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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 07:24
 
 
Deux femmes plus une
 
 
     Non, mais écoutez ce qu'il m'est arrivé. C'est pas banal.
Il y a quelques années, je me suis lié d’amitié avec Aude et France, un couple de lesbiennes. Enfin, quatre-vingt-quinze pour cent lesbiennes. Lorsqu'on se soûlait bien-bien-bien, il nous arrivait d'outre-passer le lesbianisme pur et dur, en se laissant aller sur la pente traditionnelle ou, enfin, presque : on a bien partouzé parfois selon un rite SM spécial, sans pénétration vaginale.
     Notre amitié fut tellement grande et serrée, qu'à un moment donné (dont la lucidité reste à prouver), nous décidâmes de faire des enfants. Mais sans copuler. Sans transgresser leur lesbianisme. En l'occurrence, nous utilisâmes mon sperme – pour fertiliser autant Aude que France.
     - Ceci fut leur affaire.
     À vrai dire.
     Nous fîmes un voyage aux Antipodes, en Australie. On y préleva mon sperme (une seule fois) et on fit le nécessaire (deux fois). Ce qui resta de mon précieux mucus fertilisant fut gardé sous forme de paillettes congelées. Tout ça pour deux cent mille dollars australiens payés par l'heureux couple et pas du tout par le troisième membre du trouple (moi !). J'étais l'invité.
     Neuf mois après et à quelques jours distance, deux garçons portant mes gênes vinrent au monde.
France et Aude commencèrent à me mettre la pression.
     - Il faut casser notre groupe.
     La situation risquait de devenir trop compliquée. Autant en ce qui nous concernait, que pour les jeunes âmes...
     - Chose faite.
     Nous cassâmes notre petite famille qui n'en était pas une.
     - Sans que j’eusse mon mot à dire. 
     D'ailleurs, je n'y tenais pas trop. Les deux garçons n'étaient pas les miens. Ils étaient les leurs. La partie poétique, s'il y en avait une, était trop fine pour moi. Pour moi, justement, la chose commençait à devenir pesante. Je fus très soulagé lorsque les deux mères me firent connaître leurs... sentences.
Bon. Tout ça c’est beau et bien. Seulement, voilà, Aude et France se sont séparées, il y a peu de temps.
     Plus précisément, Aude se trouva une autre France, Marcellina, de son prénom. Une italienne de quinze ans sa cadette, très jolie, drôle et surtout, très baisable. 
     - Enfin, c'est l'impression de Jupiter, mon sexe.  
     Le nouveau couple se dit qu'il serait bien que Marcellina ait à son tour un enfant. Et qu'il serait encore mieux que cet enfant fut fabriqué à partir du même sperme que les deux autres.
     - Le mien.
     Le « conseil de famille » ne se déroula pourtant pas trop bien. France trouva l'idée indécente, voire abjecte. Elle y opposa son veto. Moi, lâchement, je me défaussai sur l'impersonnalité de mes spermatozoïdes.
     - Aude, quant à elle, après une grosse crise de larmes, fit appel à la justice australienne.   
     Elles prirent l'avion, toutes les trois, Aude, France et Marcellina et se rendirent en Australie.
     France demanda la destruction de mon sperme congelé, pour des raisons morales. Aude et Marcellina présentèrent leur projet familial.
     Le juge des Antipodes statua que le peu de mon sperme restant dans les récipients congelés, même ayant un contenu émotionnel différent, pouvait être considéré comme un bien patrimonial divisible et partageable. En l'occurrence, dans le cas caractérisé, il donna raison au couple ayant un projet d'enfant. Il ajouta que les restes de ce sperme (le mien !), seront conservés jusqu'au seuil médicalement établi ou jusqu'au moment où le donneur (moi !) fera la demande de destruction...    
     Je ne revis plus jamais Aude et France. Marcellina, non plus.
     Je fus informé du côté judiciaire de l'affaire par un courrier portant le paraphe du juge australien qui ne me connaissait pas et que je ne tenais pas à connaître.
     Aujourd’hui, lorsque j'aperçois mon sexe dans la salle de bain, je ressens souvent un frisson.
     Je ne pourrais pas dire s'il est agréable ou désagréable.
     - Il me fronce le dos.
 
En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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