Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 21:56

Couper la tête

 

 

Je les vois. Ils se sont amassés autour de mon lit. Tous les cinq. J'en ai cinq. Cinq enfants. Ils sont grands, aujourd'hui. Ils en ont eux-mêmes ; je veux dire, des enfants. Trois d'entre eux. Les restants sont encore infertiles. Oui, encore, je crois.

Je les vois comme dans le brouillard. Je sais que je m'en vais. Je ne sais pas ce qu'il y a là-bas. Ni ensuite. Je ne les vois pas : je les aperçois. Mais, peu importe. Ils sont ici, à mes côtés.

J'ai été un bon père.

(...)

J'ai quatre ans. Dans le vignoble, la bonne du curé me fait savoir comment on fait les enfants.

Je rentre en criant « je sais comment on fait les enfants ». Les quelques maçons et menuisiers s’affairant autour de la nouvelle construction qui allait être un petit poulailler, arrêtent leurs agissements.

Maman, sur les marches de la maison.

Sur le mur, une natte de piments rouge-violet

- Je sais comment on fait les enfants !

Un gros silence tombe d'un coup sur nous tous. Sur tout ça.

Maman me regarde et, sans un mot, me fait signe d'entrer dans la maison. Je lui obéis. Elle me suit, me prend par la main et m'emmène dans la cuisine.

Elle ouvre le grand tiroir de l'armoire et sort le hachoir.

- Si je t'entends encore une fois dire ça, je te coupe la tête.

J'ai tellement peur, c'est tellement horrible, que j'oublie tout, d'un coup. Tout !

(...)

Tous les cinq tournent la tête vers moi. J'en ai cinq. Cinq. Dans un silence de cinq. Ils me regardent. J'entends tous les silences du monde. Celui d'antan. Celui de maintenant. Celui du couperet... Je ne sais pas si l'histoire du couperet est vraie. Je ne sais pas de quel là-bas arrive-t-elle dans mon esprit. Ni de quel ensuite aurait-elle droit maintenant.

J'ai cinq enfants.

Je me tais à cinq reprises. Pour tous les cinq. À cinq couperets. Je me tais pour cinq. Pour tous les cinq.

Pas la peine d'insister.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

Partager cet article

Repost 0
Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
commenter cet article

commentaires