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Présentation

  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 11:46
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 74)
 
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
En France, lorsque vous refermez la porte de votre appartement, vous vous retrouvez chez vous et personne n’a le droit de violer votre intimité. Une intimité tellement forte que vous pouvez y trépasser. Dans votre intimité. Derrière votre porte fermée. En silence. En surdité. En toute intimité.
 
Lãcrãmioara, la femme d’Icã, et Gnito, la belle compagne de Stroë, se sentaient très seules derrière leurs portes respectives.
 
Leurs hommes, à peine partis, leurs manquaient déjà. Ils étaient partis à l'étranger, avec la presse présidentielle, avec le président. Elles devaient les rejoindre d’ici peu, dès qu’un avion civil prendra son envol pour la Nomadie. Mais on ne savait jamais quand un tel événement aura lieu – et SI.…
 
Poussées par une même impulsion, les deux femmes sortirent de leurs intimités respectives.
 
Elles se rencontrèrent à mi-chemin.
 
Elles vécurent un sentiment de réconfort.
 
<>
 
- Si je venais te voir, dit Lãcrãmioara en ouvrant la conversation, une fois leurs deux premiers verres de mirabelle et les deux d'eau minérale furent apportés par le garçon, si je venais te voir, c’est parce que je pense que nous avons beaucoup de choses à partager.
 
- C’est vrai, acquiesça Gnito. À partager. Des choses à partager, mais pas des choses en commun. Je veux dire, il y en a beaucoup qui nous séparent.
 
- Qu’est-ce que tu entends par là ?
 
Lãcrãmioara avait pris une allure presque agressive. Gnito aborda, en réplique, un air presque pensif. Elle faisait tourner son doigt sur le bord du verre de l’eau minérale ; le liquide émettait des fines bulles de gaz.
 
Accoudé au comptoir, un homme mal rasé sirotait lentement son petit blanc. À une des tables, une retraitée prenait son express en feuilletant le journal du quartier. Le patron, derrière le zinc, s’affairait autour d’une vaisselle invisible.
 
Il était à peine dix heures du matin.
 
- La vie fait son cinéma, dit Gnito indiquant avec un geste du menton « tout ça ».
 
- Hum ! Petit ! Tout est petit, répondit Lãcrãmioara. Et le cinéma, et sa vie. Je veux dire, la vie qui s’y trouve, qui est dedans. Qui y fait son cinéma. La vie de départ, quoi !...
 
- Et l’autre, la vie d’arrivée ?
 
Gnito était insolente. Subtilement agressive.
 
Lãcrãmioara ne répondit pas tout de suite.
 
- Tu sais, dit-elle finalement sans la regarder, je pense que t’as raison. Il y a beaucoup de choses qui nous séparent. Mais je me demande si ce ne sont pas les mêmes que nous partageons.
 
- Ce n’est pas impossible.
 
(première pause)
 
Elles pensaient à leurs hommes – toutes les deux.
 
(seconde pause)
 
- Peut-être, reprit Gnito. Ils sont tous les deux, comment dire, des initiés. Des initiés dont les natures, sans être différentes, sont contradictoires. Si je n’avais pas peur d’ennuyer l’auditoire, sourit-elle avec une auto-ironie qui lui était visiblement très agréable, comme une entreprise de très bon goût, je dirais qu’il s’agit d’un rapport comparable à celui qui gère la relation entre l’unité et la multitude.
 
- J’aime beaucoup cette situation, articula Lãcrãmioara avec une expression souriante de sympathie. Je pense que nous sommes faites pour nous entendre. Santé !
 
(troisième pause)
 
- Santé, leva Gnito son verre à son tour.
 
(quatrième pause)
 
Les deux femmes prirent chacune une gorgée d’eau minérale fraîche. Leurs verres étaient embués.
 
(cinquième pause)
 
- Je pense que notre rencontre n’est pas fortuite-fortuite, reprit Lãcrãmioara en évitant le regard de la jeune femme.
 
Celle-ci la dévisageait avec une attention particulière. Comme si elle voulait pénétrer jusqu’au septième sous-sol de l’âme de Lãcrãmioara.
 
(sixième et dernière pause)
 
Avertissement
Toute ressemblance
avec ce qui s'est passé,
qui se passe
ou
qui va se passer
à RFI
a été, est ou sera
fortuite.
 
Pareil pour toute différence.
 
 
En vente chez moi et sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook)
Blog : www.alexandre-papilian.com/

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