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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 06:35

 

 

L'enfant de Cio Cio San

 

 

     Ce matin, à mon réveil, j'ai constaté que j'ai été traumatisée. Grave. Et vous savez quoi ? Vous n'allez pas me croire pourquoi et comment. À vrai dire, il y a très peu de cas comme le mien.

     - Dans mon enfance, j'ai été l'enfant de Cio Cio San.

     C'est tout à fait possible (et intéressant ?), n'est-ce pas ?

     Mon rôle était celui d'un petit garçon vêtu d'une espèce de kimono de couleur indéfinie, disons incolore (blanc-gris). Le livret parle d'un morveux de trois ans.

     Suzuki, la servante, me prend par la main. Elle me livre à Cio Cio San, qui me prend dans ses bras. La voix de Madama Butterfly résonne très près de mon oreille. (J’ai vite appris comment la protéger ; je parle de mon oreille.) Je suis assez mal-à-l'aise. Une dame, habillée d'une manière étrange, excessivement fardée, me serre dans ses bras et chante près de mon oreille. Presque dans, presque dedans. Moi, petite fille habillée en petit garçon à moitié jap, me tiens immobile. Voire inerte. Je n'ai rien à faire. Mon rôle est d'être serré(e) dans les bras d'une cantatrice. Sans que cela ne me produise un quelconque plaisir.

     - Che tua madre dovrà prenderti in braccio...

     Elle, par contre, elle aime ça. La cantatrice. La diva. Elle aime Que tua madre dovrà... Le moment où elle se lamente ainsi, elle est heureuse. C'est triste ce qu'elle dit/chante, mais elle est heureuse – l'artiste.

     Mes parents, employés de l'Opéra où se donnait ce spectacle, avaient trouvé amusant de me faire « jouer » devant un public dont je n'avais rien à foutre. Selon eux, il n'y a eu aucune « récompense » financière.

     - Mon œil !

     Je n'en crois pas un mot. En même temps ça n'a pas été une fortune.

     - Je n'ai pas fait une carrière artistique non plus.

     Je travaille à la Mairie, dans un des bureaux du Service de l'Urbanisme. Je suis divorcée. J'ai un garçon et une fille de pères différents. Un salaire correct (plus ou moins), deux pensions alimentaires, des allocations familiales, des tickets resto et des vacances...

     À un certain moment de ma vie, une certaine évolution de mon mental – comme on dit souvent aujourd'hui – c'est fait sentir. Je ne peux pas le situer dans le fil, dans l’écoulement de ma vie. Mais aujourd'hui, j'ai pris conscience de lui. Aujourd'hui, j'ai compris que je suis entrée, enfin, que je me suis fait happer par un processus incontrôlable.

     Suite à une alchimie restée secrète, l'opéra Madama Butterfly fut créé par un certain Puccini (Giacomo, de son prénom). Au début du siècle précédent. Très bel opéra, je vous l'accorde. Grand succès mondial et, jusqu'à nouvel ordre, historique.

     Or, voilà, je me pose la question. Savait-il, ce Puccini (Giacomo), que j'allais être entraînée dans son aventure ? Si l'âme était immortelle, savait-elle, l'âme de Giacomo, là, où elle flotte aujourd'hui, que nos destins se sont croisés ? Aurait-elle connaissance de mon existence ? Aurais-je quelque chose, moi, en commun avec cette âme artistique ?

     Ma participation à cette grande aventure a été un rôle d'enfant travesti, muet et inerte, cédé temporairement par ses parents à l'opéra...

     - Quel rapport de l'enfance scellée par les parents et les autres avec la vie d'après, quel rapport avec ma vraie vie et avec la vraie vie de Puccini (Giacomo) ?

 

En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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