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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 04:26

Autiste

 

 

Il est autiste, je sais. Je sais qu'on ne sait pas vraiment qu'est-ce qu'un autiste, qu'est-ce que cela peut être.

Personne ne peut le dire aujourd'hui.

Hier non plus on ne l'a pas pu dire. On a inventé, depuis, la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, mais on n'a pas pu dire qu'est-ce que l'autisme.

Ceci ne l’empêche pas d'exister, l'autisme.

Apparemment, ils sont inclassables, les autistes. Ils sont qualifiables, mais pas classables. Il y a autant d'autismes que d'autistes. C'est le problème, paraît-il. On n'arrive pas à classifier les autistes. Les « normaux », oui. On peut les caractériser selon des critères et des super ou des infra-critères. Il y a des milliers des critères pour les « normaux ». Mais pas pour les autistes.

Ce n'est pas étonnant ? Il n'est pas éblouissant le fait que la Nature ou, si vous voulez, Dieu, fait apparaître dans le spectre du tangible des êtres... autistes ? J'ai entendu dire que l'autisme est valable aussi pour d'autres espèces que celle de l'homme. Des rats, par exemple, peuvent être autistes. Ou peuvent être rendus autistes. C'est ce que les scientifiques disent. Enfin, c'est ce que j'ai entendu qu'il auraient dit. Je ne sais pas. Et puis, qu'importe ? C'est pour cela que je ne dis pas « des êtres humains », mais simplement « des êtres ». Les êtres, n'importe lesquels, peuvent être autistes.

Mon Pierrot est autiste. Il a vingt-neuf ans. Il est brillant en géométrie. Mais pas en arithmétique, ni en linguistique ou en musique ou, que sais-je encore. En géométrie, par contre, si. Les profs le regardent d'un drôle d’œil. Ils ne croient pas à ce qu'ils voient. Et quand ils ne comprennent pas ce qu'il veut dire, ils se mettent à deux, à trois ou à mille, je ne sais pas, pour vérifier, pour « découvrir » ce que mon Pierrot sait.

Il aime se rendre à l'Institut. Il faut pourtant l'accompagner. Il fait pas mal de bêtises. Y compris à l'Institut. S'il est accompagné, on peut intervenir. Sinon... Les accompagnateurs du foyer, sont des gens tout à fait exceptionnels. Ils parviennent à deviner ce qui se passe dans sa tête. Dans sa tête, ou ailleurs, je ne sais pas. Je ne sais pas où cela se passe. En tout cas, ils sont très utiles. Mais ils ne peuvent pas être présents en permanence. Parfois c'est moi qui l'accompagne. Et je me souviens très bien du moment où, par exemple, il s'est réfugié dans le placard aux balais du quatrième. Qui pouvait penser qu'il ira se cacher là, sous les toit du bâtiment ? On a passé plus de six heures pour le trouver. Il est sorti tout seul, la figure immobile. Personne ne pouvait dire si c'était une farce, une méchanceté, une souffrance ou, purement et simplement, un folie neutre. Si vous voyez ce que je veux dire.

Il est chez moi depuis deux jours. Tout allait bien jusque cet après midi, quand il a fait caca sur le lit. Sur mon lit. Sur le couvre-lit du lit.

Il a été contrarié par quelque chose, sans doute, mais je ne sais pas par quoi.

Puis, il s'est mis à travailler sur un problème de géométrie qui le harcèle – c'est le mot – depuis pas mal de jours.

Il a l'air heureux. Il sourit comme toujours quand il sourit : avec un humour émerveillé, plein d'amour, une sorte de béatitude je dirais, de félicité. C'est quand il sourit, je veux dire.

Je ne comprends rien. Ni de son égarement, ni de sa géométrie, ni de son puissant bonheur... Je ne comprends rien du mystère douloureux qui a fait, mais surtout qui fait de lui incessamment, seconde après seconde, mon enfant, et de moi sa mère. Simplement, je ressens tout cela. Et je pleure. Et je sais que Dieu existe. Je pleure et je sais.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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