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  • : Alexandre Papilian
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  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 09:10

Pourquoi tant de tendresse ?

 

 

Je me réveille. Mon sommeil fut riche en enseignements. Je n'ai pas rêvé, j'ai vécu. J'ai vécu deux choses extraordinaires.

La première (dans l'ordre de mes souvenirs) : l'arrivée de Laure, la petite amie de Nicolas, à la maison.

Les bourgeons du magnolia commençaient à s'ouvrir. L'arbre, immense, fait la joie du quartier. Il est là depuis la naissance de ma mère. C'est son père qui l'a planté. Le reste du jardin n'est pas mal. Mais pas à la mesure du magnolia. Haut de cinq mètres, il laisse ses branches du bas toucher le sol. C'est un orgue, lorsque l'air est limpide et le ciel ensoleillé. Mais aussi sous un ciel bas et orageux, noir...

- Et la nuit ?

Qu'est-ce que vous en dites à l'endroit de la nuit ? Il est toujours là, avec ses bras géants couverts de pétales blancs et mauves, à peine visible, respirant homéopathiquement par les interstices de son feuillage pressenti, mystérieux, prodigieux.

C'était un jour rayonnant d'avril. Je fumais, les bras appuyés sur le bord de la fenêtre du salon.

L'interphone bourdonna.

- Bonjour, est-ce que Nicolas est à la maison ?

Laure arriva – dans le vrai passé, dans mon rêve, dans mon revécu présent – comme ça, avec sa peau noire, lisse et ses yeux immenses pleins de curiosité et d'espoir. Avec son bandeau multicolore autour du front. Avec sa veste en cuir turquoise. Avec son jean déchiré sur une cuisse. Avec ses vieilles baskets et ses bracelets clinquants...

- Tu ne serais pas par hasard la petite amie de Nicolas ?

Elle a souri de tous ses haricots blancs.

- Je l'adoptai sur place.

Comme ça. Par un éclair. Un éclair foudroyant.

La deuxième chose rêvée (dans l'ordre de mes souvenirs) : le passé de ma mère.

Elle était assise devant son beau secrétaire Renaissance, dans sa chambre. Elle portait son pyjama en maille fluide, bordeaux, un plaid sur ses épaules. Ses cheveux blanc-bleu étaient soigneusement serrés dans une queue de cheval émouvante. La peau du visage assez nette, bien entretenue par des crèmes de jour et de nuit. Voûtée par l'âge. Les doigts portant la marque de l'âge, hésitant sur le clavier du portable. Deux bagues avec des petits diamants. Des boucles d'oreilles en or et émeraudes. Une vieille bourgeoise bien entretenue.

- Elle écrivait ses mémoires.

La chambre sentait la fraise et encore autre chose, entre l'eau de Cologne et la vieillesse féminine.

Pourquoi écrivait-elle ses mémoires ?

- Pour que l'on ne l'oublie pas ?

- Pour revivre le déjà vécu ?

- Pour s'extraire du vide et de l'éternité ?

- Pour se rendre à Dieu ?

L'aurait-elle trouvé ?

Dans la cuisine, Marie, ma femme, et Laure, la petite amie de mon fils, prennent leur petit-déj’. Café, jus de fruits, baguette beurrée... Elles fument, toutes les deux. Mon fils prépare des œufs brouillés. Il tourne la tête.

(Je suis regardé maintenant. Par tous les trois.)

(Je me fais regarder. Par tous les trois.)

Je ne sais pas pourquoi je suis envahi par autant de tendresse cachée.

- Au bord de l'explosion.

De l'asphyxie.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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