Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 15:41
 
 
                                        Parkinson
 
 
     Je me sens très seule. Et en même temps, très connectée à un extérieur qui m'échappe. Je le gobe. Je veux dire, l'extérieur. Cet extérieur-là. Pourtant il m'échappe sans cesse. Sans sens, aussi, dirais-je. Il n'y a que peu de sens dans toute cette histoire. Une miniature microscopique, au mieux.
     Avant de nous coucher, nous nous sommes payés trois lignes chacun. La paix domestique nocturne passe par l’absorption chimique de cocaïne. L'amour réciproque, vrai mais routinier, ne nous est plus suffisant. Nous avons besoin d'un excitant qui calme, d'un excitant calmant.
     Aujourd'hui, pourtant, je n'arrive pas à m'endormir. Gabriel, à côté de moi, respire tranquillement et fait des beaux rêves. (Je crois.)
     Moi, je regarde les fenêtres d'en face. Je ne sais pas comment elle s'appelle. Je la vois toutes les nuits. Pendant la journée, je ne sais pas, nous sommes au travail tous les deux. Mais la nuit, je la vois.
     Elle est assez grande, les cheveux clairs et courts. Elle est certainement à la retraite. Elle est à l'aise financièrement. Elle occupe un trois pièces, avec balcon, cave et garage. Elle est seule. Du moins les nuits. Je ne vois personne d'autre à travers les grandes vitres de son séjours ou à travers les fenêtres de sa cuisine. Le reste de l'appartement donne de l'autre côté du bâtiment.
     La nuit, toutes les lumières sont allumées. Je peux voir jusque de l'autre côté de l'appartement. Je la vois faisant ses cent pas. Tout le temps. Son corps est une espèce de S, avec un petit ventre proéminent et avec des fesses ressorties. Elle marche à petits pas. Sa main gauche tremble fortement. Elle a un Parkinson. Et plus.
     Elle fait ces cent pas et elle parle en utilisant aussi les mains. À qui ? Elle sort sur le balcon, une livre à la main, et elle lit. Il fait noir, la lecture doit être impossible, mais elle fait les gestes adéquats. Elle lit et elle parle. Elle en parle, peut-être. Elle n'a pas l'air d'une folle. Mais elle est folle.
     Elle rentre dans l'appartement et continue à faire des rondes. Elle obstrue plus ou moins régulièrement la lumière qui arrive de la pièce qui se trouve de l'autre côté de l'appartement. Elle va dans la cuisine, mais elle revient aussitôt. Elle est inquiète et fébrile. Et inutile.
     Ça me fait de la peine. Beaucoup. Ça me stresse beaucoup. Ça me fout la trouille. Et encore quelque chose, sans nom. Comme une haine sans sens, sans but. Beaucoup.
     Je pense à ma mère. Décédée. À mon père. Parti. À ma fille. À mes deux fils. À Dieu. À Gabriel. À moi.
     Ça me fait de la peine.
     Et s'il m'arrivait la même chose ? Comment allons nous nous en sortir ?
     Ça me stresse. Ça me fout la trouille. Et encore quelque chose, sans nom. Comme une haine sans sens, sans but. Énorme. À mourir. Beaucoup.
 
En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

Partager cet article

Repost0

commentaires