Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 08:41

 

Trop grand, trop fatigué

 

 

Arrivent à pied. Des Blancs. Brun et roux. Tiennent chacun un enfant par la main. Un petit Noir, une petite Asiatique. Quelques parents, quelques copains. Sont un peu plus âgés que moi. Certainement plus riches que moi. La meute de cameras et de journalistes les suivent. Premier mariage gay dans notre petite ville, depuis que la loi ait été votée. Suis en nages. Mes doigts tremblent. Mon ventre est un panier de nœuds et de spasmes à vomir. Ai le vertige.

Il y a la police, tu penses bien ! Nous aussi, les vigiles privés embauchés pour qu'on les protège des crânes rasés qui vont venir cracher sur leur cérémonie d'enculés de mes deux. C'est sûr. Des fachos. Ne vont pas les rater. Encore faut-il qu'ils se débrouillent avec les flics. Et avec nous. Sommes une bonne dizaine. Ne les connais pas tous. Les flics, je ne sais pas, ils sont peut-être une dizaine, eux aussi.

On arrive devant la Mairie. Le couple, avec chacun son enfant. On s'arrête pour quelques bonjours de la main ou sur la joue. On est pomponné. On est bien rasé. Des joues presque roses. Bien parfumés. Des cheveux avec du gel. Des ongles bien coupés. On sourit.

Mais ces deux enfants, d'où sortent-ils ces deux enfants ? Le Noir et l'Asiatique. Des adoptés peut-être ? J'ai la respiration bloquée. Pétrifiée. Combien de fois n'ai-je pas souhaité changer de parents (des junkies martiniquais dépressifs, lacrymogènes et violents et surtout au chômage, morts tous les deux ; l’un d'une overdose, l’autre étouffé après avoir aspiré un bouton de veste) et de me faire adopter ? !... Oui, mais pas par des enculés ! Ça non !

Passent à un mètre de moi. Ne me remarquent même pas. Suis noir. Eux, non. Suis en uniforme de vigile. Eux, en uniforme de mariés. Suis payé par eux. Ne les paye pas, moi. Je n'existe pas. Qu'est-ce que j'en ai à foutre que j'existe ou que je n'existe pas ? Pour eux ou pas pour eux. Enculés, va !

Aboiement dans l'oreillette. Tourne la tête. Ah, oui ! Sont cinq. Me dévisagent. Sens arriver la castagne. Me haïssent. Des Blancs. Les haïs. Oui, des sales Blancs. Pas comme les pédés, mais tout aussi. Des enculés. Des racistes. S'aiment pas entre eux. Veulent casser la gueule des enculés. Des fachos. On les craint. On loue des vigiles. On me loue. Me font louer. Me fais louer. Vivent que pour eux, les sodomites. Pour eux et pour leurs enfants achetés. Noir, Asiatique. Fus un enfant, à mon heure. Un enfant noir. Aurais voulu me faire adopter par des riches. Des Blancs, de préférence. Ne le veux plus. Suis pas trop dans mes eaux. Ne me sens pas bien. Envie de gerber. Envie de mettre genou à terre. De m'éteindre. Trop grand, trop fatigué.

Déjà.

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires