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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 15:00

L'urne funéraire maternelle

 

 

Croyez moi, la vie réserve des surprises.

Le dernier exemple en date, l'histoire de Marjolaine, Léon, Gabrielle et la sœur de cette dernière.

Marjolaine est la fille (chérie ou pas, on ne le saura jamais) de Titus Livius (si, si, ça existe !) et de Michelle. Michelle mourut il y a vingt ans. Titus Livius, d'un commun accord avec sa fille, Marjolaine, garda pas mal d'objets du couple (« pas mal ? tu parles ! tous, absolument tous ! » – les yeux de Marjolaine à moitié fermés, brillaient comme des lames de bistouri en articulant ces mots) et prit vite (trop vite ?) comme épouse Gabrielle, une jeune femme « bonne à rien et prête à tout », selon Marjolaine, d'un âge comparable (très) à celui de Marjolaine. La haine réciproque de ces deux femmes fut instantanée, violente et féroce, permanente. Elles se haïrent grave dès le début : depuis toujours.

La chose était toujours valable, donc, à l'heure de ce récit. Et cela malgré le cancer du sein dont souffrait Gabrielle. Malgré sa minceur et sa pâleur. Malgré sa faiblesse manifeste.

- Marjolaine ne pouvait pas ne pas la haïr et la haïr encore et encore.

Mentionnons ensuite le patchwork conçu et réalisé par ladite Gabrielle, qui enveloppait l'urne contenant les cendres de Michelle. Marjolaine s'imaginait les scènes d'amour (de la fellation au cunnilingus, jusqu'aux pires séquences SM) consommées sur le tapis floconneux en laine de chèvre de Cappadoce, devant le feu allumé dans la cheminée et sur le marbre de laquelle veillait au bonheur du couple – des salauds et des pervers ! – l'urne mortuaire.

Marjolaine, même contente que la menue et pâle veuve souffrit d'un cancer du sein, était outrée.

Léon, son compagnon supportait ces sorties avec un certain stoïcisme et avec une certaine résignation. Marjolaine était quand même une « good girl ». Ce qui explique qu'il eut accepté de l'accompagner chez Gabrielle – pour lui servir de garde-fous.

- Le cas où.

Marjolaine et Léon furent reçus par Gabrielle et la sœur de celle-ci. Cette dernière, les cheveux gris coupés court, sévère, probablement lesbienne, était censée jouer le même rôle que Léon : catalyseur, garde-fous

- Le cas où.

Le rôle joué par ces deux, Léon et la sœur de Gabrielle, fut parfait jusqu'à la fin. Peu d'aspérités, aucune dispute. La tension fut présente mais les convenances furent bien gardées.

À la fin, pourtant tout foira.

À la fin on découvrit que l'urne était vide.

Crise, crise, crise ! De tous les côtés ! Crise !

Qui a pu avoir cette idée plus que macabre et dégueulasse de jeter les cendres de la feue femme du feu mari de Gabrielle, les cendres maternelles de la mère de Marjolaine ? Marjolaine laissa entendre qu'elle soupçonnait Gabrielle. Une salope plus que perverse ! Cette lesbienne de sœur de Gabrielle, de son côté, insinua que c'était Titus Livius qui l'avait fait. Un salaud plus que pervers !

(Après, qui a eu la curiosité morbide d'ouvrir l'urne de la feue mère de Marjolaine et de regarder qu'est-qu'il y avait à l'intérieur ? Qui, alors, s'il vous plaît ? Hein ? ! )

Gabrielle, menue, pâle, souffrante, jeta des regards de chien battu et soumis vers Léon. Une chienne ! Léon manifesta sa non-indifférence silencieuse. Marjolaine et la gouine de sœur de Gabrielle remarquèrent le jeu des deux. Échaudées, brûlées, écorchées intérieurement, elles s'indignèrent – en silence. Elles échangèrent, à leur tour, des regards. Elles se retrouvèrent sur la même longueur d'onde. Elles étaient dans une situation inexprimable. Inextricable.

Moi, en tant que narrateur quitterai ici la scène. Désemparé. Déboussolé. Craintif. Sur la pointe des pieds.

Et vous, avec moi.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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