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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 07:26

Ma fille m'a battu

 

 

Je me suis réveillé par terre, à côté du pied de la table. J'ai ramassé mon appareil dentaire.

Je ne pleure pas. Je n’en ai plus envie. J'ai peur.

Quand les larmes sont montées à mes yeux, l'expression de Marianne est devenu folle. Folle et méchante.

Elle m'a frappé de sa main droite. Une main puissante qui ne fait pourtant pas trop mal, mais qui te met à terre en moins d'une nano-seconde.

Elle avait bu. Elle n'était pas ivre, mais elle avait bu.

Aurait-elle pris aussi encore... ?

Elle était violente. Pas méchante mais cruelle. Le mec qui gisait en elle était en proie d'un grand désordre. Il bougeait follement.

Je ne sais pas si elle abrite un mec dans l'être noir de son intérieur.

Je me suis retrouvé par terre.

Marianne n'était plus là. Partie sans attendre de voir si elle m'avait tué ou seulement estropié.

Elle avait bu.

C'est la deuxième fois qu'elle me frappe. J'ai du mal à comprendre. Et encore plus à accepter. Elle est mon enfant. Je vis seul et je suis vieux. Pas grabataire. Vieux, tout simplement. Tout bêtement..

Il m'est difficile de faire le lien entre la Marianne d'aujourd'hui, et celle de jadis. Lorsqu'elle changeait ses dents, par exemple. Avec ses nattes et son sourire joyeux et désarmant – total. Ou encore plus dans le passé, quand elle n'avait pas encore de dents. Ou plus en arrière, quand elle commençait son chemin vers le spectre visible du monde...

Je suis sans doute un peu ramollo. Mais c'est toujours moi. Suis bête.

Impossible de me regarder de l’extérieur. Je suis comme en enfance, intérieur. Situé à l'intérieur. Intégralement intérieur. Mais à l'inverse. Pas en expansion, comme il y bientôt soixante-dix ans, mais en retraite. Je m'exile dans mon intérieur. Sur une mini-planète, une pitre baie de poivre qui se rétrécit de plus en plus au risque de devenir un microbe dans le noir de mon être actuel.

Pourquoi m'a-t-elle frappé ? Saurais même pas le dire. Certes est qu'elle l'a fait. Elle a bu et m'a frappé.

Me voilà allongé par terre. Décrépit. Impotent. Elle est partie.

La science essaye de savoir comment on fait des enfants. Comment ils se transforment à partir d'un petit amas cellulaire en des soupçons d'animaux qui, dit-on, auraient précédé l'apparition de notre race sur cette terre recroquevillée sur elle-même dans le noir intérieur de l'univers. La science ne ménage pas ses efforts pour comprendre et prévoir les accidents possibles lors d'une grossesse. Pareil pour l'après accouchement.

Mais on ne se demande pas, voire très peu, peut-être jamais : pourquoi fait-on des enfants ? Pourquoi les faisons ? Pourquoi nous les faisons – nous ?

Mon être effrayé, seul sur ma baie de poivre rétrécie dans mon noir intérieur, sur notre terre déambulant dans notre noir universel. Glacial. Immobile.

<>

Ma fille m'a battu.

<>

Mon enfant.

 

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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