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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 13:41

 

 

 

Une voix dit « maman » sans que je le veuille

 

     Le bien existe, ma chérie. Je ne parle pas de celui opposé à la douleur. Ce n'est pas le sujet. Je te parle d'une réalité pour laquelle il n'y a pas de mot.

     Tu es maintenant assez grande pour que je puisse te raconter une chose qui m'est arrivée quand j'étais petite. Tout petite. Une chose qui vit toujours en moi, qui guide mes pas, ma vie et, que sais-je encore, peut-être même ma mort – lorsqu’elle se donnera la peine de venir m'emporter.

     J'ai raconté tout ça à ta mère aussi. Maintenant je te le dis à toi, directement.

     Il faisait très froid, ma chérie. Mais en vérité, il faisait chaud dans la pièce. Peut-être étouffant même, je dirais. Mais moi j'étais malade.

     Maman venait d'être incinérée et mise au columbarium. On m'avait traînée à cette cérémonie en dépit de l'opposition de ma tante, la sœur de maman. Elle s'appelait Kitty. J'étais troublée. Je ne savais pas si je devais aimer ou détester ma tante pour ce qu'elle faisait « pour moi ». Elle me fatiguait.

     Mais celle qui était à côté de mon lit et qui mettait une main froide, bienfaisante sur mon front fiévreux, s'appelait Coralie. C'était une cousine lointaine de maman.

     Elle avait des cheveux roux, de feuille d’automne. Son regard était tout aussi lumineux que sombre. Elle avait des yeux d’agate.

     Elle m'embrassa sur le front. Elle sentait bien. Elle me sourit. Ses dents étaient très blanches.

     Dans la maison flottait une brume de tristesse. Les enfants sentent ça. Ils n'ont pas besoin de voir les figures tirées des adultes. Ils savent qu'est-ce que la tristesse sans la voir.

     Maman était morte, mais je ne sentais pas grand-chose. J'étais trop jeune pour comprendre.

     Mais ce qui me faisait mal c'était les autres. Mon père, mes grands-parents de deux côtés. Les frères et sœurs de papa et de maman. Et tous les autres. Eux, si, ils avaient l'air de n'aller pas trop.

     Quant à ma santé, je pense que mon malaise était enduit par les autres. Je veux dire que j'étais malade à cause d'eux. À cause de leur chagrin. C'était plutôt du mal-être. Mais je brûlais. J'avais de la fièvre. Je suais. J'avais des visions sans mots, dont je ne me rappelle rien maintenant si ce n'est leur côté incontrôlable, leur côté impossible mais aussi leur réalité qui m'envahissait sans retenue, sans pitié, qui menaçaient de m'emporter vers je ne sais pas où, vers je ne sais pas pourquoi, vers je ne sais pas tout court.

     Tu vois, ma chérie, je n'étais plus moi. Moi, je n'existais plus. J'avais pas mal. J'avais seulement du rien.
     Comment te dire ? !

     Je regardais les eaux profondes des yeux de la femme penchée sur moi. Elle ne s’appelait plus Coralie. Elle ne portait plus aucun nom.

     Il y avait là quelque chose qui n'était plus ce que j'avais vu tout-à-l’heure. Quelque chose d'immense, sans frontières, sans fin, quelque chose d'éternel.

     Cette chose m'absorbait et me faisant un bien immense, insupportable même. Ça me... comment dire, ça me rendait béate. Me béatifiait. C'était comme si la vie était bonne. Très bonne. Très-très bonne. Comme si ça ne pouvait pas être autrement.

     Et en ce moment, vois-tu, chérie, j'ai entendu ma voix dire :

     - Maman ?

 

En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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