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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 06:41

 

 

Robert

 

 

Il nous menaça avec son petit poing en l'air.

J'ai regardai Marianne et ce que j'y vis ne me plut guère. Elle était, évidemment, la propriétaire de l'enfant : comme toutes les mères, certes, mais plus encore dans notre cas.

Et pour cause. Marianne a été, dans sa jeunesse, schizophrène. Schizophrène grave. À l'époque il n'y avait pas les techniques d'aujourd'hui. Il n'y avait les molécules d'aujourd'hui. Les voix qui parlaient super vite dans la tête de Marianne ne rencontraient aucun obstacle. Elles entraînaient leur proie, ma Marianne, dans leur tourbillon soûlant, comme ça, quand ça les prenait. Aussi, elles la relâchaient de la même manière, soudainement, sans crier gare.

À l'heure de notre rencontre, Marianne était sortie depuis un bon moment de sa dérive. Elle était toujours un peu spéciale, c'est vrai, mais c'était avec charme qu'elle nous laissait croire qu'au delà de cette réalité brute, entrée en nous par les cinq sens, il y avait autre chose, beaucoup plus vaste, sans dimensions, qui n'attendait qu'à être appréhendée. Dans les deux sens du mot.

Je prends un raccourci pour dire que Robert était porteur de cette autre chose, cachée derrière la réalité brute entrée en nous par la voie des sens. Il parlait avec le vide animé. Avec le terrible. Avec le zéro. Le rien empoignait notre petit garçon, le faisait se tortiller en lui arrachant des mots incohérents, écumés, inintelligibles, graves, beuglés et ronflants.

Ça nous a fait très peur. D'abord peur, ensuite mal. L'invisible bouillonnait et se disputait le droit à l'existence avec Robert. Il existait pourtant, à l'intérieur de Robert. Il prenait sa place, même. Il le détruisait. Il le remplaçait. Robert s’effaçait. Au point de ne plus exister. Il devenait invisible. Il n'était plus lui. Le Diable s'était emparée du corps de notre petit garçon, l'avait pénétré et le torturait sans pitié.

D'ailleurs, quelle pitié, la pitié du Diable ? Il ne la permet pas – la pitié, le Diable. Il n'a pas l'organe pour. Ou, enfin, il la connaît comme il connaît l'homme. Il la prend comme une donné humaine. Mais il ne la comprend pas. Comme il ne comprend pas l'homme. La pitié, si on réfléchit bien n'est pas compréhensible. Quoi qu'on en dise.

C'est ma partie de diable qui dit ça. Ma partie diabolique, pour ainsi dire.

Car c'est avec mes sens diaboliques que j'ai pu saisir ce qui se passait avec Robert. C'est avec ma partie diabolique que je captais le Diable qui s'emparait de mon garçon.

Là, sur les allées du parc où il prenait l'air dans la compagnie d'une surveillante, il nous menaçait avec son petit poing levé dans l'air. Il nous reprochait de l'avoir abandonner. Son état ne nous permettait pas de l'approcher, nous avait été dit. Vrai ! Notre simple vue, l'énervait, l’irritait. Il nous menaçait avec son petit poing levé dans l'air. Avec toute la douleur du monde concentrée dans ce petit poing d'enfant schizophrène qui aperçoit ses parents dans l'espace de promenade de l'hôpital. Ses parents qui l'avaient non seulement abandonné, mais l'avaient aussi livré à la meute de médecins, infirmières, aides soignants et autres, qui enfermaient les malades mentaux ou uniquement psy, sous prétexte de les soigner...

Il n'a que cinq ans mon petit garçon, fils d'une mère jadis schyso, elle aussi, qui lui avait donné vie, quand même, cette vie de schyso, cette vie schyso... Qui lui a donné comme père – moi. Ce moi impossible aujourd'hui.

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Published by Alexandre Papilian
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