Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 16:01

 

T'es qu'une sale pute

 

 

Sale pute ! Voilà ce que j'aurais aimé lui dire. Lui crier en face. Lui cracher dans la figure. Une sale pute ! Voilà ce que tu es ! Un fumier de bordel de merde de sale pute !

Déjà mon boulot n'est pas simple. Recevoir les adoptants, les informer quant aux démarches officielles et « sous-officielles » à faire... Ensuite, le regard que les miens posent sur moi : une vendeuse d'enfants. Voilà ce que je suis pour beaucoup de Vietnamiens.

Vu, ils n'ont pas entièrement tort.    

Ils avaient l'air de comprendre, pourtant, ces deux-là.

Eh ben non ! Surtout elle. La femme. L'homme paraissait plus calme et plus compréhensif. Mais elle, non. Une sale pute, celle-là ! C'est ce que j'aurais eu envie de lui cracher dans la tronche. Rien qu'une sale pute !

 Ils m'ont fait venir à leur hôtel, pour le café. Même pas pour le dessert, comme beaucoup d'autres Français.

Il fallait qu'ils me filent les sept mille dollars. Donation pour l’orphelinat, théoriquement. En réalité, l'argent allait dans les poches de l'état – je ne sais pas où, précisément. À part ça, ils allaient me demander combien ça coûte pour que les visas de filles soient délivrés plus rapidement. Ils le font tous. Une fois la paperasse complétée, ils veulent se casser le plus vite possible avec leur achat. Parce que c'est ça et pas autre chose, leur adoption. Ils achètent un enfant. Ou deux, le cas échéant. Ils les font leurs – en les achetant. Ils achètent le titre de parents. Et la situation, aussi, c'est vrai. Ils deviennent des parents à part entière.

Les enfants, eux, ont tout à gagner. Pour eux c'est tout bénef. Et pour notre race, notre putain de race d'Asiatiques vendeurs d'enfants, aussi.

Alors, je me suis pointée à l'heure convenue. Ils étaient au café, comme convenu. Les enfants, deux fillettes de quatre et deux ans, aussi. (L'âge de mes enfants, deux garçons.) Elles, avec un dessert occidental copieux (ce que les miens n'auront pas, car vietnamiens) devant elles, plein de fruits, de glaces et de crème chantilly.

J'ai embrassé les filles, qui paraissaient très contentes de me voir. (J'ai été pendant tout ce temps la traductrice, le lien parlé entre elles et leurs parents adoptifs.)

J'ai vu dans le regard de la pute que cela ne lui faisait nullement plaisir. C'était ses enfants que je touchais... Encore que ça, ça peut se comprendre, non ?  

Mais ensuite, après quelques mots d'amabilité hypocrite typiquement française, elle a sorti la liasse de billets et a commencé à les compter devant moi, un par un.

Elle me regardait dans les yeux. – J'ai baissé les miens.

C'était elle qui ne pouvait pas faire d'enfants, qui devait adopter – et c'était moi qui devais baisser les yeux.

Le sang m'est monté à la tête.

Les gens nous regardaient. Les Blancs, eux, n'en avaient rien à foutre. Mais les Asiatiques, des Viets, des Chinois et que sais-je encore, je te dis pas !

Même les filles paraissaient comprendre !

L'infertile de merde de stérile d'impuissante de riche, le cul de chameau, l'enculée de sa race de sa mère, la pute, le fumier, l'ordure, la truie, la traînée, la crapule, l'abrutie, les nerfs du cul explosés, la chienne, la crevarde, la non baisée, l'ovule mal décomposé, la mort ambulante !

Elle ou moi ? ...Moi... ?... Moi, j'ai rempli le reçu que j'ai donné à Madame. Les reçus que je signe dans des pareilles situations sont écrits sur des formulaires avec l'en-tête du Ministère des Affaires Étrangères. De quoi ne pas m'énerver et rester sereine, moi, merde !

Merde !

Sale pute !

Partager cet article

Repost0

commentaires