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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 09:53

La mort incomprise

 

 

Je ne peux être qu'autiste. Je ne comprends pas comment mon père pourrait mourir. Autour de moi, on ne prête pas attention à ce problème. La mort est réservée, paraît-il à tout le monde. Réservée, ça veut dire quoi ? Comment réserve-t-on la mort de quelqu'un ?

Problème de langage ? D'expression ? Soit ! Mais du moment où le langage fonctionne et où l'expression se fait capter, le contenu dudit langage, de ladite expression, ne serait-il pas réel, vrai ?

Donc, je reviens et je dis ne pas comprendre comment mon père pourrait mourir. Je ne comprends pas la mort, en général. Mais surtout celle-ci, la mort de mon père.

Il est moribond. A l'hôpital on me demande si je veux le faire débrancher. Ce n'est pas une question explicite. Mais elle est exprimée, quand même. Réelle. Vraie.

Est-ce que c'est la mort qui l'emporte ou la vie qui le quitte ? Voilà une question que j'aurais aimé poser au personnel médical. Mais ils n'ont pas le temps (l'envie) de philosopher avec moi. Ils sont immergés dans leur univers de maladies, excrétions et secrétions malsaines et nocives, médicaments et palliatifs, souffrance et cynisme, douleur et soulagement (par les médicaments ou par la mort). Ils n'ont rien à foutre de mes angoisses métaphysiques qui, d'ailleurs ne me concernent pas directement.

C'est la mort de papa que je ne comprends pas. Pas la mienne. Cette dernière, je ne sais même pas si elle existe. Si elle pourrait exister.

Mais la mort de papa... Ça me laisse pantois. Et je suis comme ça depuis que je me suis posé la question : c'est quoi que d'être papa ? Impossible de comprendre. C'est quoi que d'être papa et de mourir ? Encore plus impossible de comprendre.

Non, évidement, je ne suis pas fait comme les autres. Ils comprennent, eux. Et la mort et ce que c’est que d'être papa et ce que c’est que d'être papa et de mourir. Ils le disent. Ils le prennent comme ça, tout naturellement. Comme si il ne pouvait pas en être autrement.

Et, à vrai dire, pourrait-il en être autrement ?

Sais pas.

Mais comme ça, telles que les choses sont aujourd'hui, je ne les comprends pas. Je ne me comprends pas. Je ne comprends, on dirait, rien. Ce qui n'est pas vrai. Je comprends beaucoup de choses. Et même le fait que je comprends que je ne comprends pas la mort, en l'occurrence celle de papa, prouve que je comprends. Oui. Je comprends même que je ne comprends pas. Ça, je le comprends. Mais pas la mort. Pas ce que c’est que d'être papa. Pas la mort de papa.

Ce qui est sûr, c'est que je ne recevrai aucune médaille. Ni pour ce que je comprends, ni pour ce que je ne comprends pas. Comprendre ce n'est pas une question à médaille.

Remarquons que les autres s'en foutent pas mal de tout ça. Ils me considèrent fou ou bête ou que sais-je encore. Mais tant que je ne deviens pas agressif, comme il m'arrive parfois, ils me foutent la paix. Y compris avec la mort de papa.

Avec la mort incomprise.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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