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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 08:31
 
 
La rage, une nouvelle femme
 
Aujourd'hui, je me suis réveillé dans un état d'esprit un peu spécial. Je hais. J'ai la rage.
 
- Je trouve ça un peu bizarre.
 
Voire, un peu beaucoup.
 
- Je me vois aujourd'hui en tant que Lazare.
 
Et, lorsque, dans la salle de bains, en tant que Lazare, je lave mon appareil dentaire, je jette un coup d'œil dans le miroir.
 
- Toujours en tant que Lazare.
 
La salle de bains est un endroit propice à une telle opération. En tant que Lazare, je n'aime pas le miroir de la chambre. La chambre, devenue depuis le départ de Louise ma chambre, devant le miroir-porte coulissant de l'armoire, c'était l'endroit de Louise. Elle se regardait souvent dans le miroir. Souvent, mais pas toujours. Elle connaissait des moments de désolation, quand sa propre image non seulement n'était pas bonne, mais était encore plus déprimante. Elle évitait parfois de se regarder.
 
- Tombée malade, elle sombra dans l'univers d'Alzheimer.
 
Elle ne me reconnaît plus aujourd'hui, ma Louise. Ou, très rarement. Ou, enfin, j'ai l'impression qu'elle me reconnaît (trop), lorsqu'elle baise ma main : je lui porte la petite cuillère à la bouche.
 
- Mais rien n'est moins sûr.
 
Son regard ne parle plus à personne.
 
C'est ce qu'à réveillé en moi l'image renvoyée dans mon regard par le miroir, ce matin, dans la salle de bain.
 
Je me demande – sans grand courage – si ce n'était pas le regard renvoyé par le miroir qui l'aurait poussée dans la démence, ma Louise.
 
- Son propre regard, ça peut rendre fou.
 
Je vais tous les jours, week-end compris, à dix-huit heures, à la clinique. Je lui donne à manger. Ça me fait autant du mal que du bien.
 
Mal, parce que je vois son état de dégradation.
 
Mal, parce que je me dis que je vais la suivre bientôt : dans la maladie ou dans la mort directement.
 
Bien, parce que je ne suis pas atteint, moi, de cette maladie (pas encore ; ni par la mort qui s'en suit – tant qu'on y est).
Bien, parce que je remplis quotidiennement mon devoir de bonté (je suis bon-bon-bon chaque jour, jour après jour – et cela n'est pas donné à tout le monde ; cela n'a pas de prix).
Bien, parce que je peux m'imaginer avec la conscience tranquille comment je pourrais me faire sucer par la kyné (une partouzarde tendance cuir, qui joue souvent au Club ; et d'ailleurs, je me demande même pourquoi elle joue au bridge au lieu de s'occuper de ses parties fines et de sa chasse au portefeuille bien garni, et qui s'est offerte à moi d'une manière plus que trop explicite ; d'ailleurs, Mimi, qui était présente et qui avait, elle aussi, flashé un peu sur moi, a réagi avec une certaine jalousie violente, en bloquant ainsi toute chance d'approche entre la kyné et moi, et en me laissant les couilles pendantes bien remplies d'un sperme improbable et en tout cas inutile, chose valable aussi pour mon portefeuille, inutilement rempli).
 
Bien, parce que je peux m'imaginer une partie de jambes en l'air avec Mimi, même si elle vient de fêter ses soixante-dix ans (fête que je n'ai pas honorée ; et pour cause, Mimi avait invité une vingtaine de personnes au Trois porcelets, dont je n'aime pas trop le patron, une espèce de voyou qui se permet des familiarités pas toujours agréables avec les clients et où, comme d'habitude dans de pareilles occasions, on parle très fort – on crie même – pour se faire entendre, ce qui transforme mes prothèses auditives en instruments de torture, avec leur écho inhumain...).
 
Bien, enfin, parce que je peux bousculer la Jeannine, ma partenaire habituelle, femme de médecin militaire, dont le mari souffre, comme mon épouse, de la maladie d'Alzheimer, mais qu'elle a mis dans une maison spécialisée loin de Limoges ; la Jeannine, ah, la Jeannine, insatisfaite par son sacrifice, mais calme et fiable avec ses bagues aux petites brillants et avec son sourire affable, combien de fois ne l'ai-je pas utilisée pour me soulager « à la main » !
 
- Je la hais !
 
J'ai la rage.
 
- J'ai une nouvelle femme.
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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