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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:13
 
 
 
                         Il est dur que d'être jeune
 
 
     - Allô, papa ?
     Il est quatre heures du matin.
     - Oui ma puce.
     J'essaie de ne pas paniquer. Mais comment ne pas paniquer pourtant à quatre heures du matin lorsque ta fille, Véro (dix-huit ans la veille), t'appelle de l'extérieur ?
     -T'es où ?
     - Au Lido.
     Vu. Elle a du goût, ma fille. Le Lido c'est très bien. Lorsqu'on était jeunes, Lili et moi, nous nous y rendions assez souvent... Maintenant, c'est le tour de nos rejetons.
     - Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
     - Tu peux venir me chercher ?
     - À cette heure-ci ?
     - La police est venue et a embarqué Vladimir.
     - Embarqué ?
     - Mais je n'ai rien fait, moi. 
     - Bon, j'arrive.
     Je ne sais pas ce qu'ils ont fait, mais ce n'est pas bon. De toute évidence. Heureusement, c'est arrivé après l'anniversaire de Véro. Sinon, les mineurs dans une boîte de nuit...
     - Qu'est-ce qu'il y a ?
     Lili parle à peine. Sans trop se fatiguer. Elle dort encore. Notre lit sent bon. C'est la lessive. Plus les gels douche. Plus les crèmes de nuit de Lili.
     - Je vais la chercher.
     La voiture est dans la rue. Encore un peu et je me retrouve dans la voiture qui est dans la rue. Ensuite, encore un peu et la voiture qui est dans la rue et moi, dans la voiture qui est dans la rue, nous nous arrêtons devant le Lido.
     Quatre heures vingt. Véro est invisible. Je sors de la voiture et je regarde à droite et à gauche. Dans la rue il n'y a que le froid. Un froid humide de février. L'enseigne de la boîte clignote comme ça, toute seule. Lido – Lido – Lido.
     - Pour moi.  
     La voilà ! Véro se dirige vers moi en courant. Je ne sais pas d'où elle sort, mais ce n'est pas de la boîte. En tout cas, je ne l'avais pas vue sortir de là.
     Nous montons dans la voiture. Je démarre le moteur et j'attends des explications. Le chauffage fonctionne.
     Véro porte un jeans, un haut lilas, une veste en cuir bordeaux, serrée. Pas trop de bijoux. Mais pas peu non plus. Au cou, aux poignets, dans les cheveux.
     - Alors ?  
     Il se serait énervé, Vladimir. Sous prétexte que Véro se serait fait – et laissée – draguer par Jimmy. C'était un noir. Mais ce n'était pas le problème. Le problème c'était le noir qui régnait dans la boîte. Qui rendait les choses invisibles. Mais elle n'avait rien fait. Or Vladimir se serait fâché pour rien. Il s'est énervé. Sans rien voir dans ce noir-là. Il est sorti dans la rue et il a arraché deux rétroviseurs des voitures stationnées dans la rue. Les videurs sont intervenus. L'ont maîtrisé. Ont appelé les flics. L'ont fait entrer, elle, à l'intérieur, pour que les flics ne l'embarquent pas elle aussi. Mais elle n'avait rien fait. Rien. Ni avec Jimmy, ni plus tard. Et Vlady (Vladimir, ben voyons) s'est énervé comme ça, pour rien.
     - Il est jaloux.   
     Véronique sourit avec un fin mais certain orgueil. Elle regarde son téléphone qui vibre.
     - Ils l'ont relâché.
     Pourrions-nous aller au Commissariat le chercher ? Ensuite ils prendront un taxi. Ou, pouvais-je, moi, les emmener chez Vladimir ? Je peux ? Je peux ?
     - Oh, merci papa chéri-chéri.
     Elle n'avait rien fait. Rien. Et tout le monde s'est agité comme ça, à partir du rien. Avec Jimmy, Vlady, les videurs, les flics – et tout !
     - Oh là là, que c'est dur que d'être jeune !
     Oh là là. Je te jure. Dur-dur. Trop.
     Dur.
 
En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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