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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 22:22

Famille d'accueil

 

 

Je super, je hyper-plane. Me tiens droite. Raide, peut-être. Et puis, tant pis !

On est à l'église. Toute la horde. Avec ma famille d'accueil.

Je dis « ma famille ». Pourtant je devrais dire « mon accueil ». Ou, le leur. Mais, enfin ! C'est une famille qui m'accueille. La mienne n'existe plus. Ils se sont perdus quelque part... Je ne sais pas où. Et d'ailleurs, même s'ils existaient toujours, mes parents... biologiques – à quoi bon ? À quoi bon la biologie ? À quoi bon d'y penser ? À quoi bon de penser ?

Les vitraux se courbent et s'éloignent vers le soleil ultra-brillant. Le curé bourdonne la messe. Y a pas mal de paix autour. Et peu d'animaux humains.

Je me suis bien piquée ce matin. Je suis équilibrée. On ne s'aperçoit de rien.

On m'a mis à la DDASS. Et maintenant, dans une famille d'accueil. C'est quoi ça, leur accueil ? Pourquoi ils font ça ? Ça rapporte, naturellement. Sinon, ce n'est qu'une connerie !  Ils se font du blé sur notre dos.

Il y a de tout. Des drogués, des voleurs, des fugueurs à n'en plus finir, des escrocs, des bagarreurs et des casseurs, de vrais dealers ou de simples guetteurs, des putes de deux, trois, quatre sexes, des méchants, des timbrés, des mères avec ou sans enfants, des sidéens en sursis, des déjà morts ou des morts à venir, des cons. Y a moi.

- Du tout, quoi !

Quant aux accueillants, on les paye pour qu'ils nous « intègrent ». Car, voyez-vous, nous en avons besoin, nous. Être intégré (avoir un travail, en traduction) c'est bien. C'est être « sans histoire » et « comme il faut ». C'est être « libre ». Encore un peu et nous allons crier : Arbeit macht frei. (C'était contre les youpins, où quelque chose par là – à la télé.)

Je suis beaucoup plus maline et futée qu'eux. J'ai même lu des livres et écouté de la musique lourde. Et pas du n'importe quoi. En tout cas, plus qu'eux. Eux, ils se contentent de leur vie à la campagne. Une demi-campagne, en réalité. Une grande baraque ancienne, de grandes armoires en bois sculpté et sombre, une pendule empêtrée dans son non-temps, des lits simples, de chez Conforama, un lave-linge, un lave-vaisselle, une cuisine équipée de chez Conforama toujours, deux voitures, des écrans plasma, Internet, je ne sais pas combien de portables, et tout. Plus deux chiens et deux chats et un lapin et un poisson rouge. Et nous, les « accueillis ».

Ils n'ont pas d'enfants, par contre. Ils n'en auront jamais. Madame, si j'ai bien compris, n'a plus d'ovaires. Ni d'utérus. Et Monsieur, lui, il a peut-être un zizi tout petit-petit. Ou pas du tout, peut-être. Ils ont, en revanche et en permanence, trois ou quatre « accueillis ». Des clients, pour mieux dire. Ça tourne, mais ça reste numériquement stable. C'est pas leurs enfants. Seront jamais. Pas adoptables. D'ailleurs, ils ne veulent pas adopter, les bienfaisants payés. Ils veulent pouvoir accueillir, mais pas adopter. Pas plus.

Il faut les accompagner à l'église, chaque dimanche.

Pas question de faire autrement. Ils sont assez catholiques. Voire très. Ça ne fait pas mal, pourtant. Ils sont gentils.

Dans l'église, à part notre cohorte, se trouve une petite quinzaine d'habitués.

Le vol commence à perdre en intensité. Un état de tristesse s'installe en moi, dans le monde... Je ne sais pas trop ce que les autres pensent. S'ils... pensaient. À quoi bon penser ?

J'aperçois une petite de quatre, cinq ans. Agenouillée, elle prie. Blonde petite enfant éclatante, cheveux chou-chou latéral, jeans noir, blouse fleurie, tongs fluo vertes. Des mains jointes en prière, figure dressée vers le haut, yeux fermés. À ses côtés, une femme assez jeune. Sa mère ou sa tante, peut-être. Robe bleu-casserole. Cheveux sans éclats, coupés droit, à l'asiatique. Suis dégoûtée. La petite tient les yeux fermés. Les mains collées, les doigts droits... Elle prie !

Et puis, qu'est-ce qu'elle a à demander dans sa prière ?

Je suis en nage. Je suis en larmes. J'ai mal.

- Qui lui a appris à prier ?

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

 

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