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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 08:22
 
 
                                                       Pour la Galerie
 
     Nous sommes frère et sœur. Enfin, un demi-frère et une demi-sœur. Dans l'impondérable, dans l'ahurissant noyau de l'inexistant.
     En quelques zapps.
     Nos mères, sont lesbiennes. Elles nous ont conçus avec un de leurs amis, un homo. (À quelques jours de distance, pour tenir compte de l'ovulation différente des deux femmes. Pour lui, la spermatogenèse n'a pas posé de problèmes, paraît-il. Nous aimerions savoir pour autant, où et comment se forment les caractères masculins ou féminins dans l’œuf, étant donné que nous sommes un homme et une femme ; jusqu'à la preuve contraire.)
Ils se sont bien amusés, trouvons-nous. C'est pas rien de faire ce qu'ils ont fait. Transgresser leur état mono-sexuel – pour « donner la vie » à quelque chose. Cette chose leur aurait été interdite « normalement ». Ils ne faisaient pas partie de la foule des gens « normaux » pour qui « le don de vie » ne transgresse rien. Sauf, peut-être la loi ou l'orgueil d'un dieu ou d'un autre écarté pour un temps.
      Pour un temps, car les choses se sont pas mal compliquées et assez vite. Notre père, menant une vie pas trop organisée, tantôt en couple, tantôt solitaire, manifesta le désir de nous avoir plus souvent chez lui.
     - Vous êtes mes racines, aimait-il un peu trop répéter.
     Nos mères n'avaient rien contre. Seulement voilà, à un moment donné, leur couple s'est défait. Elles se sont séparées. Séparation assez difficile, voire rude.
     Du coup, une espèce de jalousie intervint dans les relations trilatérales entretenues par les deux femmes et leur fécondateur. (On dit « femmes » au lieu de mères. Mais ce n'est pas tout à fait exact. Elles ont quand même été des mères pour nous. Des mères spéciales, mais mères toujours, aimantes.) Elles étaient très soucieuses de l'attention du père à l'endroit des enfants. Si l'enfant, rentrant chez sa mère (on voit bien qu'on ne peut pas toujours substituer la femme à la mère), rapportait des choses qui laissait croire que l'autre enfant aurait pu bénéficier d'un traitement plus favorable, les contacts mère-enfant, mère-père, père-enfant s'enveloppaient dans une atmosphère qui ne pouvait porter autre nom que « scandale ».
     Les gens autour de nous paraissaient être assez intéressés par ce qui se passait dans cette pelote psycho-sociale. Ils attendaient avec une certaine impatience l'explosion suivante.
C'était (ce qu'on appelle) « la Galerie ».
     Nous, les enfants, ne comprenions plus grand chose à tout ça. Nous constations que nous ne nous rencontrions plus que rarement. C'était chez notre père que cela se passait. On ne voyait plus la mère de l'autre.
     C'était l’aliénation.
     Non pas que nous souffrions vraiment de cette situation aliénante, de cette aliénation situationnelle et situante. Simplement, c'était intéressant d'en souffrir.
Pour la Galerie, surtout.
     Nous découvrîmes ainsi que ce qui compte dans la vie, et même avant la vie, c'est la Galerie. Chose valable aussi pour l'après-vie. Sans Galerie, rien n'existe.
     Ce fait est de la plus grande importance pour ce qui existe. Voilà.
Nous conseillons à tout le monde de faire en sorte d'intéresser la Galerie. Et encore d'une manière spécifique, c'est à dire toucher l'espèce, voire l'éteindre. (Au moins tenter de.)
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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