakas, abris de fortune, caravanes. Une flaque témoigne de la présence de l’eau dans le camp ; le tuyau en plastique jaune, attaché à la « bouche d’eau » ouverte par les pompiers, « par souci d’hygiène », est plié. Ça goutte, seulement.

Plus loin, toujours à droite, des ados mâles s’amusent en troussant les longues jupes tziganes de deux ados femelles qui les provoquent en leur jetant des obscénités accompagnés de rires sans joie humaine, excités…

La musique-bruit d’un accordéon dont le soufflet est rapiécé avec des larges bandes de scotch marron, résonne très fortement, maintenant. C’est à gauche que ça se passe. Entre deux masures, sur un lambeau un peu enherbé, quelques jeunes dansent, avec des mouvements venus d’ailleurs, tantôt élégants, tantôt triviaux, pornographiques… De toute évidence, le camp se contrefout de l’arrivée de la police.

C’est une arrivée, pas une descente !

Sur le seuil de sa hutte, une tzigane grisonnée, même si pas vieille, sale, menue verse de l’eau de vie dans un biberon. À côté d’elle, posé par terre, un nourrisson enveloppé des pieds à la tête en des vêtements-torchons. Elvire voit, comme dans un éclat de clairvoyance, que le bébé est un enfant volé. Nourri à l’alcool, il dorme et laisse sa maîtresse mendier en paix. À peine s’il respire… – …il respire à peine. Il n’a pas besoin de beaucoup d’air. L’atmosphère des tunnels des métros le pénètre par la petite bouche, par les narines délicates ; ses paumons s’en imbibent. Il vivote, en dormant. En contacte directe, même si artificiel, avec ses anges… Ses anges prélétaux.

 

 

Des anges ou des esprits – qui vaquent encore dehors, comme chez tous les jeunes… Le vieux étant celui qui a avalé, digéré, assimilé ses anges – tous ; – et quelques uns de quelques autres !...

 

 

 

 Car il allait mourir, le petit kidnappé en Hongrie, en Moldavie, en Ukraine, en Bosnie, ou qui sait où ailleurs, il allait mourir d’ici peu. Ce n’était pas possible qu’il dorme tout le temps. Supporter l’alcool, non plus, ce n’était pas possible. Certainement. – S’il survivait, il allait certainement être mutilé, comme le mendiant aux doigts-diadème de la Statue de la Liberté.

Un frisson glacial et douloureux traverse le dos d’Elvire. Elle comprend. C’est à dire : elle sent. Tout ça peut être vrai. C’est vrai.

Elle voit, dans le même éclat de clairvoyance impuissante, émerveillée et limpide, aliénante et réconfortante, comme la tzigane grisonnée et menue, qui biberonne à l’eau de vie son outil de travail, le bébé volé, prend la défense de sa propre fille maltraitée par un jeune homme, probablement le mari ou le concubin de celle-ci. Il frappe la jeune femme avec ses poings et, une fois qu’elle tombe à terre, avec ses pieds. Il est ivre et blanc de colère. La vieille qui alcoolise le bébé, huasse le ton et commence à hurler, à beugler. La police intervienne. On menotte l’homme. On menotte aussi la vieille. On prend le bébé alcoolisé. On embarque tout ce beau monde dans la voiture de police qui attend à l’entrée.

…Viorel Pisicã reste introuvable. Personne ne sait où il est, où il peut être. Encore un peu, et on pouvait se demander si vraiment ledit Viorel Pisicã avait une existence réelle.

C’est une mission ratée. De toute évidence. Ratée, et voilà !

…Le soir, dans le lit qu’Elvire partage dans une chambre de bonne avec son copain, Raphaël, l’étudiante ne parle que très peu de ce qu’elle a vu et vécu dans la journée. C’est trop compliqué, et les mots lui manquent. Et de toute façon, c’est une mission ratée. Ce n’est que ça, une mission ratée. Rien de spécial. Rien à comprendre. – … En tout cas, Elvire, elle, ne peut pas comprendre, elle.

