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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 14:12
 
 
Quant à l'autre, je ne sais pas
 
Il y a, dans la vie et ailleurs, des zones de bassesse féroce et mesquine.
 
L'histoire suivante en témoigne.
 
On m'a raconté – ou, si vous voulez, on m'a rapporté – comme quoi on m'aurait trouvé sur un site de rencontres. Comme quoi, quelques-unes des membres females du Club/basse-cour auraient essayé de me piéger, en se présentant (au monde, pour me trouver moi : moi, le centre du monde, comme tous les moi de ce monde) sous une fausse identité.
 
- La chose a provoqué quelques dommages collatéraux.
On m'a raconté comme quoi elles seraient entrées en contact avec d'autres paumés et mal en point comme elles... Comme quoi, l'une d'entre elles, « étant mal » (on m'avait raconté/rapporté qu'elle vivrait en fusion perpétuelle avec feu son époux ; un vrai mec selon la photo que j'ai vue), accompagnée par une autre bridge-woman, plus ou moins copine de plus ou moins circonstance, se serait rendue sur une île du lac de Vassivière, dans un restaurant connu et reconnu, où, le soir en question, se produisait un trio de jazz dansant...
 
- Comme quoi, avant de partir, la female aurait convoqué un de ses contacts males jusqu'alors virtuel, internetique.
Comme quoi, à l'abri de la fausse présentation qu'elle se serait faite sur la Toile, elle aurait attendu/guetté l'apparition du convoqué, la transformation du néant informatique en réalité incarnée.
 
- Et cela fut!
 
« Le voilà » aurait dit la female donneuse du rendez-vous.
Sur l'allée, un homme complètement insignifiant, selon les dires ultérieurs des deux copines, se dirigeait vers le restaurant. « Mais comment pourrais tu savoir que c'est lui ? lui aurait lancé sa copine. Tu lui as fourni un non-visage sur l'Internet. Il se peut que lui, à son tour, t'ait donné l'image d'un autre... » « Mais non, mais non... C'est lui. Vas voir. Moi... je ne peux pas, moi... Vas-y ! »
 
La copine de la rendez-vous-euse se serait levée et dirigée vers l'homme. « Jean ? » aurait elle demandé. « Oui » aurait été la réponse. « C'est pas moi, aurait dit la copine. »
 
(- Entre parenthèses : je trouve prodigieux de pouvoir dire « c'est pas moi ».)
 
« Nous sommes là », aurait ajouté la copine de la rendez-vous-euse.
 
Loin d'être surpris (ou fâché) de voir – de sa perspective cette fois – le néant informatique s'incarnant autrement qu'attendu, l'homme, la soixantaine mi-chauve, la chemise cendre, les bottes marron râpées et les pantalons jadis verts, une fois assis à table, tout près de la copine internetique, aurait commencé à raconter sa vie.
 
- Sans crier gare.
 
- Un dépressif, c'est clair !
 
Il aurait montré aux deux bridge-women une trentaine de photos prises avec son téléphone portable : sa maison, ses lapins, ses brebis et – surtout – ses plants de tomates. Les deux bridge-women auraient eu des crampes partout :
 
- Histoire de ne pas rire.
 
Il leur aurait dit, ensuite, qu'il vivait tout seul. (Expression ambiguë, n'est pas ? On ne sait pas s'il habitait seul, quitté et oublié par tous, ou s'il était tellement puissant qu'il était en mesure, qu'il pouvait exister seul, sans Nom, sans Image, sans l'aide de personne...) Il leur aurait dit ensuite et sans transition qu'il n'allait jamais à Limoges : trop loin, trop cher le gasoil. Il ne voyait pas trop de monde non plus ; voire peu, même moins.
 
« Est-ce que vous jouez au bridge ? » aurait poussé, espiègle, la copine de la rendez-vous-euse.
 
- Elle était en forme.
 
Non. Il ne jouait pas au bridge – jeu pour des gens friqués. Il ne jouait à rien, d'ailleurs, étant donné ses tomates, ses brebis, ses poules et ses lapins qui lui « phagocytaient » le temps et lui « suçaient » la vie jusqu'à la moelle.
 
- Voire plus.
 
Aussi, on entre maintenant dans une des zones de férocité basse et mesquine évoquées tout à l'heure.
 
La rendez-vous-euse vivant en perpétuelle fusion avec son feu époux, en aurait eu marre de tout ça. Elle se serait levée, en disant qu'il fallait partir. Elle aurait avoué qu'elle voulait regagner au plus vite sa maison et feu son mari, avec qui elle vivait en fusion même aujourd'hui, trois décennies depuis sa disparition...
 
Sur ce, l'incarnation du néant informatique male, qui avait répondu à l'appel du néant informatique female, aurait jeté aux deux bridge-women un regard larmoyant et aurait dit : « Quant à moi, je vais rejoindre maman. » « Parce que vous vivez avec votre mère... » se serait étonnée la copine de la rendez-vous-euse. » « Elle est décédée il y a vingt ans », aurait été la réponse.
 
Cela étant et pour finir, disons que la rendez-vous-euse a encore du chien. Elle est encore baisable. Avec ses soixante-dix ans (plein pot) fêtés avec pas mal d'amis. Et avec son feu mari qui la regardait – nous regardait – de là-haut.
 
- Qui fusionnait avec nous.
 
Quant à l'autre, je ne sais pas.
 
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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