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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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1 août 2018 3 01 /08 /août /2018 09:23

 

Rêve de fusillé

 

Je me réveille. Je suis arrêté. Je me trouve dans une espèce de cellule ouverte d'un côté. Je ne vois pas les autres, mais ils sont là. Je le sais. Je sais qu'ils sont là.

Nous serons tous fusillés. Tous. Je serai fusillé. Moi. Avec d'autres. Que je connais.

J'avais écrit quelque chose, paraît-il à cette occasion.

En tout cas, il n'y a pas de retour.

On m'apporte ce que j'avais écrit. Ou... quelques feuilles pour écrire ce que j'avais à écrire, ou...

Qu'est-ce que j'avais déjà écrit ?

Sur la première de couverture se trouve la photo-dessin de ma bouche. Je la reconnais. Je reconnais ma bouche. C'est l'image de la fin. C'est ce qui restera de moi... Les lèvres sont entrouvertes. Les poils sont les poils de deux jours. Tout le monde reconnaît ma bouche. Ce qui restera de moi.

Je pense à mes enfants. Il faut que j’écrive quelque chose pour eux. Quelque chose ayant comme première de couverture la photo-dessin de ma bouche. Avec des poils de deux jours...

Mon âme me fait mal. J'ai une âme qui me fait mal. Le mal, ce mal-là, me réveille.

Une nanoseconde je me dis que tout est faux. Que ce n'est que de l'orgueil. Je veux laisser quelque chose aux enfants – pour qu'ils me gardent encore un temps sur terre, dans leurs âmes. Pour que mon âme malade...

Je veux rendre malade leurs âmes. Égoïstement.

Cet égoïsme-là me déplaît encore plus. C'est encore pire. Encore pire car faux. Tout est faux. La fusillade qui m'attend. Mon âme. Ma bouche. Les poils. Les enfants. Mes enfants...

Je me réveille.

Terrifié, je me rends compte que je serais fusillé. Que ce n'était pas un rêve, mais que c'est la réalité. Je serais fusillé. Je verrais les canons dirigés vers ma poitrine, vers mes yeux. J'ai peur. Les balles partiront après avoir vu ces canons dirigés vers ma poitrine, vers mes yeux.

Je ne suis pas prêt.

Je ne peux pas accepter encore la mort. Ni par balle, ni autrement.

Et je me réveille.

Cette fois pour de bon.

J'ai envie d'aller à la messe. J'y serais seul parmi des croyants qui m’indiffèrent. Une masse mouvante mais inanimée. Leurs âmes, peut-être malfaisantes, comme la mienne, me paraissent matérielles. Ils respirent. Et c'est tout. C'est ça leur âme. Une respiration. La mienne est le mal. C'est le mal.

Je suis entièrement réveillé maintenant.

Les enfants dorment dans la pièce d'à côté. Innocents. Peut-être serins. Peut-être dans un autre monde. Dans un autre univers.

Je ne serai pas fusillé. Non. C'est quoi ?

 

En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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