 

 

 

Ensuite, il y a de l’animation dans la petite chambre de bonne. On se cajole, on se câline, on fait l’amour. On halète. On soupire. On se découple. On s’apaise. On se calme. On s’endort. – Elle attendra, elle, la compréhension de cette mission ratée.

 

 

 

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 10:38

Avant propos

La différence entre l’intérieur et l’extérieur n’est plus évidente depuis que la personne – interne et/ou externe – fit son apparition dans la région, de l’esprit, voire dans l’esprit même.

La détermination réciproque, l’inter-détermination de l’extérieur et de l’intérieur ne pose pas de problèmes à l’esprit, une fois la personne enracinée dans le monde. L’inter-détermination est acceptée comme un acquis d’avant la Création, qui mérite à peine une attention fugitive, pratique, utilitaire, réflexogène. ----------- Pas très loin, dans l’historie des théories atomique, Heisenberg a établi même un « principe d’indétermination », qui pourrait démolir les modèles de la détermination simple ou réciproque. Ce qui – pourtant, n’est pas du tout sûr, mais qui peut servir comme base de réflexion adjacente dans le domaine…----------- Lorsque le Citoyen Lambda prend connaissance du fait qu’il possède un intérieur et un extérieur afférent (ou vice versa, un extérieur et un intérieur afférent), il est sur le point d’assister ses réflexes correspondantes, de l’intérieur et de l’extérieur, dans leur confrontation et, du coup, il passe dans l’univers des équilibres dynamiques, très-très proche de celui du déséquilibre. Il perd, d’ailleurs, son équilibre de plus en plus souvent, Monsieur Tout-le-Monde. À juste titre ! L’endroit où l’intérieur de chacun s’imbrique avec son extérieur n’est qu’un fil de rasoir morganatique. C’est pareil pour la droite et la gauche ; pour le haut et le bas ; pour les nombres ; pour les parents et les enfants ; pour l’amour et le désamour ; pour l’intime et le public ; pour la vie et la mort. ----------- De quoi devenir fou ! – Ou pas.

Peut-être qu’il s’agit de la quintessence de la normalité ; et de celle de l’anormalité appropriée, correspondante.

De l’intérieur, de l’intime, donc, dans ce qui suit. ----------- De l’intérieur ----------- de l’intime ----------- e tout.

 

        

À l’intérieur

– prose tangente à l’intérieur et à l’extérieur afférent –

 

- Maman dit qu’il faudrait faire quelque chose. Elle est gloutonne. Elle mange comme un trou. Trop. Beaucoup trop.

Mireille se tait. Frédéric, allongé à côté d’elle dans le lit, se frotte légèrement d’abord les yeux, ensuite les joues.

- Ta mère dit beaucoup trop de choses, articule-t-il. Beaucoup trop. Sur tout. – On éteint ?

Le jeune homme se tourne vers sa gauche et cherche l’interrupteur de la veilleuse. La jeune femme suit son exemple et fait la même chose, du côté droit.

Le noir jaillit dans la pièce.

Un temps passe en silence. Ensuite, Frédéric dit :

- Non, vraiment, t’as pas de quoi t’inquiéter. Elle est uniquement trop jeune. Elle a besoin de beaucoup d’énergie, de manger. Beaucoup. Même plus qu’elle ne le fait, peut-être. Elle consomme énormément. Si ce n’est combien elle court et saute. Pour ne pas parler de combien elle crie. Non. Vraiment, non. C’est tout à fait normal.

- Tu crois ? Est-ce bien normal ? T’as vu toi-même tout à l’heure. Elle s’endormait en mangeant sa soupe. Elle dormait pour de bon. Jamais vu ça de ma vie. Elle dormait pour de bon. Mais elle mangeait quand même. Pour de bon. C’est inouï !

- C’est drôle ! Attendrissant et drôle, c’est vrai. Très drôle.

- Est-ce que c’est de toi que ça vienne ? Tu faisais pareil quand tu étais petit ?

