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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 07:05
 
 
 
 
                                                     Bridge et euthanasie
 
 
Mon partenaire plus ou moins (ok, moins !) régulier, Jean-Loup Sollier, est médecin de profession. Il se présente comme ex-médecin de campagne. Il a pris sa retraite il y a vingt ans. Les pies indomptables du Club soutiennent qu'il aurait été médecin SECU et que, en cette qualité, il aurait fait « des choses pas bien ». Je ne suis pas entré dans les détails.
 
- J'évolue dans un Club de pies.
 
Mon partenaire est un homme maigre. Presque squelettique. Cela se voit mieux lorsque, l'été, il met des pantacourts qui dévoilent ses gambes osseuses et veineuses... Ses bras n'ont presque plus de muscles. Il marche à l'aide d'une béquille.
Il est membre de nombre d'organisations humanitaires.
 
- Et religieuses : il porte une chaîne en or autour du cou, avec une croix, en or elle aussi.
 
Sa vraie et grande passion c'est le théâtre. Le théâtre joué. Il fait partie de trois ou quatre troupes qui se partagent le maigre butin de la ville et de la région. Ils montent des spectacles d'amateurs. Les parents et les voisins s'y rendent par obligation. À la fin de la représentation, ils se retrouvent tous, acteurs et spectateurs, autour d'un verre et d'une poignée de cacahuètes.
 
Le même personnage, en revanche, va très rarement au théâtre en tant que spectateur. Il trouve que la programmation des théâtres de Limoges (tous subventionnés) est trop éducative et trop peu artistique.
 
- Il n'a pas tort.
 
Au bridge, son niveau de jeu est au-dessus de la moyenne, mais cela ne suffit pas pour faire de lui un gagnant. De temps en temps il enchérit follement et toujours perdant ; l'aventure ne lui réussit pas.
 
- Il n'est jamais mécontent pourtant.
 
- Sans raison.
 
En tout cas, il ne veut pas jouer au Club d'Austerlitz. Trop snob. Le niveau des joueurs y est d'ailleurs plus élevé. Peut-être, trop.
 
- Ils n'acceptent pas les fantaisies, ceux-là.
 
Ce qui n'est pas tout à fait vrai. Parmi les habitués d’Austerlitz se trouve un certain Hervoir-Tricart. Un bonhomme type Juif-Ourson, dont la famille a été décimée pendant la guerre. Il joue en dehors de toute règle et en dehors de tout bon sens. Et il est pourtant supporté par les autres.
 
- Il sait fantaiser !
 
Ce qui n'est pas le cas de Sollier. Celui-ci a la fantaisie lourde.
Hervoir-Tricart a des beaux yeux de Roméo.
 
- Correct !
 
Sollier a eu cinq enfants, dont un est mort d'un cancer au pancréas. Il en parle peu.
 
- Et sans émotion.
 
Il est aussi membre d'une association qui milite pour le droit de mourir dans la dignité, tout en s'opposant farouchement à l'euthanasie.
 
- C'est la société qui nous pousse vers l'euthanasie.
 
Je trouve cela admirable. Il s'est trouvé la grande cause pour laquelle se sacrifier. Un de ses enfants est mort d'un cancer du poumon. Il sait de quoi il parle quand il dit que l'euthanasie n'est pas bonne. Son enfant, un adulte de cinquante ans, père de famille, s'est éteint, j'ai cru comprendre, après une période assez longue de souffrance.
 
- Il ne voulait pas mourir.
 
On lui administrait la morphine nécessaire pour le rendre aboulique dans ses derniers moments de vie.
 
- Ou de la no life (pour reprendre un terme internetique).
 
Le Juif non-décimé, Hervoir-Tricart, nourrit les mêmes pensées opposées à l'égard de l'euthanasie.
 
- Dans son cas, pourtant, la chose est plus cohérente : il est passé par l'histoire nazie, il sait où l'euthanasie peut conduire.
Parfois, ils jouent ensemble, les deux bridgeo-fantasmo-fantaisistes, adversaires de l'euthanasie. J'aperçois autour d'eux un nuage particulier se composant, comme si les auras de chacun d'entre eux s'étaient étendues, en se mélangeant – pour s'évanouir ensemble dans l'univers.
 
- Sur leurs figures brille une lumière qui n'a rien de la mort.
 
Rien à voir avec. Ni avec le bridge.
 
Ni.
 
En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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