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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 15:49

Je suis né d'une éjaculation précoce

 

 

- Amusant, non ?

You paï dià you paï da. You paï dia da. 1

Réconfortant.

Quelle mouche m'a piqué ? Moi pas savoir.

You paï dià you paï da. You paï dia da.

Je ne suis pas un enfant désiré. C'est une posture que j'agrée. Je suis l'enfant de la pré-impuissance masculine. La masculinité humiliée par la normalité féminine. Normalité exacerbée.

- Expression amusante, elle aussi, pas vrai ?

Dans des temps normaux les spermatozoïdes fertilisants, apeurés par ce que leur arrive, s'engouffrent et s'engouffrent et s'engouffrent à n'en plus finir dans l'abîme charnel féminin.

- Pour y dépérir.

Mais je ne vis pas des temps normaux. Mes gamètes parentaux se sont retrouvé Dieu sait comment, où et pourquoi. L'absorption vaginale et utérine du sperme, anormalement aléatoire dans le cas d'une éjaculation précoce, prend des dimensions apocalyptiques.

- L'apocalypse – moi !

Suis un enfants anormal dans la mesure où j'ai été engendré par un spermatozoïde égaré, expulsé Dieu sait comment, Dieu sait quand et où, de la manière la plus chaotique que ce soit...

Du coup, suis pas dans la norme. Ce qui est une espèce particulière de liberté.

- Je suis libre.

Toujours. À mes presque soixante-dix balais.

Libre. Libre. Libre.

You paï dià you paï da. You paï dia da.

À ma naissance, je ne devais rien à personne. Mon existence y compris. Surtout pas mon existence. (D'ailleurs, montrez-moi celui capable de comprendre l'existence. Fût-t-il le génie de chez les génies.) J'étais un accident pur souche. J'arrivais au monde parce qu'il fallait que j'y arrive ; parce qu'il fallait que je le fasse. Bref, une connerie, quoi !

Cela étant, je pense avoir le droit de parler de ce spermatozoïde paternel égaré comme étant le mien. Pareil, pour l'ovule maternel correspondant. Je peux parler autant de mon ovule que de mon spermatozoïde. Morts tous les deux pour moi. En moi. C'est le moi qui donne le mon, le mien.

You paï dià you paï da.

Mais ça peut être tout faux. Peut-être que, naguère, l'ovule correspondant au spermatozoïde fertilisant ait équilibré la situation. Peut être que mon enfantement poétiquement divin, tragique et joyeux à la fois, ait été minoré, fourré dans nombre de limites statistiques (cette statistique ! oh, la statistique!), restreint à l'humain, calmé.

- Ce qui m'a livré au monde tel que je suis.

Ni pressé, ni paresseux, dans la norme.

La qualité de la vie sexuelle de père et mère a dû baisser, ensuite. (La normalité est lourde, difficile à porter.) Ils ne m'ont pas donné des frères. La culpabilité et le mépris sauveur se sont emparés d'eux, je pense.

Bref, je ne n'ai pas été pas un enfant désiré. Mais un enfant seul, issu d'une fécondation improbable, intempestive, non-contrôlée, voire précoce, voire prématurée.

You paï dià you paï da.

Problème : d'où est-ce que je tiens tout ça ?

Oui, problème.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

1 Composition phonétique souvent rencontrée dans les chansons grivoises de l'Europe Centrale et de l'Est, signalant un état d'esprit agressivement joyeux.

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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