- J’pense pas. Personne ne m’a rien dit dans ce sens. Ni mes parents, ni mes frères.

- Tu vois ? Moi non plus. Cela ne vient pas de moi. Moi, j’étais même difficile. Je faisais la petite bouche tout le temps.

- Et alors ?

- Alors, ça ne vient pas de nous, ni de toi, ni de moi. C’est du pantagruélisme !

- Pantagruélisme – toi, alors !…

- Ben oui. Pantagruélisme ! Comment peux tu appeler ça sinon pantagruélisme ? Tu vois bien ! Et quand je voulais lui donner son biberon ? Tu te souviens, hein ! J’devais entrer dans la pièce en cachant la bouteille derrière mon dos. Sinon, elle se mettait à hurler tellement fort qu’elle n’arrivait plus à fermer sa petite bouche et à attraper la tétine.

- C’était très drôle. Terrible. Enfin !

- Voilà. Terrible. Trop, je veux dire. C’est pas que maman dit ce qu’elle dit. C’est qu’elle vit ce qu’elle vit. C’est que je pense qu’elle vit trop à son intérieur. Tu comprends ? Je parle de la petite. Si elle hurle autant à la vue du biberon c’est qu’elle a envie de ce biberon. À l’intérieur d’elle. Dedans. Là-bas. C’est là que cela se passe. Et l’envie, cette envie, son intérieure envie paraît être plus forte que le biberon-même, plus forte que la satisfaction du biberon. Tu comprends ? Ce qu’elle vit à l’intérieur d’elle est plus fort que la vérité extérieure dans laquelle, néanmoins, elle sera obligée de s’inscrire… De… d’y… vivre… C’est ça qui me fait peur. Son intérieur.

Le silence règne prix d’une minute dans la pièce envahie par le noir. Ensuite, un bruit de corps qui se tourne sous les draps.

- Son intérieur… dit la voix de Frédéric.

Le bruit se fait entendre plus fortement, accompagné par un autre, de respiration accélérée et retenue en même temps.

- Son intérieur… répète l’homme. Attends. Et le tien ? Voyons-le. Attends ! Voilà. Voilà. Attends !... C’est où cet intérieur ? Hein ? Alors, ça vient ?

Le rire de Mireille a quelque chose d’une réalité aérienne.

Les respirations s’accélèrent encore plus. Et plus encore.

Suit une espèce de pause qui n’en est pas une.

- Fais-moi un petit garçon, veux tu ? chuchote la voix masculine.

Une nouvelle pause qui n’en est pas une. Ensuite, la voix féminine :

- C’est comme si quelque chose d’effrayant s’est ouvert autour de moi… Autour de nous… Quelque chose d’émerveillant... Nous nous y trouvons : à l’intérieur – …je trouve.

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 10 août 2008 7 10 /08 /Août /2008 08:38

Avant propos

« Les écrivains sont les consciences de leurs collectivités nationales », disait dans les années 70, comme un écho à Soljenitsyne, un très important écrivain roumain, Marin Preda[1].

L’esprit, affolé par la brutalité avec laquelle se passait sa dépersonnalisation dans l’extension de l’internationalisme prolétaire, se rendait au passé rassurant et reposant, idyllique et inerte, à la prison de l’Être National.

----------- Et Ceausescu fut ! -----------

Elle s’avérait moins dépersonnalisante et plus « naturelle », cette prison, que le futur dénationalisant et désindividualisant imposé par le sovietisme. Aussi, la personne, qui ne se retrouvait plus dans ledit internationalisme, confirmait du coup l’inachèvement du problème national ; ou sa pérennité. ----------- La personne  valait nation. ----------- La personne s’avérait nationalisante, nationaliste, voire Nationale. ----------- Une Nation qu’elle s’appropria ----------- la personne ; qui devint La Personne. ----------- La Personne validait la Nation ----------- l’avalait.

