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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 14:58

 

 

Ma petite fille

 

 

     Ma petite fille veut devenir capitaine de sous-marin. Moi, je réfléchis. Si je ne peux plus faire autre chose... C'est ce qui me reste. Être grand-père c'est réfléchir. Elle a douze ans. Elle est réglée, mais elle est toujours une enfant.

     - Papi, je sais ce que je vais faire quand je serai grande : capitaine de sous-marin.

     Il y a une semaine depuis. (Je lui ai fait cadeau d'un pendentif avec un saphir bleu ciel et une chaîne en or.) Pour être capitaine de sous-marin, il faut entrer dans l'armée. C'est pas mal, l'armée. Ça comble un certain vide : celui de l'autorité. La vie civile manque d'autorité, quoi qu'on en dise et quoi qu'on en fasse. À ceci il conviendrait d'ajouter le bienfait de la responsabilité limitée. La responsabilité partielle étant une toute autre chose. Une chose d'ordre psychologique, psychiatrique... Psy, quoi ! Quant à la liberté en tant que « nécessité bien comprise », c'est un débat pour lequel une seule et vieille paire de couilles, comme la mienne, n'est pas suffisante. Pour ne pas parler de l'absence de couilles. Absence très féminine, quoi qu'on en dise.

     Je reviens et je dis, donc : ma petite-fille, douze ans, fraîchement réglée, veut être capitaine de sous-marin. En toute liberté.

     - Je l'ai emmenée au Bourget, au Salon de l'Aviation.

     Ensuite et par la suite, ma petite-fille, douze ans et fraîchement réglée, déclara vouloir être pilote de chasse. Pourtant, elle se montre troublée par les drones. Elle ne voit pas comment ressentir la vitesse folle et les voltiges folles qu'on peut faire dans des avions de chasse traditionnels. Les drones sont bons pour les feignants. Tu peux vivre en Alabama et attaquer les talibans d'Afghanistan. On peut le faire, certes. Mais ce n'est qu'un jeu vidéo. Or, des jeux vidéo, y en a plein. Y en a même marre. Le spectaculaire fait pschit.

     - On ne vit plus.

     On ne vit plus – avec les drones.

     Alors ?

     - Qu'est-ce qu'on fait, alors ?

     On se dirige vers l'espace. Je crois. Je crois que ma petite-fille pourra être parmi les conquistadors cosmiques de demain.

     - Elle pourra s'astraliser.

     Certes, il y a encore beaucoup de problèmes logistiques à résoudre. Pour l'eau, apparemment, s'est fait. On peut recycler l'urine des astronautes. (Et c'est déjà très dégueu ! Mais enfin !) Mais pour la bouffe et pour les déjections non-recyclables, je ne sais pas comment font ceux de la station spatiale permanente, par exemple. Ils sont ravitaillés, certes, avec tout ce qu'il faut : miam-miam, eau, air. Ils se débarrassent de leurs saloperies en les envoyant sur terre. Mais quand tu ne peux plus envoyer ta merde sur terre, comment tu vas faire ?

     - Allez, arrêtons !

     L'idée que ma petite fille pourrait partir pour les étoiles, m'émerveille. Elle est peut-être spéciale. Peut-être bizarre. Peut-être mutante.

     - D'accord !

     Mais je l'aime. Mieux (ou pire) encore, c'est ainsi que je l'aime.

     - Ne change pas, mon petit !

     Elle n'est plus spéciale, bizarre ou mutante. Elle est tout simplement mienne.

     - Elle me fait vivre.

     Tout simplement.

     - Tout.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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