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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 23:33

La femme du bossu

 

 

J'ai commis un double crime. C'est fait. Et ce n'est pas à refaire.

J'ai couché avec la femme du bossu. C'était que de la baise. Même si autant elle que moi, nous essayions de donner au sexe une certaine valeur de fin du monde. Une certaine tristesse et une certaine beauté, une certaine triste beauté.

Elle, la belle femme se faisant « soutenir » matériellement (elle ne travaillait pas), pénétrer physiquement (douce pute à long terme), posséder psychologiquement par le bossu (un type très bien par ailleurs – hormis sa malformation). Moi, le mec normal. Genre bouc, aux yeux un peu jaunes et bridés, sorciers. Nous jouions avec le feu. Dire que c'était plutôt le pêché qui nous jetait au même lit. Sinon, l'acte proprement dit, la copulation, n'était que trop ressemblant à tous les autres que j'aie connus.

Il nous a surpris sur le fait.

On ne croit pas à l’inévitable jusqu'au moment où il se produit.

Il est rentré plus tôt que prévu de sa mission qui devait durer dix jours. Il est rentré, comme chez lui. Il était d'ailleurs chez lui. C'est nous qui n'étions pas chez nous. Sa femme et moi, dans notre très petite tenue.

Il pâlit effroyablement. La vie le tuait. La vie, sa femme, moi. Parce que bossu. Sa grande souffrance l’enlaidissait encore plus. Il était plus que répugnant.

(La laideur devrait tuer son porteur. Pour abréger les souffrances de tout le monde.)

Normalement, il fallait qu'il meure. Mais non. Il s'accrochait. Il résistait. Enfin. Quelque chose palpitait toujours en lui. J'étais pas bien.

Elle, de son côté, le regardait avec une expression de grande douleur. Elle lui faisait du mal. Il n'était qu'un bossu, un estropié, un monstre quasimodesque qui ne pouvait pas demander quoi que ce soit à ce monde. Ce n'était pas sa faute, certes. Mais elle, elle n'était pas une estropiée, comme lui. Elle avait accepté, certes, de partager avec lui ses deux bosses (il en avait deux, le malheureux, une qui lui déformait la poitrine, l'autre le dos). Mais elle avait pourtant le droit, au moins de temps en temps, de toucher à un homme normal, à un homme qui pouvait lui rendre sa propre normalité, qui pouvait la rendre normale – elle même.

- Elle même, elle existait – elle-même.

Blanc comme un spectre, il ouvre la porte d'entrée et me dit :

- Tu peux te la prendre.

J'enfile mon pantalon et mon tee-shirt.

Sur le seuil de la porte, je m'entends dire :

- Non, je te la rends, garde-la.

Elle emprunte la grimace de la folie pré-létale.

Elle dit :

- Je vous annonce à touts les deux que vous serez papas.

Elle n'est qu'une salope. Une pute à longue haleine. Une mégère qui va avoir un enfant. Une femme. Une mère. (Alors que nous, nous deux autres, quoi qu'on en fasse, nous ne sommes que deux bouffons.)

Je ne veux pas être père dans ces conditions. Dans aucune condition, d'ailleurs.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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