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  • : Alexandre Papilian
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  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 22:14

Mes spermatozoïdes stériles, morts

 

 

Je me suis déshabillé pour pouvoir me bien regarder dans le miroir. L'autre, celui du miroir – c'est moi.

- Encore plus stérile que moi, je veux dire.

Je viens d'apprendre ma stérilité. « Absence de cellules germinatives » que disent les résultats du spermogramme.

Je n'ai pas de spermatozoïdes valides. Ou pas du tout. Je n’ai pas du tout de spermatozoïdes. Ni valides, ni invalides. Ni en vie, ni morts.

- Va savoir.

Je ne comprends pas trop bien le langage du papier que je viens de recevoir. Mais le sens y est. Je serai ma propre fin. Je finirai avec moi-même. Je n'aurai pas de descendance.

C’est pas dramatique, me dira-t-on. Je ne serais ni le premier ni certainement pas le dernier privé de reproduction, perpétuation, descendance, transfert d’espérances... Ni le premier, ni le dernier.

Oui, certes. Mais je ne suis pas un eunuque. Je ne suis pas un castré. Je ne suis même pas un impuissant. Mais uniquement un impotent – sur l'échelle reproductive.

- Je ne serai pas continué.

L'image renvoyée par le miroir me montre bien meublé, bien armé, bien doté. J'ai une bite plutôt grande et plutôt grosse. La bourse laisse croire que ma fabrique de spermatozoïdes non-vitaux, de non-spermatozoïdes serait en très bon état.

Je n'ai pas de problèmes d'érection. Mes partenaires se sont généralement déclarées satisfaites. J'utilisais le préservatif, pour les premières deux, trois fois. Ensuite, nous passions à la pilule ou au stérilet. La contamination maladive étant éliminée en tant que risque.

- Pour autant, je ne serai pas continué.

Nous avons dépassé l'état de l'être amoureux. Nous avons gagné celui de l'être aimant. La question d'un enfant se pose. Gisèle veut un enfant. Elle veut un enfant de moi. Elle veut me faire un enfant. À moi. Avec moi. Quoi de plus merveilleux dans ce monde ?

- Peut-être l'enfant lui-même ?

Hélas !

(Ce ne sera pas le cas.)

C'est du lourd. Surtout quand on ne peut rien y faire, quand on n'en est pas responsable !

Nous allons nous réfugier dans l'adoption

Peut-être. Pas sûr.

Nous allons peut-être compenser cette perte de « naturel », cette perte de « biologique », cette perte de « plus grand que nous », cette perte de « non-choisi ». Nous allons peut-être lui substituer le « choix ». Nous allons peut-être nous consoler avec l'enfant de je ne sais pas qui. Notre complicité parentale prendra d'autres couleurs que celles des vrais parents... Nous ne serons jamais de vrais parents. Mais uniquement des parents adoptifs. Ce sera déjà ça. Nous allons pouvoir dire ça : c’est déjà ça.

Dans notre cas, enfin, dans le mien, « déjà » et « ça » ne font et ne feront jamais bon ménage.

Sauf si l'amour de Gisèle s’avérera tellement grand pour qu'elle puisse parvenir à revitaliser mes spermatozoïdes.

- Ou à me faire oublier tout ça.

- Mes spermatozoïdes morts.

- Tout.

 

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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