En revendiquant non pas le pouvoir de représentation de la nation métabolisée par la personne, mais le rôle de composante d’une (certaine) conscience sur-personnelle, communautaire, capable de métaboliser la Personne qui métabolisait la Nation, à l’instar d’un Hugo ou d’un Tolstoi-Dostoïevski[2], Preda volait la vedette au politique.

Cependant, à l’Occident, naissait une civilisation individualiste ----------- en décentralisant, déstructurant, décomposant, atomisant l’Être National ----------- se dirigeant vers l’européanisation, vers la mondialisation, vers « la société globale », internetisée, anationale. ----------- Une névrose identitaire s’emparait de tout un chacun, en mettant le feu autant à la santé mentale qu’à son contraire.

----------- Lente explosion ! -----------

Sur le plan littéraire, en dirigeant l’attention vers l’intérieur « inexprimable », vers l’Intimisme du Désespoir, travesti en Lucidité et Objectivisme (déchu depuis, ramené au ----------- féminisme, masculinisme, hétéro- et bi-isme, à d’autres ésotérismes ou écriturismes), cassait tout et proposait des personnages à personnalités de plus en plus vides, des « particules élémentaires » hypertrophiées, des riens (des classes sans aucun élément) interchangeables mystérieusement gonflés, des sans repères cosmiques, des inconsistances universels…

Quel rapport avec ce qui suit ? ----------- Peu importe ! ----------- Allons-y ! -----------Plongeons ! ----------- ----------- -----------Ce n’est que de la littérature !... … …

 

 

D’une inconnue nature         

 

On te dit que tu serais en train de vivre ton histoire de la cinquantaine. On te dit que tu la vis avec beaucoup d’émerveillement. Même si elle ne donne pas vraiment droit à un espoir juvénile (fou, déchaîné, compatible autant avec la grande communion qu’avec la grande haine), elle (te) laisse quand même la porte entrouverte pour la rédemption. Cet amour de la cinquantaine permet, à tort ou à raison, de croire que la maturité des protagonistes (Luisa et toi) pourrait allier le bien et le mal dans un savoir vivre de la dernière chance. Il laisse croire que leurs vécus respectifs, bien assumés, pourraient racheter les péchés passés. Il laissait croire que les choses répréhensibles de leur vie, métamorphosées d’une manière appropriée, comme les vers dans les chrysalides, pourraient les quitter comme des papillons, pourraient leur éviter de commettre d’autres… Comme si la Providence tentait (et mettait à l’épreuve) la dégénéralisation, afin de prendre corps.

On te parle bien, hein !

Oh, comme on te parle bien ! Comme on te fait croire cacher le néant (ou plutôt l’infini) qui ne demande pas être caché, mais assumé : le néant infini de ton propre agencement. Même si l’on ne te le dit pas, sache que ton être contient quelque chose qui n’a ni égal, ni correspondant : ta vraie substance. Celle-ci exerce une influence sur le reste, en le rendant… méconnaissable.

…Luisa, ton actuelle, a eu un regard dérouté lorsque tu l’as embrassée. Il y a déjà un moment depuis. Tu l’embrassais pour la première fois. Et l’incrédulité qui brillait, pure, dans son regard se laissait remplacer par l’espoir. Il y avait aussi de l’humour. Plus quelque chose qui contenait autant de tendresse qu’une espèce particulière de férocité, la férocité du bonheur. C’était de la compréhension transformée partiellement en pitié…, autant qu’en confiance peureuse…

La Drôme, où Luisa est née, a imprégnée sa peau. On y trouve du soleil, du calcaire et de la lavande. Sous cette peau, c’est du sang bleu qui pulse. Luisa est marquise. Marquise espagnole. Ses parents lui ont laissé à leur mort des terrains agricoles et une montagne avec des alpages et des bois, ainsi qu’un élevage des taureaux (corrida oblige).

Ils étaient des anti-franquistes, les parents. Leur fille a hérité aussi de cette idéologie. Elle est aussi résolument antiaméricaine.

