Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
  • Contact

Profil

  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

Texte Libre

Rechercher

17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 08:20
Bagatelles
cueillies et inventées dans un Club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine
 
 
Elle me fait peur
 
À peine un mètre cinquante-cinq de hauteur, Muriel masque ses rondeurs carrées (ou vice-versa, ses carrés ronds) sous de drôles de vêtements savamment/hautement imaginés pour sa seule personne unique.
 
- Ça lui va très bien d'ailleurs.
 
Peu après ma première apparition au Club, elle m'interpelle, curieuse de voir à quoi et comment on bouffe un balkano-mec garni d'une tête méditerranéenne et d'un regard sombre et souriant à la fois, pénétrant.
 
- La basse-cour entière caquette autour de vous, me dit-elle pendant la pause d'une demi-heure infligée tour à tour aux paires Est-Ouest en relais.
 
Je me tais plus que sagement.
 
- Qu'est-ce que vous auriez répondu, vous ?
 
Elle reprend, sans même avoir le temps d'observer ma retenue. Et je crois que même si elle l'avait observée...
 
- Alice a commencé une cure d'amaigrissement.
 
En tout cas, est-ce que je voyais la brune, là, à la table deux ? Elle était très dangereuse. Très. Elle avait éjecté sa fille et son fils. Elle n'avait plus aucun contact avec. Et quand sa belle fille était morte, elle avait dit qu'elle n'avait eu que ce qu'elle méritait. Sa spécialité était le veau aux groseilles. Mais que je fasse gaffe. Elle était hyper dangereuse. Et moi, étais-je marié ? Avais-je des enfants ? Elle en avait, elle – une fille. Journaliste indépendante. Elle voyageait beaucoup. Elle faisait des reportages pour les télés. Mais elle était mariée à un sud-américain ou à un porto-ricain ou ainsi de suite. C'était son malheur. Ils avaient pourtant un enfant, un garçon.
 
- Et toi – on se tutoie, non ? – es-tu heureux ?
 
Elle me voyait assez triste.
 
- C'est qui qui te plait dans cette basse-cour ?
 
Quand même pas Fernande, hein ? ! Elle m'avait vu jouer souvent avec elle... Je savais sans doute que sa fille s'était suicidée. Et elle rongeait ses ongles. Elle avait aussi un cancer au sein. Et elle avait aussi un fils autiste. Et un autre presque paralysé, après une chute de cheval. Pourquoi fallait-il qu'il monte ? Et elle ne jouait même pas si bien qu'elle voulait le croire. Sans parler du fait qu'après tous ces malheurs, c'était presque indécent de venir jouer au bridge... Même si certains trouvaient qu'elle était plus que courageuse, voire admirable... Admirable, tu parles !
 
- En tout cas, ce n'est pas pour toi !
 
Ce n'est pas avec ça que je soulagerai ma tension interne. Elle me fera venir à la maison, avec quelques amis et amies et je verrai. Limoges n'est pas si pauvre en belles femmes...
Et patati ! et patata ! et patati ! et patata !...
 
- Tout ça, il y a six mois.
 
Maintenant, on dirait que j'ai pris de la bouteille. Pas au point d'être parmi les vieux meubles du Club, mais accepté comme quelqu'un d'agréable.
 
Muriel n'a pas trop changé, entre temps. Toujours les mêmes rondeurs carrées (ou vice-versa) cachées sous ses vêtements uniques faits sur mesure.
 
- La mesure de son être particulier.
 
Toujours, la même énergie papoteuse. Toujours, les mêmes questions sur l'état de mon bonheur/malheur. Elle veut toujours me trouver une compagne. Elle essaie de voir toujours quels pourraient être mes goûts (de sauvage balkanique) pour leur trouver un exutoire. Elle aime s'imaginer – je m'imagine – comment je m'empare de la femme choisie (par elle), comment je lui trousse les jupes, enlève la petite culotte, lui fous la langue dans la bouche et dans la chatte, aussi la bite dans les mêmes endroits et dans tant d'autres...
 
- Je lui plais.
 
Mais, depuis deux jours, il y a quelque chose qui a changé chez, ou plutôt dans ma Muriel. Quelque chose qui a changé ma Muriel.
 
- Elle est amoureuse.
 
Elle se déclare en tant que. Elle met un peu plus (voire trop) de fond de teint sur ses joues et sur son cou. Son eau de Cologne est plus forte. Ses yeux commencent à avoir des cernes et des poches de plus en plus grands, de couleur de plus en plus aubergine. Son regard s'approfondit d'une manière improbable. Comme si la mort y devenait de plus en plus visible.
 
Elle vient me chuchoter dans l'oreille :
 
- Lorsque je fais l'amour, je pense uniquement à toi.
Elle touche légèrement mon oreille avec sa langue chaude. Je bande.
 
- Elle me fait peur.
 
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

Partager cet article

Repost0

commentaires