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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 11:00

Tu me fais gerber

 

 

Pourquoi ? ! Pourquoi ? ! Tu devrais ne pas m’intéresser grave. Je ne te connais même pas. Je ne t’ai jamais vue. Je ne t’ai même jamais connue. Jamais. Te rends-tu compte de ce que jamais veut dire ? Jamais. Et je ne te connaîtrai peut-être jamais.

- Je t’ai vue !

Enfin, presque.

- Tu m’as fait chier avant même de t’avoir vue.

Tu as été comme un flash. Tu es entrée dans le resto de la boîte. Les portes venaient de s'ouvrir. J’aime être là à l’ouverture. Sinon, il y a la queue et ça caquette trop. Tu es entrée, comme ça (ça comme, dans le langage d’aujourd’hui), victorieuse. Hystériquement victorieuse.

- Tu vois le genre.

Je vois. Tu portais des collants gouttière qui ne moulaient pas tes jambes solides, de lanceuse de marteau. Ils pendaient. Ta robe était courte, incroyablement verte. Affreusement verte. Tu arborais un chapeau improbable. Arborer c’est le mot. Tu étais comme un cèdre de Liban – en ridicule.

On devinait les plis et la cellulite de tes hanches balourdes et de tes généreuses poignées d’amour.

T'étais agaçante.

- Je t’ai haï instantanément.

Tu criais, presque. T'étais cochon-cochon avec le gars qui, de l’autre côté du présentoir, avec une expression de gaîté crétine (il comprenait le travail de ton esprit ; il y prenait part avec plaisir), remplissait ton assiette avec de la ratatouille.

- Berk !

Avec ton regard périphérique, tu surveillais les alentours.

- Le monde.

Il y en avait certains qui dirigeaient leurs yeux-phares vers toi, la crieuse dépressive en manque d’homme et de reconnaissance sociale. Tu avais besoin de ces regards. Tu en demandais.

Pourtant :

- Y avait aucun désir autour de toi.

Rien. Nada.

C’était ce qui manquait au monde en ce moment. À tout le monde. Le désir qui motorise la vie.

- On dit que c’est le hasard, la probabilité et non pas le désir qui fait bouger les choses.

Elle est bonne celle-là ! J’étais tellement triste ! C'était avant que tu ne déambules dans mon environnement, dans mon monde. Dans l'air que je respire. Dans l'eau que je bois. Après, eh ben, après, ton apparition a réveillé une colère foudroyante en moi. Et au-delà. La colère du fou. J’aurais aimé te faire ta fête. Comme à une bête !

- Tu transpirais dans tes collants gouttière, dans ta culotte parachute.

Sûr et certain !

Je sentais ta saleté fétide et puissante. Tu étais comme passée à la casserole dans la cave de l’immeuble par une meute de mâles soumis à leur désir irrépressible.

Éjaculation violente, inarrêtable, à la limite de la douleur, qui n'a d’humain que la pulsion dépassant la cruauté, pour joindre la torture et l’humiliation de la femme femmelisée ; qui, quant à elle, sent et touche et respire et déguste la saleté masculine, la puanteur de sexes mâles irrités par un désir effréné, destructeur, qui rend fou. Et qui tue. Sans raison. (Sans raison, la raison.)

- Pourquoi n’es-tu pas morte ?

Et moi encore, pourquoi ?

Je te connais, maintenant. Et moi aussi, je me connais. J’ai peur que tu ne me connaisses toi aussi.

- Dieu sait ce que tu serais capable de faire.

D’en faire.

Un enfant ? Un enfant, toi ? Toi ?

Ça ne manquait que ça. Un enfant ! Un enfant de toi !

- Beurk !

Tu me fais gerber. Gerber ! Tu me tues !

Pourquoi ?

- Tu demandes pourquoi ?

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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