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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 12:38

 

Ma fille a la migraine

 

 

- J’ai un boxeur dans ma tête.

Elle est très jeune et elle imagine des mots et des situations qui me font craquer. Elle, ou son ange. Elle est mon ange. Je ne lui résiste pas. Absolument pas. Il suffit qu’elle me jette un regard « comme elle sait le faire », et je comprends tout de suite ce qu’elle veut. Ce qu’elle veut me dire… Avec l’âge – le sien – elle commence à vouloir me dire de choses au lieu de vouloir purement et simplement. Elle particularise, après avoir généralisé. Elle se ramasse dans des limites de plus en plus fines, raffinées…

- Vouloir prendre.

Exact ! Prendre ! La possession est formatrice. La possession, partie intégrante et quote-

part de La Création. L’homme ne se forme pas, et d'autant moins ne se crée pas tout seul. Il est formé par la possession. Voire créé. C'est ainsi ! Par ce qu’il possède. Par ceux qui le possèdent.

- Quand on est mort, c’est pareil.

- On est très sage lorsqu’on émet de telles allégations.

- Philosophiquement sage.

Sage ! Voilà. Elle me rend sage, la gamine. Et, lorsqu’elle me dit qu’elle a un boxeur dans la tête, un boxeur qui lui fait mal, je me précipite vers la salle de bain et j’ouvre la pharmacie. Il n’est pas conseillé de garder les médicaments dans la salle de bains. Trop d’humidité. Mais notre pharmacie familiale se trouve dans la salle de bains.

- Et tant pis !

Je prends la boîte d’analgésiques.

Ma fille, toute jeune et toute petite – le sommet de son crâne ne dépasse pas le niveau de ma ceinture – me regarde avec ses yeux à l’iris hyper-noir et au blanc hyper-blanc-bleu ; des fenêtres ouvertes dans un massif facial méga-noir aux traits super-graciles.

- C’est une Tutsi.

Nous l'avons adoptée. Chez nous, elle est heureuse. Depuis, nous avons changé comme c’est pas possible, ma femme et moi.

- Elle est tout petite.

- Petite-petite, petitissime.

Je lis, inspiré par mon ange gardien cette fois, ou toujours par le sien, la notice qui se trouve dans la boîte. Interdit de donner le médicament aux enfants de moins de quarante kilos.

- Tu pèses combien, toi ?

- Vingt-six.

C’est pas possible ! Qui peut peser vingt-six kilos de nos jours ?

- Je remets la boîte à sa place.

Et je me précipite vers la sortie. On a une pharmacie dans le coin. Ils y sont très aimables.

Avant de sortir, je croise le regard de ma femme. Elle est jalouse, presque méchante. C’est sa fille dont je m’occupe !

- De quel droit ?

Voilà. Je dirais que je l’aime. Ma femme. C’est d’elle dont je parle. Ou peut-être pas. Peut-être que je ne l’aime pas ; ou que je ne l’aime plus.

Ce qui n’est pas sûr du tout. Mais du tout.

Ma fille à la migraine.

 

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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commentaires

Michael 28/05/2017 14:06

Bonjour, je vous souhaite la bienvenue dans la communauté des Sages