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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 14:08

 

 

Ils peuvent ne même pas exister

 

 

Quant à la puanteur y en avait de la puanteur. Des masses, des tonnes, des mondes, des cosmos, des univers. Ça puait de partout. Toutes les déjections des toutes les volailles du monde étaient là. Le soleil tapait très fort. La chaleur augmentait encore plus l'épouvante. Aussi l'image de quelques vingt jeunes pieds nus et de deux vieillards sans dents qui s'affairaient parmi les petites collines de guano et les flaques d'eau pourrie.

Un monde de défavorisés, évidemment. Des êtres arrivés là par défaut. Des êtres tombés, écroulés, écrasés. Des déchus. Étaient-ils des défauts ? Des déchets ? Pas impossible. Des déchets horribles, terrifiants. Comment faisaient-ils pour vivre dans cette atmosphère puante, dans cet univers infernal, dans cet autre monde impossible pour moi et pour les miens ? Avaient-ils des familles ? Des enfants ? Des désirs normaux, supportables ? Des espérances compréhensibles ?

Le premier choc passé, je senti la révolte bouillonnant en moi. Ce n'était pas pour ça que nous avons dépensé une petite fortune pour passer une semaine de vacances au Maroc. Ils voulaient nous culpabiliser, les Marocains ? Soit ! Nous étions riches et eux, pauvres. Nous dépensions notre argent chez eux, et ils voulaient que nous ayons pour notre argent. Nous ne savions pas que le monde était autre chose que notre image de nous-mêmes. Soit ! Mais à quoi bon ? Franchement, la chose ne pouvait être que contre-performante. Elle ne pouvait réveiller qu’un sentiment de dégoût. Et d'effroi.

L'effroi, plutôt. Oui. L'épouvante. Nous nous trouvions aux portes de l'Enfer.

Christine tenait Marion et Pierre par la main. Dix et huit ans. Tous les trois regardaient effrayés le paysage éducatif et repoussant offert par l'agence de voyage.

De quel droit ?

J'ai senti la main de Pierre cherchant la mienne. Il avait peur, je crois. Marion, quant à elle regardait la faune humaine avec peur, évidemment, mais aussi avec un brin de miséricorde et d'admiration féminine pour un jeune pieds nus, sale jusqu'à ses dents d'un blanc aveuglant. Il regardait ma fille avec convoitise, sauvage, conquérant et méprisant à la fois. Il était le mâle, le chasseur. Marion, elle, était la proie, la femelle. Il était confronté à la vie lourde et destructrice, inaccessible à Marion. Que Dieu la garde ! Elle était propre, parfumée, porteuse d'une vie inaccessible à ce jeune autrement que par hold-up.

D'un côté il y avait ceux qui pataugeaient dans la merde pour rendre les peaux aptes d'être transformées en cuir de vestes, chaussures et sacs, sans penser à leurs visiteurs que le temps de la visite. Voire même pas. De l'autre côté, ceux qui portaient ces vestes, chaussures et sacs sans penser aux premiers que le temps de la visite...

J'aimerais que ce soit ainsi. Mais j'ai peur que l'esprit de mes enfants soit violé d'une manière plus que brutale.

Ils ne méritent pas ça. Ils ne le méritent pas. Ils n'ont rien fait de mal.

Quant aux jeunes de la tannerie, ce n'est pas mon affaire. Pour ce qui me concerne, ils peuvent même ne pas exister. Voilà ! Ainsi soit-il !

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

 

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