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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 08:31

 

Il m'énerve, ce Jean-Paul

 

 

Je ne sais pas ce qui m’énerve le plus chez Jean-Paul. Disons, tout. Tout-tout-tout. Je le déteste. Mais je ne peux pas faire abstraction de sa carcasse. À cause de ma fille mexicaine, fraîchement adoptée et encore plus fraîchement arrivée en France. Huit ans. Le même âge que Lison, la fille de Jean-Paul. Elles sont tombées réciproquement amoureuses, Nina (la mienne) et Lison (la sienne).

Nous sommes invités, Marie, Nina et moi, chez Jean-Paul, le père de Lison. Il a une nouvelle femme, la sixième, si je ne me trompe pas. Ils nous déclare qu'elle est enceinte. Il sera père pour la cinquième fois. Tandis que nous, Marie et moi, on a du adopter.

Marie est péruvienne (moitié peau-rouge, moitié japonaise). Moi, hollandais. Nous nous sommes rencontrés au Club Med, en Turquie. Le bled du Vercors ou nous vivons s'appelle Grand Bois. Je travaille chez ***, une petite boite très informatisée qui pratique le télé-travail. Marie a un salaire de secrétaire à la Mairie. Nous avons deux hectares de lavande.

Jean-Paul, lui, est instit-joker. Il fait des remplacements ponctuels pour les CM1 et CM2. Il lui arrive de travailler au grand maximum deux semaines par trimestre. Il est payé même s'il ne fout rien. Surtout pour qu'il ne foute rien, je suppose. Il est communiste. Grande gueule, il est payé à plein temps pour la boucler. Toujours à plein temps. Il possède une grande maison assez rustique, un étang assez étendu (qu'il loue aux pêcheurs), quelques hectares de bois (qu'il loue aux chasseurs), quelques terrains agricoles (qu'il loue aux agriculteurs). Sa femme travaille dans la seule agence immobilière du coin. Les affaires ne vont pas trop. Mais ça va. Jean-Paul se trouve très bien. Il se sent très bien. Quant à sa femme, je n'en sais rien.

Les invités sont tous des parents. Ils ont tous des enfants. Tous nos enfants sont dehors.

Nous, les adultes, nous nous sommes agglutinés sur la terrasse, autour de la grande table en teck. Le barbecue fonctionne à fond. On y prépare des gambas. Ou des grandes crevettes. Je ne suis pas un spécialiste.

Pour l'apéro, du pastis, du kir, de la gentiane, du vin, de la bière, des jus de fruits, de l'eau, des grains de citrouille grillés, des pistaches, trois, quatre sortes d'olives, petite charcuterie en abondance, de rillettes, du bon pain au levain, des radis, des concombres tranchés, des carottes et du chou-fleur crus, de la mayonnaise et de la moutarde...

La plupart du temps, les mecs avec les mecs, les nanas avec les nanas.

Parmi les invités, un prof de français et un cheminot (ou quelque chose du genre).

Le premier, pas trop grand, roudoudou et douillet, les jeans à la moitié des fesses (avec une vue très-très sur la partie supérieure de son slip fleuri), une pipe trop grande pour lui dans la main ou entre les dents. Il est, de toute évidence, quelqu'un de modéré. D'une gauche pas trop chrétienne, mais pas trop laïque non plus. Grande capacité de formuler des banalités de tous genres. Il ne s'en prive pas. Il est soporifique mais potable. Stupide. Stupidement supportable.

Le second, un gaillard de presque deux mètres. Mal habillé. Mal lavé. La parole lourde, taillée à la hache. Un ancien syndicaliste d'ultra-gauche, probablement. Queue de cheval assez maigrichonne. Chevilles osseuses. Trop. De chevilles de bovin. Chaussures idem. C'est à dire, osseuses aussi. C'est clair. Ses pieds – des gros sabots. Obsédants. Il fume sans cesse. De l'herbe. Il est lent et dans une bonne disposition d'enfer.

Ils tentent de me convaincre que la Turquie doit entrer dans l'Europe. Moi, je résiste, en disant que la Turquie c'est bien, mais que je ne veux pas de Mustapha à ma porte.

Nina arrive en courant et me souffle à l'oreille que sa copine, Lison, la fille de Jean-Paul, est trop méchante, dégueulasse. Elle ne veut plus jouer avec elle. Lison l'aurait moquée, paraît-il « par rapport » à son non-accent français. Elle souffle dans mon oreille :

- Il faut que tu la tues.

Ici, sur place. Vaut mieux qu'on la tue.

- Mais non, mais non.

Nina s'écarte un peu, pour pouvoir capter mon regard. Le sien est interrogatif, déçu. C'est quoi ce papa qui n'envisage pas de tuer celle qui avait insulté sa fille ?

- C'est qui ce papa ?

(Il m'énerve ce Jean-Paul. Je le déteste.)

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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