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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 06:22

Une chienne battue à mort

 

 

Bien sûr ! Elle rentre avec son air de chien battu à mort. Elle en est une, d'ailleurs. Une chienne. Autant chienne (salope, elle a du chien !) que chienne battue. À mort.

- Je n'ai pas d'alternative, je dois la recevoir.

Quand elle est partie, le monde s'est écroulé. Les flammes de la souffrance solitaire (je ne sais pas si la réalité de ce que ça veut dire pouvait être transmise, si on pouvait contaminer les autres avec notre souffrance et si cela pouvait nous soulager), l'incandescence invisible d'un chalumeau invisible allait nous cramer, Christine, Joël et moi.

- Il en fut comme si.

Nous n'avons pas été mis à mort, mais il en fut comme si. Moi, en tout cas, j'étais au bord du gouffre. Cela se faisait sentir plus que bien autour de moi. Aucune femme ne s'est plus approchée de moi. J'étais pestiféré. Je le suis toujours. Mais aujourd'hui, c'est devenu une habitude. Je résiste par habitude. On sait à quelle sauce on peut me manger. Ou plutôt ne pas me manger. (Il faut une sauce pour tout. Même pour ne pas manger.) Aucune femme ne veut plus me manger. Et ce n'est pas à cause des enfants. Ils sont plus que supportables. Non. C'est à cause de moi. Je ne me suis plus relevé. Les femmes n'aiment pas les losers. Qui les aime, d'ailleurs ? J'étais un simple, très simple perdant. Avec la perte de ma femme, j'avais perdu tout attribut masculin. J'avais deux enfants mineurs à élever.

- Et basta !

Bah ! Je m'y suis habitué. Je ne suis pas mort et Christine et Joël se développent normalement. Ils sont au collège aujourd'hui. En quatrième et en sixième. Je n'ai pas de problèmes avec eux.

- Nous ne parlons que rarement d'elle.

Aucun de nous n'a plus rien à dire à ce sujet. Elle est partie, leur mère, ma femme. Et voilà tout. Un tout-tout petit, mais tout, quand même.

- Partir c'est petit.

Elle est rentrée. Avec son air de chienne battue à mort. Elle n'est pas malade, elle est moribonde. Elle a un cancer pulmonaire. Peut-être le SIDA aussi. Elle est maigre comme un clou. Elle fume sans arrêt. Elle boit un litre d'alcool à quatre-vingt-dix degrés par jour. Elle est moche. La peau pendante. Les cheveux sans éclat. La bouche édentée. Vieille. Morte.

Je sais comment elle va mourir. Je la trouverai un jour, en rentrant du boulot, tombée inerte, la culotte descendue sur les mollets, les fesses et les hanches barbouillées, dans les toilettes, suite à un AVC.

Je ne mettrai pas les enfants chez les voisins.

- Qu'ils apprennent ce qu'est la laideur et ce qu'est la vie !

J’appellerai les pompiers qui feront venir le SAMU. On la déclarera morte.

Christine, Joël et moi nous nous regarderons les uns les autres.

- Personne n'entendra notre soupir de soulagement.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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