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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 14:08

La charmante banalité d'une Lolita

 

 

La copine de ma fille veut me séduire. La nouvelle de Nabokov se standardise dans ce monde qui nous appartient autant que nous lui appartenons, qui nous contient (tous : elle, la gamine séductrice, moi, le gaga bandant, toi, le voyeur) autant que nous le contenons. Je n'ai rien de nouveau à ajouter à ces circonstances stimulantes, à ces circonstances irritantes. À ce syndrome.

Elle m'excite, la salopine. Des regards filtrés ou insolents et provocateurs. Des hanches couvertes de tissus moulants, en mouvement ou tranquilles, sages. Un doigt sucé. Une mèche passée par derrière l'oreille. Un tatouage au début de la raie entre-fessière. Un autre, sur la poitrine. Sous la clavicule. Au dessus du sein gauche.

Un rire stupide mais tellement joyeux ! Tellement inexplicable ! Tellement fraîche ! Une aura lumineuse. Le pressentiment de la chair rouge, chaude et brûlante, cachée dans le noir palpitant et absorbant. Le chant muet de la séduction.

Alors ? Quoi faire, alors ? Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je vais faire ? Me laisser aller ? Alors ?

Je suis sous le charme. Quoi que je dise, quoi que je fasse. Le charme anime la vie – la mienne – d'une manière sans égal. C'est une promesse subtile, parfois presque insaisissable de bonheur.

Cela, même si la fin de l'histoire serait la même que celle de la nouvelle de Nabokov. Même si on tombait (se réveillait) dans du trivial, dans du vulgaire, dans du terrestre, dans du rien triste.

Mais ce sera pour plus tard, tout ça. Pour une autre fois.

Aujourd'hui je me sens tenté d'examiner le contraire de l'histoire nabokovienne. Ce n'est pas trop intelligent, je vous l'accorde. Quelle pourrait être l'issue contraire ? Je ne la vois pas. Franchement pas. La mort mise à part. La mienne (certaine et plus proche que la sienne). La sienne (certaine, elle aussi, mais dans le lointain). La nôtre...

Eh, c'est idiot !

On ne meurt pas ensemble, de toute façon. Chacun avec sa mort. Chacun avec sa trivialité. C'est trivial la mort, vous ne trouvez pas ? Ça manque de sens. Ça manque de perspective. Ça manque d'éternité. La mort n'est pas éternelle du moment où elle commence quelque part. Comme la vie, d'ailleurs. Vu ?

Résumons-nous au présent, alors. Au jour d'aujourd'hui. À ce qui s'y passe.

Il se passe une suc-ositée, si je puis me permettre. Je suis tout suc. Elle m'allume, la bestiole. Elle m'injecte son poison. Tout doucement. Tout poison. J'abandonne. Je m'abandonne. Je m'y abandonne. De la prostate à l'apex de la langue. C'est un trouble consenti. Plus qu'envoûtant. D'autant plus que ce n'est que d'une banale banalité, pour ainsi dire. Ce n'est ni de l'infra, ni du sur mais de l'in-humain. C'est un dieu collatéral.

Si la fin n'était pas nabokovienne, quelle autre pourrait-elle être ? Dans notre monde banal, dans notre vie banale. Dans notre monde et dans notre vie.

Quelle nécessité que je sois séduit ?

Comme si j'avais quelque chose de séduisant, moi. Pur commencer. Ou en échange. Quelque chose de séduisant en moi. Ou ailleurs, peut-être.

Et... ma fille ? Elle pourrait elle aussi se mettre dans la tête de séduire je ne sais qui. Elle est banale (en tout cas répétitive, standardisante) la nouvelle de Nabokov. Charmante. Subtile.

Ainsi – notre monde, notre vie et ce qui vient avec et après.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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