Elle fume beaucoup et boit pas mal. Elle est mignonne et superbement normale ; – sans tomber pour autant dans le banal, on te dit, ni dans l’ennui. Elle n’est pas fatigante. Dans son appartement d’une normalité écrasante, place Jeanne d’Arc, elle passe d’une pièce dans l’autre comme une lumière chaude, comme un flamme paisiblement vivante. Ceux-ci, simple fait, simple constat, t’attendrissent.

Arrivé à un certain niveau de l’évolution, la vie véritablement humaine te parait ne pas être possible si l’importance fait défaut. Tu t’avanceras même et tu affirmeras qu’il y aurait autant d’humanité que d’importance ; que la mesure de l’humain consiste dans la quantité de l’importance qui y loge (ou qu’on lui prête, qu’on lui consent). – À cinquante ans, quand on ne sait ni combien a-t-on encore à vivre, ni comment vivra-t-on ce qui se trouve dans le panse du destin, on se restreint – on se rétrécit même – autour des choses qui se montrent incontournables. Le reste s’effrite, s’envole, se volatilise. Il en reste des traces de plus en plus fines (raffinées jusqu’au détournement ou jusqu’à la perversité, parfois), dans une mémoire de plus en plus concentrée sur (et contrée par) l’importance déjà évoquée (à la mesure de sa purification). Alors, si l’on a l’énergie – que tu as ! –, l’amour pour une cinquantenaire devient non seulement possible, mais très remplissant et enrichissant…

Ni l’un, ni l’autre ne recherchera pas d’entrer, de creuser trop dans le passé de l’autre. Sous peine de séparation ! On découvre, concomitant, son propre passé en tant que réalité extérieure à soi-même, en tant que méconnu, en tant qu’inconnu. Ce qui fait que le passé de chacun, la vase déposée au fond de chacun est, forcément, de plus en plus acceptable, l’avenir de chacun d’entre vous, Luisa et toi, étant de plus en plus court, de plus en plus très court !

Luisa ne veut plus s’auto-dépasser ; d’autant moins de s’outrepasser. Elle ne possède plus des sens vierges, purs, sur-excitables. Mais elle n’est pas sclérosée, pour autant. Elle est seulement apaisée. Elle veut aimer, certes, mais paisiblement. Ensuite : paisiblement, certes, mais de toutes ses forces. Et dans ce but, elle a besoin parfois de se retrouver seule, qu’on la laisse tranquille, « dans ses eaux », comme disait l’autre. – On te parle de Luisa ! – Elle a besoin que l’amour soit ramené à son échelle à elle. L’amour reçu, mais aussi celui offert, dispensé.

Autant marquise qu’elle soit, elle a du gérer la misère. C’est quelque chose, te di-t-on, n’est-ce pas ? Il s’agit de la vraie misère. De la misère vécue en chair et os – en amour. Une misère collée à la souffrance.

Explication. – Luisa porte en elle cette plaie ouverte. Julien, son fils d’un premier mariage, s’est clochardisé[3]. Il ne touche pas aux drogues, dit Luisa. Il ne vole pas. Ce n’est qu’un miséreux. Un profond miséreux.

Tu comprends tout. Tu sens tout. Le courant passe, presque au sens propre du terme, entre Luisa et toi. – Elle s’estime heureuse que Mireille, sa fille d’un deuxième mariage, ait connu un parcours normal[4].

Tu ne saisies pas pourquoi se dilatent ou se contracte-t-elles les prunelles de Luisa… On te le dise. Noires et luisantes au milieu de ses iris bleus clairs…  Lorsque vous faites amour, tu surprends un voile de plaisir dans son regard. À la fois tendre – et féroce… On te dit qu’elle se sent électrocutée par toi, Luisa. Tu deviens humble. En même temps, dans ta poitrine, la joie-force-fiérté-arrogance bouillonne…

Comme astuce, elle a la tolérance. Souvent. C’est de la vraie tolérance qui se manifeste même en l’absence de compréhension. Et ça, c’est… bandant. C’est maternel. À répétition, à plusieurs niveaux et degrés, pour ainsi dire. La maternité lui va comme un gant. Comme deux gants : elle est déjà plusieurs fois (trois, te dit-on) grand-mère.

