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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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27 décembre 2017 3 27 /12 /décembre /2017 14:45

 

 

 

 

Ma fille criminelle

 

 

Je l'attends à la sortie de la prison. Elle n'a plus que moi. On avait décidé qu'elle n'était pas folle. Elle a eu uniquement trois moments de folie. En l'occurrence lorsqu'elle a fait congeler ses trois bébés dans le deuxième congélateur de la cave. C'est ce que les spécialistes ont dit. Ensuite, elle aurait retrouvé chaque fois ses esprits. Elle serait redevenue normale. Chaque fois. Paroles de spécialistes.

Oui, normale. Quoi de plus normal que de faire trois enfants, de les tuer, de les congeler et de dire ensuite qu'on ne s’en souvient même pas.

Je suis sa mère. Donc je la crois. Elle ne se souvient de rien – si elle le dit. Ce n'est pas elle qui a tué les nouveaux-nés. C'est le Diable. C'est Celui qui loge en elle. Ou peut-être pas le Diable, pas Lui. Pourquoi le Diable, lorsqu'on voit que la vie peut être enlevée aussi simplement (très) ?

- Trois bébés surgelés.

Son mari s'est pendu. (Comme une protestation contre ce qu'elle avait fait. Il s'est pendu dans la cave, à côté de l'endroit où jadis se trouvait le congélateur des bébés.)

Le procès s'est déroulé à huis clos. Lorsqu'on m'a fait aller à la barre, j'ai pu la regarder. Elle avait l'air endormi.

Elle n'était pas réveillée à l'hôpital non plus. Je pensais que c'était dû aux drogues administrées. Possible. Même probable. Elle me l'a confirmé à l'hôpital. Je l'ai crue. C'est ma fille, merde ! Mon Dieu ! Si je ne la crois pas, moi, qui d'autre pourrait le faire ? Les mères sont faites pour cela. Ou à peu près. Elles sont là aussi pour dire ce que les autres ne trouvent pas bon ou n'osent pas dire. Faire ce que les autres ne trouvent pas bon ou n'osent pas faire.

Elle avait donc l'air endormi au tribunal. Pareil, à l'hôpital. Pareil plus tard, en prison. Il y avait quelque chose de cassé en elle. Aurait-elle compris ce qu'elle avait fait ?

Je pose des questions primaires, rudimentaires, à la hauteur des faits. Je n'ose pas trop dire « crimes ». Même si c'est de cela dont il s'agit. De crimes.

C'est la cinquième cigarette que j'allume. Il fait beau, mais très froid dehors. Le chauffage marche bien dans la voiture.

Elle va sortir bientôt. Comment sera-t-elle ? Elle est ma fille, d'accord. Mais comment ?

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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