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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 10:43

 

Une femme soumise

 

 

     Pas trop à son goût, le manque d'un royaume ou, par défaut, celui d'un harem.

     - De son royaume, de son harem. 

     Il est beau, méchant, torturé et torturant, arrogant. Un héros romantique. Il a dix-neuf ans. Il n'a pas fini son adolescence. Les filles essaiment et s’évanouissent autour de lui.

     - Un Dieu.

     Il ne s'en rend même pas compte.

     - Est-ce que les Dieux seraient capables de savoir qui et quoi ils seraient, ce et quoi ils sont ?

      Dans mes rêves qui lui sont dédiés depuis un moment, je le vois avec un scrotum plus qu'énorme, en soie brillante, bien rempli d'innombrables noisettes éclatantes à croquer. Je le vois avec un sexe-sucette présentant les caractéristiques du marbre : lisse et dur, même si pas en érection.  

     Il est tout entier en marbre fine. Froid, parfait et extérieur.

     - Pourtant, moi c'est une combustion brûlante interne qui me consume.

Une espèce de jalousie. Je suis jalouse autant de lui, inaccessible, voire étranger, que de Karolyne, materne... Elle et uniquement elle est la mère « biologique » de Lionel. C'est elle qui s'est fait inséminée.

     - Ensemencée.  

L'a mis (donné) au monde. Elle ! Moi, je n'ai fait qu'y participer, moi. Et encore de loin. On croyait et on croirait que, dans notre couple, la féminine c’était elle.

     - Et c'est vrai, j'ai vécu quelque chose de masculin dans la naissance de Lionel.

     Mais, avec le temps, mon éta(n)t interne a évolué. Il s'est retourné comme un gant. La masculinité aveugle de Lionel change l'ordre naturel des choses.

     - Naturel ?

     Oui, pourquoi pas ? Naturel ! Nous faisons tous partie de la nature. Nous la constituons, nous la faisons, je dirais même. Alors, pourquoi pas naturel ?

     Oui, pourquoi ?

     Pourquoi ? Voilà pourquoi ! Lionel suscite en moi aujourd'hui un besoin jamais exprimé auparavant, mais ressenti. La partie « maître », la partie autoritaire, la partie « sûr de soi », la partie économico et socialo-visionnaire s'est affaissée, engloutie par le gros monstre mou de la féminité refoulée.

     Aujourd'hui, j'aimerais me soumettre à la belle masculinité de Lionel. Faire de notre fils...

Notre fils, disais-je ? Erreur ! Voire horreur ! Il ne nous a jamais appelé « maman ». Il a toujours employé nos prénoms : Karolyne et Mireille. D'ailleurs, c'est assez courant chez les jeunes d'aujourd'hui. Les vertus du père et de la mère s'estompent, « s'inutilisent ». D'ailleurs, c'est à cause de – ou grâce à – cet effacement et à cette inutilisation que notre histoire, à Karolyne et moi, fut possible.

      Chez nous il n'y a pas eu de « papa et maman ». Peut-être parce que nous-mêmes, Karolyne et moi, nous ne nous sommes pas appliquées à nous appeler entre nous « maman ». (Et d'autant moins, « papa ».)

     - Tel qu'on le fait dans des familles hétéros, comme ça a été le cas dans nos familles, celle de Karolyne et la mienne, où les adultes s'appellent entre eux, en présence des enfants, « maman », « papa ».

     Peut-être parce que je ne pouvais être ni la maman, ni le papa de Lionel.

     - Correct.

     Je ne pouvais être aucun, aucune des deux. Quant à Karolyne...

     - Elle a porté une grossesse, elle a fait un enfant.

     - Elle n'est pas comme moi.

     Moi, ce que je voudrais maintenant, c'est devenir une femme soumise. Soumise à la belle masculinité de Lionel. Soumission « bémolisée » par notre histoire particulière. J'ai été et je suis l'adulte qui sait et peut plus que l'enfant et l'ado.

     - Je l'ai été !

     ...Mais je ne le suis plus. Je ne sais et ne peux plus que Lionel. J'aimerais me soumettre à son savoir et à son pouvoir. Me reposer.

     - Mais personne dans ce monde ne me comprendrait. 

     Ni ne m'accepterait. Ni ne m'assumerait.

     - Pas même Karolyne.

     Surtout elle.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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