Tu es grand et lourd. Luisa, elle, est petite, mince et, par rapport à toi (tu dirais même : pour toi), fine et légère. Cette différence de gabarit vous rend un peu raides. Pour ne pas ajouter que cinquante ans, c’est cinquante ans.

À cinquante ans, l’amour est une aventure tellement remplie de sagesse morte ! – Trop de sagesse nuit.

Luisa, avec ses yeux « trop bleus pour toi »… C’est une vraie joie de l’apercevoir, dans son appart, place Jeanne D’Arc. Un appartement moderne, impersonnel, avec vue sur l’église entourée les jeudis et les dimanches par un marché ni plus ni moins pittoresque que tous autre marché parisien… – Mère, grand-mère et amante à la fois, elle a l’air de saisir, de « réaliser » parfois le miraculeux de sa situation. Ce sont les moments les plus exquis que tu n’aies jamais vécu. Elle est, avec ses membres graciles, avec ses os fins, avec le calcaire-soleil-lavande de sa peau, avec ses mouvements d’une élégance très valorisante (pour elle ; et peut être encore plus pour toi), une étincelle qui tremble et clignote  sans cesse dans une vie pas encore crépusculaire !!

Vous habitez séparément, chacun dans sa demeure. Vous passez ensemble, quatre soirées sur sept. Parfois, tu dors chez elle. Parfois, c’est elle qui découche. (À cet égard, comment te voit-elle, dans ton appartement ? Comment, dans le sien ? Comment croit-elle être vue par toi ?...) Vous êtes bien, l’un avec l’autre, l’inconnu de l’un avec l’inconnu de l’autre.

Lorsque tu aperçois la flamme vitale de Luisa déambulant dans l’appartement place Jeanne D’Arc, la tendresse t’envahi. Tendresse, d’accord. Douceur, idem. Tristesse, ibidem. Les derniers sentiments de l’humain ? L’humain dans ses états ultimes ? Les dernières stases de l’humanité ? Ce qui (s’en) suit : la froideur tueuse, l’incandescence brûlante… J’aimerais remettre tout à plat et tout recommencer, tout reprendre avec mes enfants, que dit Luisa. Aussi, me laver de mes péchés… recommencer !... être généreuse, souriante, bonne !..., qu’elle dit. Ou du moins, ne pas faire du mal… C’est le maximum que l’on peut attendre de moi. Et encore ! qu’elle dit. 

Quant à toi, te dit-on, tu pourrais mettre à tout moment fin à ton histoire. Tu te sens fini et transparent dans l’éternité. Ce n’est pas que tu ne serait pas en chair et os. Tu l’es ! Ce n’est pas que tu ne serais pas né et destiné à la mort. Tu l’es toujours ! C’est parce que seul Bon Dieu sait pourquoi ! S’il y a un savoir pour ça ! Si ça permet d’être su.

Ni convictions, ni aspirations particulières. Ta femme t’a quitté justement à cause de ça. Tu ne pouvais être qu’ennuyeux. Soporifique. Le maximum de méchanceté (il faut être méchant pour être pris en compte), dans ton cas, c’était l’aigreur. Et encore ! Ta femme appelait cela platitude… …elle – « femme libérée », cherchait son équilibre entre l’insatisfaction fournie par son travail à l’ANPE, et celle de son foyer dépourvu d’enfants… …elle voulait et ne voulait pas en avoir… …tu n’en es pas sûr… …tu es sûr seulement qu’elle vous a fait passer des testes, elle et toi ; vous vous révélâtes « absolument normaux », elle et toi ; c’était seulement une question d’indifférence – ou, que sait-on ?, de volonté – divine. Elle haïssait ça. Elle te haïssait. Elle te quitta pour sombrer dans sa noire dépression. Elle t’en rendit coupable. Elle se désocialisa vite. Toujours en larmes, elle quitta le monde relationnel pour se réfugier dans une maisonnette héritée de ses parents, dans un mi-isolement malheureux au milieu et au profit des quelques citoyens d’un bled oublié du monde, près de Parthenay, pas loin de La Roche sur Yonne. À moitié perdue, elle fut mise sous tutelle. C’est une bonne femme très brave et correcte, qui s’est chargée de ne pas la laisser faire trop de sottises. Une femme du pays. Une femme de la France profonde. La demi-débile – MON EX[5] – lui fait part de ses réflexions… La brave femme de la France profonde lui prête oreille. Et ça, ça leur fait du bien, à toutes les deux paraît-il[6], te dit-on. On te demande d’y croire et d’(y) savoir, avec une joie forte et étrange, désinvolte, arrogante, d’une inconnue nature…



