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  • : Alexandre Papilian
  • Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 09:25

Recherches généalogiques

 

 

Je ne peux pas ne pas l'aimer. Si je ne l'aimais pas, je perdrais trop du sens de mon existence. Pas tout, mais beaucoup. J'ai, nous avons un enfant. Si je perdais mon mari, il me resterait l'enfant. Le fruit de notre amour. Fruit. Amour. Fruit et amour.

Christiane, dans sa poussette, s'approprie la ville de la manière la plus normale qui soit. Les vestiges romans ne lui disent pas plus que ceux féodaux ou ceux de la Renaissance. Pareil pour les vestiges à venir. Nada. Elle ne sait même pas ce qu'est un vestige. Elle est tellement petite et jeune et mignonne qu'il n'y a (même) pas de raison pour que tous les vestiges du monde lui disent quoi que ce soit. Elle a sa sucette. Elle a sa mère – moi – qui pousse la poussette. Elle a le soleil qui ne tape pas trop fort. Tout va bien.

Moi, par contre, je regarde les murs impressionnants. Je me laisse impressionner par un ensemble de sensations sans nom. La promenade avec Christiane ne devait être qu'un passe-temps. Le temps que Léo, dans la salle de lecture des Archives Municipales, pioche dans les registres des Églises du seizième et du dix-septième. Il y recherche des traces de sa famille émigrée on ne sait pas quand vers le Canada. À partir de La Rochelle. Il veut savoir d'où il venait. Pourquoi il venait/partait – de-là/d'ici – d'où il partait/venait ? Peut-être même pourquoi il revenait de là, d'où il revenait ? Peut-être. En tout cas ça ne faisait du mal à personne.

C'est vrai pourtant que la visite au cimetière n'a pas été une chose trop gaie, par contre. Les cimetières ne sont drôles que dans les histoires plus ou moins sataniques et dans celles de Jérôme K. Jérôme. Il n'y a rien trouvé.

D'ailleurs, je ne suis pas sûre qu'il sache lui-même ce qu'il cherche. Je constate simplement qu'il est de plus en plus troublé. Il n'est pas content de la place que son histoire lui a réservé dans ce monde. Il se sent comme au cinquième balcon tout en espérant que sa place serait située dans une très bonne loge. Le Québec natal ne lui paraît pas un endroit assez convenable pour venir au monde. Comme si la Seigneurie familiale, fondée trans-océaniquement au dix-septième siècle, une fois les Cherokees (ou les Cheyennes ou les Sioux ?) matés, n'aurait pas été suffisante pour lui indiquer le sens de la vie. Le sens de sa vie – dans sa lignée. Il est crispé. En même temps, il frémisse.

Son trouble est devenu évident le jour une fois le pays jeté dans la fournaise du « Mariage pour tous ». Il est « pour », lui. Il trouve que c'est plus civilisé, plus démocratique, plus anticlérical, plus responsable et en tout cas mieux que toute autre solution. Les homos et les lesbos doivent pouvoir se marier, adopter et faire appel aux moyens avancés d'alter-procréation. Quant aux enfants adoptés ou alter-procréés, pas de soucis. L'enfance, toujours insouciante, est toujours le temps du bonheur. Et ce n'est pas la composition du couple qui va la rendre malheureuse !

Et ses racines, alors ? Foutaise ! Faut s'habituer aux changements !

Quant à moi, il faut que je capte mon mari, cet être né dans le Nouveau Monde et revenu chez nous, dans le Vieux Monde ; cet être poussé, voire animé par l'impulsion profonde, longtemps cachée et muette (inconnue, secrète – comme une sécrétion), de me (de nous) faire un enfant. Impulsion prolongée dans la recherche de ses (de nos) racines pré-migratoires. De nos racines pré-familiales. Aussi de nos pré-racines familiales. Recherche qui approuve implicitement (peut-être même en appelant – comme une provocation) les grands changements structuraux, fondamentaux du monde, destructeurs aujourd'hui de la famille, pendant que sa femme et son/leur enfant l'attendent en se promenant dans cette merveilleuse ville ensoleillée, ancienne localité romaine, ancien complexe religieux médiéval et renaissance, lieu à l 'existence possible dans un monde infiniment très peu probable, mais pourtant encore plus que possible sur notre globe.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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Published by Alexandre Papilian - dans Parents et enfants
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