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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 15:16

 

En subsidiaire

 

 

     Je ne suis qu'un pauvre handicapé. Y a pas de doute. Un handicapé de la compréhension. Un handicapé à la compréhension. La compréhension, elle, même... handicapée, me manque.

     - Je ne comprends pas.

     Pas du tout.

     Je ne comprends pas comment un parent peut tuer son enfant. Ni comment envoyer quelqu'un pour le tuer. Ni comment envoyer l’enfant lui-même pour se faire sauter à bord d'une voiture piégée ou à pied, au milieu d'une foule.

     - Comment l'envoyer à l'abattoir.

     Je ne comprends pas.

     Je me sens handicapé, disais-je. Je n'ai pas la force de caractère pour tuer mon enfant. Je n'ai pas la force de croire au déshonneur. Mon enfant c'est le mien – j'ai envie de souligner, le mien – avec honneur, sans honneur, avec déshonneur, sans déshonneur. Je ne peux pas me dédire. Je ne peux pas abjurer. J'ai appris une toute autre chose que le commandement de l'honneur. Dans mon esprit fut implanté, je ne sais pas quand et comment, je ne sais pas pourquoi, le commandement qui dit « tu ne tueras point ». Pire encore, j'ai peur (une peur bleue, comme on dit parfois) d'imaginer tuer quelqu'un.

     - Pour rien au monde.

     Non.

     - C'est pas vrai.

     Peut-être il y a quelque chose « au monde » pour que je le fasse, pour que je tue quelqu'un.

     - Enfin, peut-être !

     - Peut-être.

     Disons, si on s'en prenait à mes enfants. Là, je pouvais tuer. Soyez-en sûrs ! Très !

     (Je ne sais pas quand j'apprendrai à finir de me connaître.)

     Espoir extérieur. Espoir vain. Je n'ai pas la rage, la furie aveuglante. La colère, non plus. Je n'en suis pas capable.

     Problème :

     - J'aimerais l'être.

     J'aimerais pouvoir fermer les opercules sur mes yeux, sur mes oreilles, sur mes narines et sur ma bouche. Sentir monter en moi la colère, la fureur. Le pouvoir irresponsable, divin.

     - Ce serait tellement reposant !

     Je crois.

     ...J'ai entendu dire que chez les Inuits, la colère s'exprimerait toujours en public. On dit que les deux adversaires s'insultent, s'injurient, jusqu'à ce que les rires des spectateurs les départagent.

     - En voilà une grande race, les Inuits.

     Si c'était vrai.

     - Sinon, pardon !

     Pardon à tout le monde.

     - À ce monde qui essaie et qui ne réussit pas à me faire comprendre comment il se fait qu'on trouve des gens qui décident de tuer ou de faire tuer leurs enfants pour... l'honneur.

(…)

     (Et, en subsidiaire, comment se fait-il que je regrette de ne pas pouvoir le faire ?) (Et, en subsidiaire toujours et encore, je ne sais pas quand j'apprendrai à finir de me connaître.)

 

En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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