[1]              Je lui suis redevable : c’est lui, Marin Preda qui m’a fait entrer par la grande porte dans le pas trop grande littérature Roumaine, dans son  monde… Un monde de « consciences nationales », donc. ----------- Il y avait peu de dissidents en Roumanie. La plupart provenaient du monde littéraire.

 

[2] Tolstoïevski ?

[3]              (…le visage de Julien était émacié, « sucé » de l’intérieur, pâle… …il n’était pas malade, si la misère n’était pas une maladie… …Julien, le fils de Luisa… …cette photo, où il montrait une tête de Christ dont la souffrance n’avait réveillé ni l’intelligence, ni la compréhension et d’autant moins la révélation…)

 

[4]              Le fait qu’elle ait terminé ses études, qu’elle ait travaillé correctement, qu’elle se soit mariée, qu’elle ne travaille plus à présent, pour pouvoir se dédier entièrement à ses enfants (trois petits garçons), tout ça la consolait. Partiellement. Elle ne s’est pas perdue, sa fille. Du moins ! Son fils, par contre…

[5]              ----------- disons-le avec force, crions-le : celui qui dit tout ça, c’est moi, MOI ----------- non pas un quelconque ON ----------- …un ON quelconque... -----------

 

[6]              …maintenant, en même temps, ici, à Paris, dans son appartement d’une banalité écrasante, dans le treizième, déambulant d’une pièce à l’autre, comme une flamme vive et apaisée, Luisa te (ME) fait savoir qu’elle est enceinte… …dans son regard, une question… …Luisa est en attente d’une réponse… …tu (JE) ne sais ni ce qu’elle te de (ME) demande, ni, surtout, d’autant plus, quoi lui répondre… …du tout…

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /Juil /2008 08:47

Avant propos

Le mot « cancer » est, la plupart du temps, suffisant. Pour ce qui reste, non.

 

        

Cancer de la prostate

« Dans la plus pure tradition de la vulgarisation historique, j’aperçois, je remarque, je vois l’être poilu. Ainsi, ses poux. Plein de poux. Il en est envahi. Il s’en débarrasse, pour un certain temps, en se roulant dans la boue. Nu comme un ver et fortement animé par quelque chose d’aussi agressif que stupide (on a appelé ça, plus tard, curiosité), il pénètre dans la grotte. Je le vois perdre la lumière et gagner le noir. Il tâte autour de lui. L’invisible devient de plus en plus épais. L’invisible devient de plus en plus fort. L’être s’y immerge lentement... 

« Et, boum ! Il bascule sec..., il dévale..., il s’abîme..., il s’écroule... (Il n’a pas encore rencontré la pomme de la gravitation, mais il est muni de tous les ingrédients de la masse, des certitudes aussi, des suffisances fondées sur la répétition ou carrément prescrites...) Il vient de toucher, simplement, à la disparition. De s’y heurter (si l’on peut dire ainsi:), de se frotter à la mort.

« Il hurle, avant de mourir. Il avertit ceux qui le suivent. Mais c’est sans le vouloir. C’est en parfaite méconnaissance de cause même, ceux qui le suivent. Lui n’est ce qu’il est que dans la mesure où il se quitte lui-même – aujourd’hui, en hurlant –, dans la mesure où il s’outrepasse, où il s’auto-transcende  – ...aujourd’hui, en hurlant... – ... Et tout ce bazar, dans le noir bourré de causes et d’effets de sa conscience bourrée, elle, de certitudes sans égal, sans repères, c’est à dire en parfaite méconnaissance  de cause.

