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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 07:53

La noblesse de Monoprix

 

Mon « exotisme » relatif (relatif par rapport à la vie limougeaude, je veux dire ; encore que...) me donne une liberté qui frôle parfois la joie méchante. Mais ce n'est pas toujours le cas.

Au Club d'Austerlitz, il existe un groupe (troupeau ?) de femmes « bien nées ». Par rapport aux « aborigènes » elles se tiennent groupées, entourées par un mur invisible mais saisissable et infranchissable.

- Infranchissable, mais pas pour moi.

Moi, je fais encore – pour ne pas dire toujours, voire pour toujours peut-être –, corps étranger dans « la société » limougeaude. Accepté, car étranger et/mais bien élevé, je serais toujours le Roumain. Certes, j'ai « comme tout le monde » une maison à moi, une voiture, un revenu (convenable), mais j'ai aussi – « pas comme tout le monde » – un accent inconfondable (barbarisme, pardon !) et pas de racines porcelaino-élevageo-émailleuro-boucher-iennes.

Cela étant et dans ce sens, je fus invité naguère chez une de ces riches qui n'attendaient qu'à me croquer. On attendait que j'apporte de l'inédit dans leur vie riche et morne.

...Autour de la table rhomboïdale, « chic », se trouvaient sept personnes, quatre femmes et trois hommes. La conversation, après avoir atteint le sujet de l'architecture moderne, celui de la porcelaine (Limoges oblige), celui des chevaux et des faisans, celui des émaux, celui de la nécessité du latin à l'école, celui de la Guerre de Cent Ans, tournait gentiment autour de l'inflation, qu'une ministre du moment, très belle et très indépendante, provenant de l'immigration récente, avait confondu avec la fellation.

- Hilarité générale !

Générale.

À ce moment, je sentis le pied de ma voisine de droite – présentée comme comtesse de*** – cherchant le mien. Pas mal. Elle était encore bien foutue, la bécasse, et paraissait prête à des choses.

Et les choses dérapèrent, explosèrent.

- De mon point de vue, je veux dire.

De.

Ma voisine au pied baladeur, présentée comme comtesse de***, possédant des terres, des fermes avec des vaches (limousines) et des actions dans des exploitations indonésiennes de teck, nous annonça que son fils avait acheté le Monoprix de Périgueux.

Et avec l'air le plus admiratif et pratique possible :

- Ils ne mangent plus, lui et sa famille, que des produits « gratos », à la date périmée, envoyés à la casse, inscrits dans la colonne débitrice de la comptabilité.

C'est à ce moment que j'ai senti la joie méchante s'emparant de mes entrailles. Elle montait par vagues successives, réprimées avec difficulté, avec souffrance.

- Voilà ce que le Monoprix peut faire de la noblesse.

Et vice-versa.

- Je devais me maîtriser.

Je n'avais pas droit aux éclats de rire. Je n'étais pas libre de mes actes. Je n'étais qu'un pauvre idiot.

- Cela me fit mal.

Je sentis ma mort – commencer.

La mort.

 

En vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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