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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 07:19

 

S'il vous plaît !

 

 

     Du coup, je me suis vue de l'extérieur. C'était moi qui regardais – et c'était moi qui étais regardée. Je me regardais moi-même. Ce qui est absolument impossible. Étrange, non ? Pourtant, j'avais entendu dire que ça existe. « Décorporation » que ça s'appellerait. Mais je n'ai jamais eu l'occasion de le vérifier, de la... vivre.

     - Maintenant, voilà, c'est fait.

     Je vis cette extériorisation. Nous nous trouvons dans le parc du Château de Versailles.

     - Que je n'arrive pas à intérioriser, ni à assumer, ni à ... vivre.

     Nous, c'est à dire ce qu'il (me) reste de ma famille. Ce qu'il nous reste.

     Je suis la plus vieille de tous. Les autres sont les trois générations d'après. Mes enfants, avec leurs épouses et époux, leurs enfants et petits-enfants (en poussette).

     - Et moi.

     Je suis la Matriarche. Ils me fatiguent. Ils continuent ce que je n'ai pas terminé.

     Le parc est ensoleillé. Nous nous trouvons aux environs du Trianon. C'est très agréable. L'atmosphère est dorée. L'automne commencera bientôt. C'est au 15 Août qu'on y bascule. Le jour de l'Assomption, autrement dit.

     Ils jouent avec pas moins de quatre ballons. Nous avançons vers la Ferme de la Reine et nous échangeons des passes de ballons.

     - Quatre.

     Et alors ? C'est bien. Les petits courent à droite et à gauche et frappent les ballons avec leurs pieds, jambes, mains, têtes, poitrines. Je suis émerveillée. L'invention de la jambe et du pied est miraculeuse et mystérieuse. Plus encore que celle de la main et du bras. La chose est plus évidente lorsqu'elle est révélée par des enfants.

     - C'est le cas.

     Les mouvements de leurs membres douillets et légers (des ressorts qui les poussent vers le haut, comme s'ils voulaient prendre leur envol) me font rajeunir. Exit la vieille voûtée et lente dont on doit prendre soin. Exit la Mamie bienveillante et indulgente. Exit l'aïeule souriante et sage. Exit la surannée sereine et joyeuse. Exit l'Inconnue regardant secrètement et silencieusement vers le pays des ténèbres...

     Tout ça n'est plus que de l'air. Peut-être, même pas. Ça n'existe pas. Ça n'a jamais existé.

    On court. On, c'est à dire, moi. Je cours vers un ballon tombé dans une espèce de noue dont on vient de tondre l'herbe...

     Maman, non ! Mamie, non ! Maman, Mamie, non, non ! Fais attention ! Non ! Non !

     Je n'aime pas ces regards posés sur moi. Ces condamnations instinctives. Ni l'amour qui y perdure. Je me vois toujours de l'extérieur, capable de courir d'après le ballon.

     Vraiment ? Serait-ce possible ?

     - Serait-il possible, s'il vous plaît ? !

     S'il vous plaît ! S'il vous plaît !

 

En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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