« Ceux qui le suivent, s’arrêtent. Ils prennent connaissance que l’éclaireur (dans le et du noir...) est disparu, plongé dans (ou happé ! par) l’abîme obscur. Ils créent une place, à l’intérieur ombrageux, sombre, aveugle de leur connaissance remplie de toutes sortes d’incertitudes sûres, une place pour la disparition, pour l’abîme, pour le noir. Il illumine l’obscurité, le noir.

« Ils se disent qu’on pourrait transférer l’inconnu dans le connu. Transformer l’inconnu en connu... Le transfigurer, peut-être... Ils se disent qu’on pourrait glisser le connu dans la peau de l’inconnu... Qu’on pourrait empailler l’inconnu avec de la matière du connu... Qu’on pourrait amener le connu et l’inconnu à contaminer le monde et, naturellement, à se contaminer eux aussi, l’un l’autre, le connu et l’inconnu, réciproquement...

« Anomalie ? Maladie ? Virus de l’intelligence ? Épidémies d’intelligence ? Fantaisies ? Stupidité riche, complexe et généreuse ?...

« Quoi d’autre? Rien d’autre ?

« Quoi d’autre ? Rien ? Rien d’autre ?

Raoul finit d’écrire. Il plia la feuille de papier et la mit dans sa poche. Il laissa quelques pièces sur la table. Il quitta le café.

Il se rendit à l’Hôpital Cochin.

Là, on lui fit savoir qu’il avait un cancer de la prostate.

Il se demanda ce qui lui avait pris tout à l’heure d’écrire ces lignes sur le papier de sa poche ; ensuite, ce qui lui avait pris d’avoir un cancer de la prostate.

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Dimanche 27 juillet 2008 7 27 /07 /Juil /2008 08:16

 

Avant propos

Insatisfaits par leur propre vie (pas assez singulière, pas assez particulière !), les humains du deuxième millénaire de la révolution chrétienne se sont construit une vie électronique commune, partagée via Internet, appelée Second Life. Ils y ont mis beaucoup de ce qu’ils n’étaient pas, mais aussi le peu de leur essentiel : ce qu’ils ne pouvaient pas être.

 

Cas particuliers

– éclats de Second Life

 

Ils étaient comme un rêve.

Autosuffisants.

Autarciques.

Fières.

Arrogants.

Forts de leurs chimères.

Prêts à mourir à tout moment.

Puissants.

Aliénés.

Tantôts pâles, tantôt rayonnants.

Leurs vêtements : des grands amas de roses couleur thé, mourantes, maladives.

Leurs corps, ainsi couverts, émanaient une beauté volatile.

Illusoire.

Contre nature.

Il n’y avait de concret que la virtualité.

La leur.

Leur virtualité issue ou pas de la matière.

Leur virtualité perdue dans le noir, peut-être dans le pour-jamais.

Ils suggéraient, incarnaient, représentaient, étaient un microcosme finement agencé.

Discret.

Friable.

Inexistant.

Ils réfutaient la démocratie.

La beauté, l’élégance ne s’y retrouvaient pas ; dans la démocratie, c’est-à-dire.

La démocratie, hormis celle des Dieux, reposait, selon eux, sur un compromis imposé, sur le diktat de la tolérance et du tiède.

Mise à part celle des Dieux, la démocratie n’était qu’une société d’esclaves libérés.

Foncièrement non-ample.

Forcement non-intense.

Ils étaient beaux de cette manière, ils étaient élégants dans cette direction ; ainsi ils étaient beaux et élégants.

Fiers.

Arrogants.

Prêts à mourir à tout moment.

Inexistants.

Présents.

Comme un beau-mauvais rêve !

 

 

Par Alexandre Papilian - Publié dans : Croquis - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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