Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 16:01

Identité souterraine

 

 

Pleurer, ça ne sert à rien. Personne ne pourra nous les rendre.

Haïr, par contre, si. Ça sert. En tout cas, ça va servir. Haïr ces Belzébuth qui leur ont tourné la tête en leur faisant croire qu'ils pourraient être autre chose que ce qu'ils n'étaient.

Ils ne sont que des morts ensevelis sous la terre syrienne. Ensevelis – ou autre. Avaient-ils été enterrés au moins ?

- C'est ça, nos fils ?

Criminels de merde de fils de pute qu'ils sont ! Ils les ont appâtés avec une image de merde qui ne couvre que la merde. Le crime. Le sang. La mort.

Ils sont le mal. Même s'ils ne le savent pas, même s'ils sont encore plus bêtes que les bêtes, c'est toujours ça. Ils ne sont rien d'autre que le mal.

- Les Bêtes du Mal !

Et nous... Nous les secondons. Nous les avons secondés, en tout cas.

Nous n'avons pas vu venir le cataclysme. Nous, les parents de ces cinq cadavres. Cadavres de jeunes. Des jeunes cadavres. Cinq en tout. Deux frères belges... Trois cousins français... Qu'importe ! Aujourd'hui, ce sont tous des morts en Syrie. Des morts syriens ? Même pas. Des morts pour la Syrie ? Encore moins. Des morts belges ? Des Belges morts ? Des morts français ? Des Français morts ? Qu'est-ce que ça pouvait leur faire ? Qu'est que ça pouvait nous dire ? Sinon, dire à qui ? Surtout ça ! À qui ! Et quoi ?

On nous a dit qu'ils se seraient convertis. L'islam leur aurait donné quelque chose que nous n'avons pas su leur donner. Quelque chose que nous n'avions même pas, peut-être. Comment donner quelque chose que l'on n'a pas ? En tant que parents, on donne tout. Même ce que l'on n'a pas. Nous, nous n'avons pas su trouver ce qu'ils n'avaient pas – eux. Ni ce que nous n'avions pas. Pour identifier et combler ce manque. Pour le transformer. Pour le donner – une fois identifié, transformé, changé – contre la chose qui leur manquait – à eux. Nous autres. Sur la terre belge. Sur la terre française. Sur la terre.

Pour certains ce manque porte un nom. Identité. Ils étaient en manque d'identité. L'islam à su leur en donner une – sous la terre syrienne.

Nous n'avons pas su leur donner, nous autres, l'identité dont ils avaient besoin.

Nous ne savons pas ce que identité veut dire – lorsque nos enfants gisent sous la terre syrienne. Lorsqu'il n'y a plus d'enfants. Lorsqu'il n'y a plus de parents. (C'est quoi les parents qui n'ont plus d'enfants autres que ceux – de toutes les couleurs, de toutes les confessions, de toutes les âmes et d'encore tout et tout – enterrés en Syrie ; c'est quoi des parents qui n'ont plus d'enfants, tout court ?) C'est quoi leur identité – qu'ils n'ont pas su leur donner ? Mais celle d'aujourd'hui, c'est quoi leur identité d'aujourd'hui ?

- La donner à qui, aujourd'hui, cette identité ?

(Cette identité souterraine.) (Cette identité subversive.)

À l'islam, peut-être. Au monde. Au rien. Pour que l'on cesse de pleurer. Nous autres. Pour que l'on mette le feu à notre culpabilité. Pour que l'on crame notre haine. Pour que l'on cesse de ne pas mourir.

Nous autres.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

Partager cet article

Repost0

commentaires