Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 08:09

Qui suis-je pour juger un autre ?

 

 

Elle n'a pas conscience de ce qu'elle m'a fait, Adèle. Elle n'a aucune idée du malheur et du bonheur qu'elle m'a distillé. Tout ça dans un registre d'intensité que je trouve inappropriée à mon âge. J'ai le cuir dur pourtant. Profession oblige. Juge d'instruction et femme de surcroît. J'ai vu et hyper vu des choses au fil du temps. J'ai encaissé et hyper encaissé. L'extérieur est très souvent blessant. Mais avec l'âge, l'intérieur tabassé trouve son indifférence, son blindage.

Il existe des bourreau et des victimes. Un point c'est tout. Ce sont des machins qui font du mal à d'autres machins et/ou au machin supérieur, à la société. Avec le temps, j'ai compris qu'il n'y a rien d'autre. C'est tout ce qui y à comprendre.

Ceux qui arrivent en face de moi, sont des machins qui doivent être recadrés. Mis en examen, emprisonnés ou au contraire, laissés en liberté, oubliés.

Les autres, ceux qui n'arrivent pas en face de moi, ne comptent pas. Des neutres. Disons, des nuls. En tout cas, inintéressants. Souvent coupables de port illégal de libre-arbitre. Ils ne font pas trop de mal autour d'eux – ni trop de bien, d'ailleurs – parce qu'il ne savent pas choisir. Ils vivent comme dans un rêve de mollusque.

Cela étant, l'espèce humaine est souvent terrible, parfois merveilleuse et toujours insoluble.

Adèle m'a planté un poignard dans le cœur.

Elle fait de la tapisserie. Le travail est assez solitaire. Elle trouve le temps de réfléchir à des choses spéciales. Ou à rien. Vu la situation, elle trouve le temps pour trop réfléchir. Elle touche ainsi à l'inadmissible.

Elle a trois enfants et un bon mari. Elle prend soins d'eux. Ça la fatigue, évidemment. Mais ça lui apporte aussi du bonheur. Beaucoup de bonheur. Évidemment. Évidemment et enfin.

Au fait, elle m'a appelée pour me demander si je ne pouvais pas intervenir pour l’exonérer de son devoir de juré. Un devoir citoyen. Elle avait reçu la convocation pour un procès, en tant que juré. Elle essayait de se défausser. Elle ne pouvait pas honorer cette tâche. Elle n'avait rien demandé, et pourtant, voilà, les sorts sont tombé sur elle. Des sorts prévus par la loi. Certainement, mais la loi, maintenant, tombait sur elle. Or elle ne se sentait pas capable de faire face à cette loi. Pas du tout capable. C'était une « loi au sorts » qui ne la concernait pas. C'était complètement idiot. Une idiotie. Un crime. On la tuait. Elle ne sentait pas capable d'endosser le jugement d'un autre. C'était insupportable.

« Qui suis-je pour juger un autre ? » qu'elle m'a dit. « Qui a décidé que j'en étais capable ? Qui a décidé que mon libre arbitre ne vaut rien ? Qui a décidé à ma place ? »

Voilà !

Ceci m'a beaucoup troublée. Pire encore, j'ai pris peur de moi. Et d'Adèle, bien entendu. Qui étais-je moi pour dispenser des jugement à droite et à gauche ? Comment me... jugeait-elle, ma fille, mon Adèle à moi ? Serais-je mauvaise avec mes jugements jetés comme des sorts sur ceux qui se trouvent dans mon bureau, en face de moi ?

J'étais déstabilisée. Déstabilisée grave.

Moment de solitude ! Moment de silence !

Puis, secousse ! Je me suis dit qu'Adèle était ma fille et non pas la fille d'une autre.

J'ai respiré. C'était apaisant. Réconfortant. J'ai respiré encore et encore.

La paix descendit sur moi. Poussa en moi. Comme jadis Adèle.

Une grande paix. Très grande !

Je ne peux pas être mauvaise. Adèle est ma fille. C'est elle, et pas une autre. C'est moi qui suis sa maman, et pas une autre. Je ne peux pas être mauvaise avec une fille comme Adèle.

J'ai trouvé le bonheur qui gît silencieux, voire inconnu, en moi, depuis toujours. Mon bonheur inné. Aussi son pendant fait des malheurs. Inné lui aussi. Je suis heureuse et malheureuse à la fois. Mon déséquilibre est équilibré. Je suis devenue une pierre.

Je juge. Je juge toujours. Toujours et encore. Sans discontinuer. Je suis stabilisée.

Même si autrement que tout à l'heure.

Je suis pétrifiée.

Enfin, je crois. Je sens.

(...)

La mère de ma fille.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
commenter cet article

commentaires