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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 21:45

 

Sans souffrance

 

 

Ce qui nous manque :

- Une bonne souffrance.

Nous vivons de plus en plus longtemps, suite au manque de grands problèmes. Notre personnalité légère et aventureuse entre en perdition, au profit de la civilisation lourde et protectrice. Notre grande civilisation se substitue à notre petite personnalité.

- Je ne suis plus un éon quelconque mais un éon civilisé.

C’est en cette qualité, de corpuscules égaux, bien tenus ensemble par des forces de cohésion socialement fortes, que nous dominons la vie. L’univers.

- Nous sommes les rois du Monde.

Enfin, c’est ce qu’on nous dit. C'est ce que, commodes et perroquets, nous répétons avec une joie irresponsable.

Policés et glissants, nous autres, des éons calmes et sans soucis, sirotons le poison du scepticisme tiède en mesure de rendre l’ennui vivable. C’est l’expression d’une aridité lentement mutationniste, comparable à la sécheresse vaginale de la femme ménopausée.

J’aimerais être un incendie. J'aimerais brûler. Que ce soit l’amour (très à notre portée, très génétique, très karmique), la haine (bizarre, souffle d’un dieu âcre, de cendre, damnée), la dépression enivrante et faussement dévalorisante (ou valorisante, tant qu’on y est ; car il y en a de celles-ci aussi), que ce soit la sérénité vide du vacuum non douloureux, enfin, la brûlure, la combustion incendiaire me manque. Elle nous manque. Nous ne pouvons plus brûler – après deux hyper-guerres et après un nazi-mao-sovietisme vaincu et victorieux à la fois. On nous a inoculé le bien-être matériel, annihilant, soporifique, rendant l’homme (autrement dit, nous) inutile. Cela fonctionne. Cela fonctionne sans nous. Plus exactement, on fonctionne.

Voilà qui est bien dit. Il n’y a plus que le fonctionnement dans l’univers. Puis, dans le monde.

- La machine.

Il n’y a aucune place pour la souffrance dans une machine ; dans la machine des machines. Quant à la joie de vivre, n’en parlons même pas.

Alors, je te regarde, ma compagne d’aujourd’hui.

- Ma concubine.

Et je constate que tu ne me tiens ni chaud ni froid, tu ne me fais ni bien ni mal. Ton vagin et mon pénis se rencontrent régulièrement. Comme ça. Ou, plutôt, comme si.

Nous avons des enfants. Chacun les siens, « issus » d’autres mariages. Ils sont grands, chacun chez soi, dans leurs demeures. Avec ou sans partenaire. Avec ou sans enfants. Et plutôt sans parents. Sans nous, là-bas, dans leurs habitations civilisées. Nous nous (re)trouvons, quant à nous, dans nos logements civilisés, qui ne s’ouvrent sur rien si ce n’est sur l’hôpital, la maison de retraite médicalisée, le cercueil, l’urne funéraire.

- Tiens, il faut qu’on en parle.

C’est un signe de civilisation que de se préparer pour sa mort, que de préparer au moins ses funérailles. Il ne faut pas accabler les autres avec ses propres problèmes qui, d’ailleurs, n’en sont pas uns.

En tout cas, pas en ce qui nous concerne. Certainement pas. Ou, enfin, peut importe. Car sans souffrance. Sans souffrance de manque. Sans souffrance de sans.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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