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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 08:55

La boîte aux alibis

 

 

La vie mérite d'être vécue. Elle est souvent intéressante. L’intérêt peut remplacer beaucoup de choses qui nous manquent.

J'ai découvert ceci en réfléchissant à Rodolphe. Étrange nom pour un descendant direct des kabyles ! Mais, qu'importe ! Ils l'ont appelé comme ça, car, d'abord, il est né en France et non pas au bout de la géographie comme les autres, son père et sa mère, par exemple. Ensuite, parce ses parents étaient parmi les derniers de chrétiens berbères d'aujourd'hui. Ensuite encore, parce qu'ils l'ont destiné à l'intégration la plus parfaite qui soit dans le monde occidental.

Ils ont voulu au début lui donner Victor comme prénom. Victor, la victoire. Le prénom est souvent une sorte de pré-destin. Tout le monde le sait. Mais... Je n'insisterai pas sur le sujet.

Ils se sont réveillés avec un petit Rodolphe. Et moi, je réfléchis à lui.

Nous avons vingt-trois ans. Mon copain Rodolphe et moi. Et un BTS de tourisme, dont nous ne nous servons pas trop. Nous venons de rentrer en France. Rapatriés, d'une certaine manière.

Nous avons travaillé pendant deux ans sur la plateforme téléphonique pas trop grande (une vingtaine d'agents polyglottes) basée au Maroc (délocalisation oblige), d'une boîte internationale de conseil dont le siège central se trouve à Versailles, Boulevard de la Reine. (Bonne adresse !)

La boîte fournit des conseils pour ceux qui ont besoin d'un alibi. Assez souvent, nous, enfin, les services spécialisés, organisons l'alibi même. Des tickets de cinéma, avec la description du film, des billets de trains aller/retour plus la facture d'un hôtel, etc...

Je trouve que la boîte est très bien ancrée dans la civilisation française et, plus généralement, occidentale, contemporaine. Des boîtes comme la nôtre existent dans toute l'Europe. Puis au Canada, en Australie, aux États-Unis, en Russie, en Amérique Latine, au Japon... Enfin, dans les pays civilisés, quoi ! Il existe même une Fédération Internationale. Elle est encore petite mais en pleine expansion.

Qui n'a pas eu besoin à un moment ou à un autre d'un alibi ? L'alibi ne peut être qu'une affaire qui marche. Au jour d'aujourd'hui.

Rodolphe y est bien intégré.

C'est un travail propre, de bureau, informatisé un max. Intellectuellement il est super. Souvent, nous pensons moins à que pour nos clients. C'est une position de force. C'est du pouvoir, je vous assure. Il faut bien comprendre la demande du client, bien connaître le milieu où il évolue...

De surcroît, le travail est très enrichissant. Je vous le dis. Nous découvrons ce que l'humain peut dire et veut être. 

D'une certaine manière, nous pouvons dire que nous tenons et dominons le monde.

Récemment, nous avons été rapatriés, comme je le disais. Après l'expérience de la plateforme, nous étions appelés à évoluer en responsabilités.

Depuis, il a une petite mine.

Je vais l'emmener prendre un verre, après le boulot. Histoire de lui tirer les vers du nez.

(...)

J'apprends qu'il avait eu une nana là-bas. Une musulmane yearling (pur-sang). Ils avaient gardé le secret. Le christianisme de l'un et l’islam de l'autre n'allaient pas faire bon ménage. « Je ne pouvais pas l'emmener en France. Les miens auraient eu une attaque. En plus, elle était enceinte. Une double attaque pour les miens. Je ne pouvais pas être un bon père dans la situation caractérisée. »

Il n'a pas l'air de trop souffrir. Un peu quand-même peut-être. Le minimum syndical. Un alibi. Passagèrement. Et encore.

Il est des nôtres, je trouve.

(Et tout cas, il est bien armé pour.) (Je crois.)

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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