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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 15:49

Ma fillette suicidaire

 

 

Ma fille, une ados rebelle (elle vit en coloc avec une copine, rebelle elle aussi), de plus en plus maigre, de plus en plus insomniaque, est venue me voir samedi. Elle aurait pris des médicaments. Elle voulait mourir. Chagrin de vie. Elle pleurait sans larmes. Elle avait mal. Elle ne savait plus où elle était. Elle savait pourtant qui j'étais moi, son père. C'était pour ça qu'elle venait me voir. Pour partager avec moi sa douleur, son envie de mourir. Pour la sauver.

C'était samedi. Normal ! De tels trucs n'arrivent que pendant le week-end.

Je l'ai embarquée dans ma voiture, et zoom aux Urgences.

Ce n'était pas mortel. Ils ne lui ont même pas fait du lavage stomacal. C'était plutôt nerveux, hystérique, m-a-ton dit.

Le lendemain elle était chez moi. Je étais allé la chercher en voiture. Ils l'avaient libérée. Je l'avais emmenée chez moi. Elle se trouvait chez moi.

Elle était encore assommée. Elle était cohérente dans ses propos, mais elle n'était pas la maîtresse de ces propos. Ils arrivaient d'ailleurs, de l'extérieur. Elle parlait en dehors d'elle. Du dehors.

Je l'ai couchée dans la chambre d'amis et je me suis mis devant la télé. S'il n'y avait pas eu cet événement avec elle, j'aurais passé encore un dimanche de merde. Dire que l'actualité n'était pas brillante, non plus. Mais elle n'était pas morte. Je parle de ma fille. Et moi je me sentais utile.

Pas pour longtemps.

J'ai entendu un bruit fort bizarre dans sa chambre. Je me précipitai vers la porte et je l'ouvrit.

Image d'apocalypse.

Elle s'était fait hara-kiri. Elle avait le couteau implanté dans le ventre et saignait abondamment.

Ce n'était pas nerveux. Ce n'était pas de l'hystérie, non plus. Elle voulait vraiment mourir.

Et moi aussi. Je ne pouvais pas lui couper la tête, comme je savais que c'était la coutume. Pour lui abréger les souffrances. À la japonaise.

Je ne suis pas japonaise. Elle non plus.

J'ai appelé les secours.

En les attendant, j'ai essayé lui penser la plaie. Avec des serviettes de fortune. Je faisais n'importe quoi. Terrifié, mes mains tremblaient. Je haletais. Je priais. J'étais pitoyable.

Elle était consciente, un œil à moitié fermé, l'autre très-très ouvert. Comme si elle captait deux choses à la fois. Deux choses très distinctes. Très distinctement.

Je sentis la main de Dieu se fermant doucement. Sur elle. Et un peu sur moi.

La main ou le regard. Je ne sais pas.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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