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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 14:51
 
 
            Mes parents se réjouissent de mon départ
 
 
     Ça y est. Le peu à prendre a été monté dans la camionnette. François a pris le volant. À côté de lui, Lolo, sa copine, se nettoie l'oreille droite avec son petit doigt. André, Éric, Kath et moi nous nous sommes trouvé une place parmi les cartons.
     La séparation de mes parents m'a laissé un goût un peu fétide. Hypocrites, ils avaient l'air triste.
     - Mon départ les chagrinerait !
     Tu parles ! Ils piaffaient depuis une semaine en attendant que je me casse. Bon débarras ! (C’est la merveilleuse expression qui convient à la situation.)
     J'ai pris seulement des affaires qui me seront utiles. Des choses qui de toute façon, pour eux, n'auraient été qu'inutiles, agaçantes.
     Je dirais que pour moi ce départ était un vrai soulagement. J'avais marre de voir tous les jours leurs tronches de parents doux (édulcorés, je dirais) et aimants (trop). Il y a des moments comme ça dans la vie. Des moments de séparation. De bonne séparation. Dorénavant, chacun avec sa vie, avec ses soucis et avec ses joies. Un vrai soulagement, et pas moins.
     Mais ceci est valable pour moi. Uniquement.
     Lorsque je vois et constate que pour eux ça représente – aussi –  une délivrance, le sang ne tarde pas à me monter à la tête.
     Pourquoi ai-je utilisé le mot aussi ? Il n'y a pas d'aussi possible entre nous. Je suis trop adulte pour rester leur enfant. Je ne suis pas assez adulte pour devenir leur copain. Voilà la quadrature du cercle (pour être intellectuel et poli). C'est une espèce de damnation. Difficile à comprendre.
Ils voulaient se débarrasser de moi. Un point c'est tout. Et je n'aime pas ça. Un autre « point c'est tout ». Je leur courais sur les haricots, paraît-il. Ils n'avaient plus de vie privée. Eux, les patri-matriarches. Une vie privée qui servirait à quoi, s'il vous plaît ? À rien. À plus que rien. Leur vie c'est moi. Aussi – à moi. À leur âge, c'est à dire. Ils ne peuvent pas en avoir une autre.
     Jaloux ? Ben, oui. Je suis jaloux ! Et quoi ? 
     La camionnette roule en nous brimbalant. Kath et son Éric se bécotent. L'ex de Kath, l'André, les regarde avec une indifférence dont je ne serais pas capable, moi. Mais ils sont comme ça, mes copains.
    Devant l'immeuble, Chris et Mômô, plus Parachute, assis sur les marches, nous attendent. Parachute fume. Il n'est pas bien aujourd'hui. Il est bipolaire, dit-il. Aujourd'hui, il est bas. L'herbe lui fait du bien, dit-il. Je pense qu'il a fait sa ronde hier, dans les stations de métro. Sinon, d'où venait le blé pour l'herbe ? Il est malin. Il s'attaque uniquement à des ivrognes endormis sur les bancs. Même s'ils se réveillent pendant qu'il leur fait les poches, c'est rare qu'ils puissent résister à ces cent kilos de gaillard grand et solide comme lui.
     Enfin. On commence à décharger. François doit rendre la camionnette avant dix-huit heures. Il lui reste encore une heure et deux arrondissements à traverser.
Encore trois heures et je me retrouve tout seul. Sans copains. Sans parents.
     - J'essaie de me comprendre.
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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