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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 14:21

La Tour Montparnasse a quarante ans

 

 

J'ai piqué ma crise, aujourd'hui, jour de mon anniversaire. Quarante-sept ans.

J'étais dans la voiture avec Magali, dix-sept ans. Nous roulions vers la Gare Montparnasse. Magali allait chez son père, à Poitiers.

La radio ronronnait ses actualités inexistantes. Soudain, nous apprenons que la Tour Montparnasse fête ses quarante ans. Elle a plus de deux cents mètres de hauteur, cinquante-six étages, un restaurant à je ne sais pas lequel d'entre eux, une terrasse pour le panorama. Elle est peuplée de je ne sais pas combien de sociétés. Elle a été sujette à polémique. Sujet de films. C’est un repère géographique parisien. Elle a sept ans de moins que moi, et on fête son anniversaire. On en parle à la radio. Des milliers de crétins apprennent la nouvelle. Mais rien sur mon anniversaire à moi. Pire, jusqu'à l'heure de ce récit, personne ne m'avait dit « bon anniversaire ». Ils avaient tous oublié de le faire. Et d'ailleurs, tant mieux. Je ne tiens pas à ce qu'on se souvienne de mon âge. Qu'on ne me le rappelle pas ! Je ne suis pas vieille, mais...

- Ça va ?

Magali me regarde intriguée.

- Ça va, ça va ma puce.

Rue de Rennes. Encore un peu, et, au delà de la Tour Montparnasse, la Gare.

Encore plus de larmes dans mes yeux. Ce n'est pas la première fois que je me pose cette question. La femme, serait-elle plus folle que le reste de l'humanité ? Pour y répondre il faudrait définir et assumer la femme et l'humanité. Or à cet égard, les choses sont trop complexes pour moi. Ou trop floues. Je ne suis qu'une pauvre créature faible car « poitrineuse » et « fesseuse », pratiquant la jupe ou la robe, la rondeur corporelle et la volatilité vestimentaire.

Lorsque j'étais jeune, on sifflait pas mal d'après moi. C'était moi ? C'était l'époque ? Je ne sais pas trop. Je sais par contre avec certitude que ça m'enivrait. Le printemps arrivé, je commençais à fouiller dans les placards pour sortir les blouses à manches courtes, les jupes, les jupettes, les robes fleuries, et je tournais de longues minutes (voire beaucoup plus) devant le miroir. Je corrigeais et admirais ma ligne, l'éclat de mes cheveux et de mes yeux. Je mouillais.

Ensuite, je sortais et j'attendais les sifflements qui me serraient adressés. La joie s'emparait vite et sauvagement de moi. La vie me semblait trop belle. À peine entamée.

Et maintenant, voilà, la Tour Montparnasse, avec son anniversaire, moi, sans mon anniversaire, ma fille qui va voir son père...

Je trouve une place rue de l'Arrivée. Nous descendons. J'accompagne Magali. Je regarde la Tour. J'ai l'habitude d'envelopper les objets auxquels je prête attention. De me former sur eux. Le cas échéant, des courbes concaves en béton, acier et vitres, hautes de plus de deux cents mètres. Je deviens, je suis brusquement monstrueuse. Je ne me supporte plus. Je m'insupporte. J'ai le vertige. Je ne supporte plus les abîmes. Que ce soit vers le bas ou vers le haut. Vers le haut, en l'occurrence.

On siffle. Je ne tourne pas la tête. L'émotion me monte à la tête. Je vis. Je me laisse vivre. On a sifflé... Je ne tourne pas la tête. Magali, si. Elle sourit. C'est après elle qu'on a sifflé. Je ne tourne pas la tête mais je vois avec mon regard périphérique. Des morveux. Quand on siffle après une femme, il se passe quoi ? Qu'est-ce qu'il y a dans la tête du mec qui siffle ? Il bande déjà ?

Une nouvelle vague de larmes fait des nœuds dans ma poitrine. J'ai quarante-sept ans. La Tour Montparnasse, quarante. Ma fille, dix-sept ans, va voir son père. Les jeunes sifflent après elle. J'ai des larmes aux yeux, dans la poitrine. Je me laisse vivre.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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