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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 08:47

Le droit à l'amour

 

 

Je suis invisible. Insipide, incolore, inodore, sans goût et ainsi de suite. Je ne sors d'aucune façon de la norme.

La foule me protège. Me broie.

- Je fais mon apparition invisible à l'intérieur de la foule.

J'y donne aussi mon dernier soupir insaisissable.

Vous avez vu les filets des pêcheurs industriels ? Lorsqu'ils sortent de l'eau, il n'y reste presque plus rien de vivant dedans. La masse est énorme. Les êtres s'écrasent réciproquement.

- Les camps de concentration et d'extermination ne sont pas loin.

L’éther vivant a été transformé en pâte étante. C'est une image qui me convient. Absolument.

Notre monde est de plus en plus stupide. De moins en moins national. De plus en plus populaire. De moins en moins spirituel. De plus en plus « global ». De moins en moins personnalisé mais de plus en plus individualisé.

- L'individu prend la place de la personne.

Il n'y a plus de bonheur. Ni de malheur. Ni de sublime. Ni de tragique. Notre monde invente, demande et impose la dissolution des aléas individuels dans des comportements statistiques. On invente, on demande et on impose des foules géantes vaquant dans des espaces étriqués. Des espaces étriqués sur mesure. Pour que les variations individuelles s'estompent et pour que l'on fasse émerger des lois comportementales.

On arrive ainsi à la nourriture standard. À la naissance standard. À la mort standard. Au bonheur standard. Au malheur standard. À l'espoir standard. Au désespoir standard. Aux enfants standard. Aux parents standard. À la paix standard. À la démocratie standard. Au tout standard. Au rien standard.

Ni heureux, ni malheureux je ne sais plus qui sont mes enfants. Ni mes parents. On est des enfants de tout le monde. Des parents de tout le monde. À l'intérieur de ce monde et nulle part ailleurs.

J'étouffe, dans ce monde sans identité, fatal et sécurisant.

- Je m'indigne.

Oui, je m'indigne et je descends dans la rue.

Ici, dans la rue, je me sens comme dans le cœur d'une tempête microbienne. Je perds les pédales. Je n'ai plus pied.

Est-ce que, oui ou non, heureux ou malheureux – je n'en sais rien et puis peu importe –, est-ce que, oui ou non, j'ai droit à l'amour ? À l'amour que seuls les enfants – avant d'être faits, pendant qu'on les fait, pendant qu'ils se font, après les avoir faits, après qu'ils se soient faits – peuvent donner au monde. Aussi à moi.

Même si je ne sais pas ce que c'est. Ni ce que je suis.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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