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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 06:41
 
 
 
                                                         Dessins
 
 
     Je ne le dis à personne. J'ai un secret, moi. À moi tout seul. Personne ne sait ce que c'est.
Le crayon dans la main et le carnet de croquis ou le papier sur la table ou sur mes genoux, je suis quelqu'un de tout autre que celui que papa, maman et tous les autres voient, tout autre que celui qu'ils inventent.
     Je me sens très grand et très fort. Je peux tirer des traits sur le papier et y faire ressortir la tête de notre chat, la fleur d'une rose, le doudou de ma sœur (une connasse qui a encore son doudou, à sept ans ; mais qui m'aime bien et qui a une très belle figure et une très belle tête, que je n'arrive pas à surprendre sur le papier et qui m'énerve) ou les toits et les tours de la ville, ou beaucoup-beaucoup d'autres choses. Je peux le faire et je le fais. Je le fais parce que je suis fort. Beaucoup plus fort que maman et papa, par exemple. Eux n'en sont pas capables. Pas capables de dessiner. (Ça, je ne comprends pas. Comment ne pas pouvoir dessiner mais faire seulement des non-dessins – c'est plus fort que ce qu'il y a dans ma tête et dans ma main !) Lorsqu'ils veulent passer un moment avec moi et lorsqu'ils essaient de dessiner, la vie devient très amusante, tant ce qu'ils font est mauvais. On rigole pas mal. On rit beaucoup. Et je la ferme. Je ne dis mot quant au pouvoir énorme que j'ai de faire ce qu'ils ne peuvent pas faire. Non, c'est vrai, je suis très-très fort.
     Mais pas toujours.
Il y a des instants où ce que je vois, ce qui attend d’être vu (je ne sais pas comment le dire mieux), il y a des moments où tout ça se montre beaucoup-beaucoup plus grand et plus fort que moi. Parfois, trop fort pour moi. Lorsque je m'en rends compte, je peux être petit – je le suis. Je me regarde de loin et je me vois : tout petit-minuscule, face au tout grand-immense qui demande à être mis sur le papier. Qui demande à être réduit, qui demande que je le traduise. Pour qui, pourquoi, ce n'est pas la question. Je crois même qu'il ne faut pas se poser une telle question. Elle peut être terrifiante. La réponse (qu'elle contient), je veux dire.
Encore pire, il y a des questions qui font peur directement, elles-mêmes, même avant d'entendre leurs réponses.
     Je n'aime pas avoir peur. Même si je peux demander la protection de papa ou de maman. Ça dépend de question. La peur n'est pas bonne. Même si elle apporte les caresses et le réconfort des parents.
     Mieux vaut se bagarrer avec la peur, la vaincre ou lui échapper.
     Alors, tu deviens grand. Grand et fort. Tu deviens quelqu'un. Très quelqu'un.
C'est bien d'être quelqu'un et de comprendre que ce que tu vois n'est ni très ou trop grand, ni très ou trop petit.
     Je me perds un peu. Je ne suis pas trop sûr que faire la moyenne entre le très ou trop grand et le très ou trop petit soit bien.
     Au fait, je ne sais pas trop (ni très) ce qui est bien. C'est uniquement dans le regard de papa et maman que je trouve parfois la réponse. Parfois.
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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